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15 janv. 2012
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Brésil: la faible présence de mannequins noires relance le débat sur les quotas

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AFP
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15 janv. 2012

Rio de Janeiro (Brésil), 13 jan 2012 (AFP) - Les défilés de mode d'hiver à Rio ont présenté leur lot de célébrités - avec même deux mannequins transsexuels - mais au Brésil, où la moitié de la population est d'origine africaine, la présence trop rare de noires sur les podiums a relancé le débat sur les quotas dans la mode.

Vingt-quatre griffes ont défilé de mercredi à samedi pour la 20e édition du Fashion Rio, mais seule une poignée de mannequins d'origine africaine était visible sur les passerelles, alors que le Brésil est le pays comptant le plus de noirs au monde après le Nigeria.

Les organisateurs n'ont pas répondu aux questions de l'AFP, mais, lors d'une édition précédente, ils avaient affirmé qu'"il n'existe aucune discrimination raciale" dans ce secteur.

Pour la première fois en juin 2009, la Sao Paulo Fashion Week (SPFW) - la principale semaine de mode d'Amérique latine - s'était vu, sous la pression des mouvements noirs, imposer un quota d'au moins 10% de mannequins noires. Lors de l'édition précédente, seules huit des 344 mannequins étaient d'origine africaine.

"En 2010, malheureusement, un procureur conservateur n'a pas maintenu les quotas", a déclaré à l'AFP Frère David, un religieux franciscain qui dirige l'ONG Educafro. Celle-ci lutte pour faciliter l'accès des noirs et des indiens au marché du travail.

Il a indiqué avoir fait appel, précisant que l'audience aura lieu le 15 janvier, à quatre jours de l'ouverture de la SPFW.

Dans l'éducation, le Brésil a déjà adopté des quotas pour faciliter l'accès des noirs à l'université.

"On ne peut discriminer les noirs au Brésil où 51% de la population est noire ou métisse. Je pense que le parquet va répondre favorablement à nos pressions et cette décision va influencer le milieu de la mode aux quatre coins du Brésil", a ajouté Frère David.

L'une des huit mannequins noires - sur plus de 200 - de la principale agence de Rio, 40° Models, Luana Génot, 23 ans, a confirmé à l'AFP les difficultés rencontrées.

"On nous appelle seulement lorsque le thème du défilé est ethnique", a déploré la jeune femme, étudiante en publicité à l'Université catholique de Rio (PUC).

"On me dit souvent, qu'est-ce que je vais faire avec tes cheveux ? Et, pour le maquillage, je passe en dernier pour ne pas salir le pinceau avec des tons trop foncés", a ajouté Luana qui, en juin dernier, lors de la Semaine de la conscience noire, a organisé à la PUC une discussion sur "la diversité ethnique dans la mode".

"On nous dit aussi que la collection d'hiver c'est pour les Blancs en Europe ou encore que les noires ont trop de fesses, trop de hanches. Je suis effrayée de voir qu'au Brésil, où la moitié de la population descend des esclaves noirs, il y a si peu d'espace pour nous", a-t-elle ajouté.

"Ici la population est très métissée et ce mélange doit se retrouver dans la mode", selon elle.

"Les semaines de la mode sont cruelles avec les mannequins de Rio qui ont plus de formes et la peau bronzée", a avoué mercredi au journal O Globo Sergio Mattos de l'agence 40° Models.

Ainsi, la blonde aux yeux bleus, Bruna Loureiro, a été écartée d'un défilé pour son teint "trop doré, la marque ayant opté pour des peaux très très blanches".

Le débat sur les quotas a gagné la nouvelle édition du très populaire reality show "Big Brother Brasil" mercredi soir. Interrogé sur le besoin de quotas dans cette émission, Daniel Echaniz, le seul noir parmi les 12 participants et mannequin de profession, s'y est dit "opposé", une position largement minoritaire chez les noirs mais soutenue par ceux qui pensent que "cela aggrave le racisme".

"Il ne doit y avoir de quotas dans aucun secteur. On est tous pareils. Sous la peau, on a tous le sang rouge".

Par Claire DE OLIVEIRA

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