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31 janv. 2021
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Brexit: de la TVA aux certificats sanitaires, de multiples conséquences

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AFP
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31 janv. 2021

"C'est pratiquement impossible de livrer dans l'UE": comme pour ce fromager anglais, le Brexit tourne au cauchemar pour des entreprises et consommateurs confrontés à de mauvaises surprises, du paiement de la TVA à celui de certificats sanitaires.


Un employé de la Hartington Creamery déplace des fromages Stilton, le 26 janvier 2021 près de Matlock, dans le Derbyshire, dans le centre de l'Angleterre - AFP/Archives


La sortie du marché unique le 1er janvier n'a à première vue pas entraîné de secousses majeures grâce à l'accord commercial conclu la veille de Noël. Mais le Brexit a de multiples conséquences, souvent fâcheuses. Pour Simon Spurrell, fromager qui produit du fameux Stilton et patron de la Hartington Creamery dans le Derbyshire (centre de l'Angleterre), "le problème tourne autour des certificats sanitaires", raconte-t-il à l'AFP. Pour chaque colis expédié dans l'UE, que ce soit un simple morceau ou une caisse entière, il doit payer 180 livres pour un certificat de conformité signé par un vétérinaire. Pour sa petite entreprise, c'est intenable, puisque 20% de ses ventes en ligne sont acheminées vers l'UE. "Il se peut que nous devions simplement abandonner le marché", explique-t-il, tout en regardant vers les Etats-Unis et le Canada.

Ce certificat sanitaire, qui s'applique pour les viandes et poissons également, est loin d'être la seule complication du Brexit pour les consommateurs britanniques qui se retrouvent à payer la TVA, de l'ordre de 20%, sur les produits importés de l'UE.

Les témoignages se multiplient dans la presse britannique, comme cette londonienne de 26 ans qui a dû débourser 82 livres supplémentaires pour son manteau payé 200 livres auprès d'un distributeur européen. Depuis le 1er janvier 2021, pour les marchandises envoyées directement à des consommateurs au Royaume-Uni, d'une valeur inférieure à 135 livres, la TVA britannique est collectée au moment de l'achat, ce qui ne change en théorie rien pour le client. Mais cela oblige les distributeurs à s'enregistrer au Royaume-Uni, ce qui en a poussé certains à arrêter d'exporter vers ce pays.

Quand le prix est supérieur à 135 livres, la taxe est payée par le destinataire, donc dans ce cas le consommateur britannique, quand le bien franchit la frontière, d'où un possible surcoût par rapport au prix d'achat constaté. Il arrive que l'entreprise de livraison exige le paiement au moment de la remise de l'envoi.

- S'installer dans l'UE? -



"Ce n'est pas un droit de douane certes mais cela va rendre les biens européens plus chers", explique à l'AFP Gary Rycroft, associé du cabinet d'avocats Joseph A Jones & Co, situé à Lancaster (nord-ouest de l'Angleterre). "C'est une mesure protectionniste parce que cela crée une barrière commerciale", mais "c'est la réalité du Brexit", selon lui.

C'est également le cas dans l'autre sens, pour les achats réalisés par exemple de France auprès d'un distributeur au Royaume-Uni. Pour les entreprises, s'ajoute le casse-tête de la règle d'origine, qui soumet à des droits de douane les marchandises fabriquées à l'étranger, mais exportées du Royaume-Uni vers l'UE. "Un nombre croissant de petits exportateurs souffrent avec la hausse des coûts d'acheminement, les déclarations de douanes, la règle d'origine, des frais et la TVA", résume Mike Cherry, président de la FSB, fédération britannique des petites entreprises.

Environ 20% des PME britanniques ont suspendu leurs exportations vers l'UE, estimait la semaine dernière le cabinet britannique d'experts comptables UHY Hacker Young. "Quand les entreprises se seront habituées aux déclarations de douanes, les choses vont s'améliorer", veut croire Michelle Dale, l'une de ses responsables à Manchester (nord de l'Angleterre), auprès de l'AFP.

Les dirigeants des principales organisations patronales britanniques se sont inquiétés jeudi lors d'une rencontre avec les pouvoirs publics des "difficultés importantes" dans les ports britanniques. Certaines entreprises vont même jusqu'à s'implanter en Europe, loin du projet défendu par le Premier ministre Boris Johnson de renforcer l'attractivité du Royaume-Uni.

Le but serait d'expédier les biens en gros dans un centre de distribution en Europe, avant de les vendre, sans être soumis aux contraintes liées à l'exportation directement vers un client.
C'est d'ailleurs ce qu'envisage de faire le fromager anglais, Simon Spurrell, peut-être en France: "Pour le moment, la seule possibilité pour tous les producteurs seraient d'avoir une implantation dans l'UE".

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