Brexit : vers une transition plus longue ?

La Première ministre britannique, Theresa May, sous pression de ses pairs européens pour relancer les négociations sur le Brexit, n'a pas exclu jeudi une transition plus longue, sans convaincre que l'idée puisse aider à sortir de l'impasse.


L'UE exige des progrès, une transition plus longue ne convainc pas - Philippe Huguen / AFP

L'option d'étendre « de quelques mois » la période de transition, pour l'instant prévue pour durer jusqu'à décembre 2020, a « émergé », a expliqué Theresa May jeudi matin à Bruxelles, au lendemain de sa brève intervention devant ses 27 homologues.

Le recours à cette possibilité ne devrait pas être nécessaire, a-t-elle cependant nuancé, tablant toujours sur la négociation d'un accord commercial entre le Royaume-Uni et l'Union européenne avant fin 2020.

Très controversée outre-Manche, où elle a immédiatement provoqué une levée de boucliers, cette éventualité est aussi accueillie avec circonspection du côté des 27, parmi lesquels un certain « scepticisme » sur l'issue des négociations commence à grandir, selon une source européenne.

L'idée même d'une prolongation de la période transitoire ne va pas forcément débloquer la situation, selon une source à l'Elysée.

Pas officiellement sur la table des négociations, « c'est quelque chose qui flotte (...) Si cela peut aider, pas de problème », a observé de son côté une source européenne.

Les négociations sur les conditions du divorce bloquent sur la question de la frontière entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord et la définition du « filet de sécurité » (« backstop ») exigé pour s'assurer qu'une frontière physique ne verra pas de nouveau le jour dans l'île, afin de préserver les Accords de Paix de 1998.

Prolonger la période de transition permettrait de donner plus de temps pour négocier un futur accord commercial entre l'UE et le Royaume-Uni et éviter ainsi de devoir recourir à ce « backstop ».

Un haut responsable britannique a confirmé jeudi que même si la période de transition était rallongée, le Royaume-Uni restait opposé au « backstop » proposé par les Européens. Cette solution prévoit de maintenir l'Irlande du Nord dans l'union douanière et le marché unique, si aucune autre solution n'est trouvée.

Londres, de son côté, propose de rester aligné sur les règles douanières de l'Union jusqu'à la signature d'un accord de libre-échange plus large, afin d'éviter le contrôle de marchandises aux frontières.

Les deux camps restent donc campés sur leurs positions. « Ce n'est pas possible que le Royaume-Uni garde tous les avantages du marché commun mais seulement selon ses propres conditions », a expliqué le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel, rappelant les lignes rouges de l'UE.

La balle dans le camp des Britanniques

Les 27 espéraient pourtant de nouvelles propositions de la part de Theresa May pour relancer les discussions. « Plus que jamais la balle est dans le camp de la Grande-Bretagne », a estimé le Premier ministre belge Charles Michel.

Après la courte présentation de la dirigeante britannique, les 27 ont décidé - lors d'un dîner qui ne s'est pas éternisé - de ne pas convoquer de sommet extraordinaire en novembre, comme cela avait été envisagé avec l'idée de boucler les négociations.

« Il n'y pas eu assez de progrès enregistrés » ces dernières semaines pour décider d'un sommet, avait expliqué une source européenne à l'issue de la réunion.

Ne pas arrêter de nouvelle date, « ça redonne plus de liberté pour négocier, la négociation doit s'accélérer maintenant », a-t-on expliqué jeudi dans l'entourage du président français, Emmanuel Macron, tout en laissant la porte ouverte à une réunion « quand ce sera nécessaire ».

Avec des négociations qui patinent et l'horloge qui tourne, le scénario d'une absence d'accord plane de plus en plus sur les discussions. Le président du Conseil européen Donald Tusk l'avait jugé « plus probable que jamais » dans son invitation au sommet.

La Commission européenne a fait un point sur l'état des préparatifs en cas de « no deal » au cours du dîner. Ce n'était pas « une discussion majeure », a confié une source européenne. « Mais je pense que clairement le sentiment est que maintenant nous devons accélérer (notre préparation) pour tous les scénarios », a rapporté cette source.

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