Cambodge : montée en gamme et diversification pour la filière textile

Petit pays de 15 millions d’habitants, le Cambodge n’en est pas moins le cinquième fournisseur de l’Union européenne en matière d’habillement. A l’occasion des salons Texworld/Apparel Sourcing, qui se tiennent du 18 au 21 septembre à Paris, son ministre du Commerce, Sorasak Pan, évoque les nécessaires évolutions de la filière, et l’approche sociale voulue par les autorités.


Sorosak Pan, ministre du Commerce au Cambodge. - Moc.gov

« Nous sommes de gros fournisseurs pour la Chine et l’Inde, qui cherchent de la main-d’œuvre moins chère, explique le ministre. Car les salaires ont beaucoup progressé en Chine. Mais nous ne sommes pas le pays le moins cher de la zone. Au final, nos coûts salariaux sont le double de ceux du Bangladesh. En revanche, nous travaillons de manière bien plus perfectionnée. Mais nous ne pouvons pas rester sur le même marché que le Bangladesh, car nous avons une population réduite et une politique sociale stricte. Donc, non seulement il nous faut monter en gamme, mais aussi nous diversifier ». 

Le Cambodge a en effet rapidement bâti son industrie autour des pièces d'entrée de gamme à partir du milieu des années 90, alors que se terminait la guerre civile. Et le textile était en tête pour une raison simple : « La confection était la seule industrie qui pouvait former rapidement une main-d’œuvre non qualifiée, à une époque où les autorités devaient rapidement créer des emplois, explique le Oknha Van Sou Ieng, président de la Garment Manufacturers Association in Cambodia. Le gouvernement qui venait d’être instauré était donc très à l’écoute du secteur privé. De là, un lobbying important a été mené en Europe et aux Etats-Unis ».

Mais les choses ont rapidement évolué. Si dans les années 90, le pays exportait 70 % de ses productions de textile vers les Etats-Unis, elles partent désormais à 65 % vers l’Union européenne, à la faveur d’un abaissement des barrières douanières. Le secteur textile emploie désormais 900 000 personnes, via plus de 500 usines. Et le gouvernement entend investir 12 milliards de dollars sur dix ans pour maximiser les revenus de la filière.

Mais le pays est, dans les années 2010, confronté à une vague de mouvements sociaux touchant à la question des salaires, alors que la hausse mise en place en Chine tire les revendications vers le haut. Le Cambodge revendique avoir très tôt ouvert ses portes aux spécialistes de l’Organisation internationale du Travail. Et cette même OIT saluera en 2014 le travail engagé entre gouvernement, industriels et syndicats pour une “révision du salaire minimum fondée sur des observation factuelles". 

« Le Cambodge garantit une certaine qualité de production, mais surtout l'assurance d'être protégé contre les critiques d'abus sociaux, comme celles qui sont régulièrement faites aux filières bangladaises et indiennes, affirme Sorasak Pan. Nous avons utilisé les recommandations de l’Organisation internationale du Travail comme modèle institutionnel pour contrôler les abus depuis maintenant 15 ans ». Sans connaître les mêmes problématiques de sécurité que l'industrie textile au Bangladesh, le pays a cependant été tout de même pointé du doigt par des organisations non gouvernementales, comme Human Rights Watch en 2015.


Le Cambodge vise une montée en gamme de ses productions. - DR

Mais l’heure est donc à la montée en gamme et à la diversification pour le pays, dont bon nombre d’usines sont à capitaux mixtes, en majorité chinois. « Nous avons la volonté d’aller toujours plus vers le design, et nous poussons le développement d’instituts et de formations qui vont dans ce sens, indique le ministre. Et côté sourcing, on voit des personnes qui travaillent depuis longtemps et ont acquis technique et expérience. Et qui commencent à créer leurs propres petites usines, qui sont amenées à grossir ».

Comptant parmi ses principales marques clientes Levi's, Adidas, Marks & Spencer ou encore Michael Kors, le Cambodge veut aussi étendre le spectre de son offre. Comme souvent, ce sont  la chaussure et la maroquinerie qui sont évoquées parmi ces nouveaux débouchés. Tout comme les pièces en cuir et en fourrure. « Sans oublier notre soie traditionnelle. La plus belle du monde ! », s'enthousiasme le ministre. Le Cambodge a l'an passé exporté pour 3,3 milliards d'euros d'habillement vers l'Union européenne, en progression de 14 %, selon l'Institut Français de la Mode. 

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