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22 nov. 2014
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Canut à Lyon: un métier d'art qui ne veut pas mourir

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AFP
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22 nov. 2014

On croyait ce métier d'art disparu au tournant du 21e siècle. A Lyon, cinq canuts perpétuent fièrement ce savoir-faire ancestral du tissage manuel de la soie pour une clientèle prestigieuse, avide de luxe français. Et une formation va voir le jour en 2015.

Soieries Tassinari & Chatel (photo AFP)


Dans le vaste atelier de la maison Tassinari et Chatel dans le quartier de la Croix Rousse, jadis haut lieu de l'industrie de la soie, où trônent neuf métiers à tisser centenaires, le temps semble s'être arrêté.

Calée derrière un imposant métier à bras, Virginie Poulard, 35 ans, fait glisser une navette entre les fils de soie du velours de Gênes qu'elle est en train de confectionner, tandis que ses pieds actionnent des pédales dans un claquement sonore.

Derrière elle, sa collègue Maryvonne Nahon, 52 ans, tisse minutieusement les fleurs chatoyantes d'un broché constituant le patrimoine du plus ancien soyeux lyonnais, fournissant les conservateurs du Mobilier national et les décorateurs du monde entier.

"Ca fait 30 ans que je fais ce métier", confie cette sémillante quinquagénaire qui a débuté à 18 ans avec un CAP de tissu mécanique à la manufacture de soieries Prelle, puis chez Tassinari. "A l'époque ils étaient six, que des hommes, car c'est un métier physique. Ils sont à la retraite et aujourd'hui on n'est plus que deux femmes".

"C'est une passion même si on a des moments de découragement, car c'est jamais facile de régler un métier à bras! C'est du bois, des cordes, il faut parfois plusieurs jours avant de pouvoir commencer à tisser", explique Maryvonne. Son pire souvenir: un velours ciselé rééditant un document de 1800 pour un émir arabe.

Virginie, elle, a étudié les arts appliqués pour devenir styliste. Mais elle a vite compris qu'elle "n'y avait pas sa place". En 2000, elle répond à une annonce du célèbre soyeux proposant une formation de canut. "Quand j'ai vu les métiers à bras, ça m'a tout de suite plu", raconte la jeune femme formée "au fil des années, en fonction des commandes qui arrivent". "Tisser un velours, c'est un geste automatique, mais le broché demande plus de réflexion", explique celle qui a dû attendre dix ans pour réaliser son premier broché.

Elle se souvient avec émotion de son premier brocart --ces soies ornées de fils d'or--, destiné au salon des jeux du château de Versailles et réalisé à partir du dessin original. Un travail requérant dextérité et patience car il faut un mois pour confectionner un mètre de brocart. Et certaines commandes nécessitent plusieurs années de travail.

"Ce qu'elles font, ce n'est pas du folklore! Les machines les plus modernes au monde sont incapables de fabriquer ces tissus car elles sont limitées à 16 couleurs et il en faut parfois 27", explique Bertrand Demailly, directeur industriel de Tassinari et président du Marché des Soies, qui fête sa dixième édition jusqu'à ce dimanche à Lyon dans le cadre du festival LabelSoie (14 au 30 novembre).

D'où l'idée de la profession de mettre en place une "formation structurée au métier de canut pour éviter que cette technique ne meure". "On a décidé de former les candidats sur l'ensemble du spectre, depuis la mécanique jusqu'à la maintenance de l'outil", indique celui qui sera l'un des quatre formateurs.

Il note toutefois que cette spécialité ne peut faire vivre une entreprise, car "elle ne rapporte selon les années que 3 à 7% du chiffre d'affaires" (4 millions d'euros en 2013 pour 33 salariés).

Le cursus, qui s'étendra entre trois et cinq ans, devrait débuter en septembre 2015. "J'ai déjà des candidatures de partout, du Canada, du Japon", assure Bertrand Demailly. Des diplômés de 25 à 30 ans, "ayant déjà l'amour de l'art".

Mais outre "l'aptitude physique", car le métier est "très fatigant", il leur faudra "beaucoup de patience et l'amour du travail bien fait", souligne-t-il. Et également "pouvoir rentrer chez soi le soir en étant fier d'avoir tissé trois centimètres de tissu!".

Par Nicole DESHAYES

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