Carven : trois offres de reprise déposées, entre autres pistes de sortie de crise

Comment Carven va-t-elle sortir de la tourmente ? La maison de mode parisienne attendait ce 9 juillet un premier verdict, celui des offres de reprise déposées auprès du tribunal de commerce de Paris. Après avoir été contrainte à se placer en redressement judiciaire pour trouver une nouvelle solution économique viable, celle-ci fait face à deux possibilités : une recomposition partielle du capital avec l'entrée de nouveaux investisseurs qui financeraient un plan de redressement, ou bien une reprise pure et simple à la barre du tribunal. Et ils sont trois à avoir candidaté pour cette dernière option.


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Carven - Fall-Winter2018 - © PixelFormula

Trois dossiers de reprise ont donc été déposés devant l'instance parisienne, dont un constitué par un groupe qui n'est pas inconnu de Carven. Selon les informations de FashionNetwork.com, c'est en effet le groupe Bogart qui s'est placé sur les rangs. Ce spécialiste de la beauté et des fragrances possède à la fois ses propres marques, Bogart, Ted Lapidus, Jeanne Piaubert, une enseigne de plus de 160 points de vente entre France, Allemagne et Israël, baptisée April, ainsi que diverses licences de parfums. C'est ainsi que le groupe Bogart détient les droits de la marque Carven pour le parfum et la cosmétique depuis 2010, acquis alors pour près de 2 millions d'euros.

Une griffe importante au sein de son activité, qui pèserait pour 5 millions d'euros parmi la trentaine de millions d'euros de son activité de création de parfums (pour un chiffre d'affaires total du groupe est 130 millions d'euros environ en 2017) et que le groupe souhaite a minima préserver, mais peut-être même évidemment développer dans le cadre d'une relance plus globale de la maison parisienne.

S'il n'a pas encore répondu à nos sollicitations pour détailler quel projet pourrait être le sien pour Carven, le groupe Bogart a néanmoins déjà eu une expérience de mode. C'est en effet lui qui détenait la maison Balenciaga de 1986 à 2001, avant de la revendre à Gucci. Pour Ted Lapidus, qu'il détient dans son intégralité depuis 1998, le groupe a également développé de la mode, mais en externe, sous licences.

L'offre formulée par le groupe de Jacques Konckier pour Carven sera donc étudiée par le tribunal de commerce d'ici la prochaine audience, fin juillet, mais qui n'est pas la seule. Deux autres dossiers ont ainsi été déposés selon nos informations, l'un provenant d'un acteur du textile et de la maroquinerie de gros, Cashtex, basé dans le Sentier à Paris, dont la famille propriétaire, menée par Henry et Daniel Levy, pilote également la marque de mode féminine milieu de gamme LM Lulu et développe des accessoires sous licence, comme les sacs Jean-Louis Scherrer. Enfin la dernière offre émane d'un nom déjà évoqué dans des dossiers de reprise au tribunal, Philippe Métivier, qui avait notamment proposé une reprise partielle de boutiques Mim au moment du délitement de l'enseigne féminine à petit prix, mais dont le périmètre d'action en tant qu'entrepreneur est peu connu. 

Ces trois dossiers déposés sont donc candidats à une reprise intégrale ou partielle, sans que le périmètre de chacune des offres ne soit connu avant la prochaine audience, mais l'administrateur judiciaire s'active par ailleurs pour trouver une autre solution. Comme évoqué il y a quelques semaines, outre la reprise devant le tribunal, une option existe si de nouveaux investisseurs sont trouvés. En entrant au capital de l'entreprise, qui en serait donc recomposé, ceux-ci pourraient financer un plan de redressement. Mais sur ce volet, c'est la discrétion qui est pour l'instant de mise, alors que se négocient actuellement d'éventuelles conditions d'entrée au capital de Carven.

Pour l'heure, le fonds hongkongais Bluebell, dont on ne connaît pas encore les intentions, détient les deux tiers des parts, tandis qu'Henri Sebaoun, l'ancien propriétaire qui a lui vendu Carven en 2016, reste actionnaire minoritaire. Un nouvel entrant pourrait donc permettre à la maison de se remettre à flot et d'initier un plan de redressement, actuellement pensé notamment par la direction toujours en place et incarnée par Sophie de Rougemont. Des mesures ont déjà été prises avec l'arrêt de la ligne masculine en 2016. C'est Serge Ruffieux qui a la mission depuis 2017 de raviver l'âme créative de la maison, toujours marquée par le passage de Guillaume Henry dans ses années les plus fastes, jusqu'en 2014.

Créée en 1945 par Marie-Louise Carven, la griffe avait réussi depuis dix ans à se repositionner sur le segment de la mode très haut de gamme. Elle cherche aujourd'hui qui pourra financer la poursuite de son activité. Une question qui devra quoi qu'il en soit être tranchée avant la fin du mois d'août, au plus tard.

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