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Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
16 mai 2021
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Chaumet ouvre ses salons pour une exposition sur Joséphine et Napoléon

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Paul Kaplan
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16 mai 2021

Impératrice, reine, mère, icône de style, botaniste et écologiste deux siècles avant l'heure, Joséphine de Beauharnais a eu une existence plus occupée qu'un régiment de son époux, l'empereur Napoléon Ier.


Joséphine de Beauharnais


Son destin remarquable fait l'objet d'une exposition orchestrée par le joaillier Chaumet et intitulée "Joséphine et Napoléon : une histoire (extra)ordinaire", qui ouvrira ses portes le mercredi 19 mai. Un regard avisé sur la vie de cette femme d'exception, qui rassemble des bijoux exceptionnels, des tableaux rares, des épées, des tabatières, des effets personnels et des documents fascinants.

"Nous avons décidé d'organiser cette exposition à l'occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon. Joséphine était une femme extraordinaire, qui a réussi à planter l'un des plus grands jardins du monde tout en donnant le la en matière de décoration et de style", explique Jean-Marc Mansvelt, le PDG de Chaumet. Le 5 mai 1821, Napoléon a rendu l'âme dans une maison humide sur l'île de Sainte-Hélène, balayée par les vents de l'Atlantique Sud. Ses derniers mots : "France, l'armée, tête d'armée, Joséphine".

L'exposition, forte de 150 artefacts, évoque de manière éloquente leur histoire d'amour et présente quelques pièces remarquables de Chaumet et de François-Regnault Nitot, le fils du fondateur de la maison de joaillerie, qui a conçu des diadèmes et des bracelets, une ceinture gothique en or massif et une remarquable épée de cérémonie en or, pierre sanguine et écaille de tortue pour l'empereur et ses deux épouses successives.


La ceinture gothique en or massif de Marie-Louise, 1813 - Photo - Chaumet - Bruno Ehrs


Napoléon et Joséphine étaient tous deux étaient d'origine insulaire — Napoléon Bonaparte de Corse, et Joséphine de Martinique — et issus de milieux relativement modestes. Parvenus au sommet de la société française, leur succès transparaît dans les spectaculaires portraits de Gérard, David, Garneray et Prud'hon représentant le couple paré d'hermine et de diamants dans des décors somptueux.

Sur un tableau de Vibert, on voit le couple assis aux côtés du pape Pie VII, de deux cardinaux, d'un maréchal et d'un ministre, étudiant la disposition de mannequins miniatures vêtus de copies exactes de leurs grandes robes de cérémonie, afin de déterminer l'emplacement des sièges lors du sacre de Napoléon en 1804, à Notre-Dame. L'empereur a même commandé à Nitot une célèbre tiare ovale pour Pie VII, qui se trouve aujourd'hui au musée du Vatican.

"Beaucoup de ces tableaux étaient à la fois des outils de communication politique et des œuvres d'art. Un peu comme les réseaux sociaux, mais il y a deux cents ans", note Jean-Marc Mansvelt, au cours d'une visite de l'exposition.

Le couple s'est rencontré pour la première fois en 1795, avant le départ de Bonaparte pour sa campagne d'Italie, qui allait faire de lui un héros populaire — et pendant laquelle il ne manquait pas d'écrire régulièrement des lettres enflammées à Joséphine.


Le diadème aux épis de blés - Chaumet


"Quel est donc ton étrange pouvoir, incomparable Joséphine ? Une de tes pensées empoisonne ma vie, déchire mon âme par les résolutions les plus opposées mais un sentiment plus fort, une humeur moins sensible me rattache, me ramène et me conduit encore comme coupable. Je te donne trois baisers, un sur ton cœur, un sur ta bouche, un sur tes yeux", écrivait ainsi Napoléon en 1796. 

À l'époque, Joséphine était déjà veuve, d'un mariage désastreux avec le vicomte de Beauharnais, guillotiné pendant la Révolution. Elle même avait été emprisonnée, puis libérée cinq jours après son exécution.

Formée à la botanique, son admiration pour l'étude du blé a entraîné une vogue pour les diadèmes en forme d'épis de blé, dont l'exposition dévoile plusieurs exemples, de la version de Nitot de 1811 aux diadèmes Crèvecoeur plus tardifs. Joséphine agrémenta sa maison de Malmaison, à l'est de Paris, d'un des plus beaux jardins de l'époque, planté d'espèces encore plus nombreuses qu'au Jardin des Plantes. L'impératrice — qui ne renonçait à aucune ruse pour assouvir sa passion — faisait même appel à la police pour saisir des espèces exotiques dans les ports français. Sa ménagerie abritait des cygnes noirs, des kangourous, des lamas, des faisans dorés chinois et une femelle singe en robe de chambre à qui on avait appris à manger avec une fourchette.

Nitot devint, selon ses propres termes, "le fournisseur très envié de la cour impériale". Dans l'exposition, on peut notamment admirer un camée en malachite de 1810, orné de perles et d'écailles de tortue. Joséphine a également travaillé en étroite collaboration avec des sculpteurs et des décorateurs d'intérieur pour développer le style Empire, faisant de sa cour le centre artistique de l'Europe, tout en devenant la première grande collectionneuse d'art française. Les commandes du couple ont également contribué à alimenter les marques de luxe nationales, comme la porcelaine de Sèvres.


Le collier Leuchtenberg - Photo Sotheby's


Le siège de Chaumet se trouve au 15, place Vendôme, l'épicentre de la joaillerie française, où se dresse la colonne triomphale de Napoléon, érigée grâce à 1.200 canons saisis à l'ennemi puis fondus. Quant à la statue de Joséphine, à Fort-de-France dans sa Martinique natale, elle a été déboulonnée récemment par des militants du mouvement Black Lives Matter, qui rappellent que c'est Napoléon qui a réintroduit l'esclavage huit ans après son interdiction pendant la Révolution. Sa misogynie n'a pas non plus été oubliée : si l'empereur a confié des tâches politiques importantes à plusieurs femmes, son Code Napoléon faisait des femmes des êtres soumis à leurs maris.

Et pourtant, c'est la progéniture de Joséphine qui montera sur le trône, et non celle de Napoléon. Sa fille Hortense épousa le frère cadet de Napoléon, Louis, et leur fils devint empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Joséphine était également la grand-mère d'Amélie de Leuchtenberg, impératrice du Brésil. Plusieurs descendants de l'impératrice sont assis de nos jours sur les trônes du Danemark, de la Suède, de la Belgique et de la Norvège. Une tiare en camée ornée d'emblèmes inspirés de la mythologie grecque, réalisée par Nitot pour Joséphine, a même été portée par la princesse héritière Victoria de Suède le jour de son mariage en 2010.

Profondément épris de Joséphine, Napoléon était souvent absent, guerroyant dans des contrées lointaines — comme le rappelle ce vieux bicorne usé dans l'exposition. Les historiens pensent aujourd'hui que Joséphine a fait une fausse couche pendant un voyage en Italie pour rendre visite à son mari, à l'initiative de ce dernier. Comme elle ne pouvait plus avoir d'enfants et que Napoléon était obsédé par l'idée d'avoir un héritier, il lui annonça lors d'un dîner en 1809 son intention de divorcer. Une lettre particulièrement triste, présentée dans l'exposition, dévoile l'acceptation écrite de l'impératrice déchue, à côté de son éventail, brisé de colère au cours de cette funeste soirée.

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