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Chine : quel est le poids réel de "l'usine du monde" pour la filière ?

Publié le
24 mars 2020
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Il faudra de très long mois pour identifier les conséquences de l'arrêt de l'industrie chinoise pour la filière mode, et plus longtemps encore pour en tirer les leçons. Mais, à l'heure où l'empire du Milieu reprend progressivement son activité, l'Institut français de la mode livre d'ores et déjà une analyse chiffrée de ce que la production et les exportations locales de textile-habillement pesaient avant le coronavirus. Une activité qui s'est notamment renforcée à la faveur des lourds investissements techniques menés ces dernières années.


Un ouvrier textile dans la province du Jiangxi - Shutterstock


De 2008 à 2017, rappelle l'IFM, la Chine a en effet concentré 53 % des investissements mondiaux en filatures fibres courtes, et 65 % des investissements liés aux outils de tissages. Une modernisation de l'appareillage qui s'explique par l'explosion des exportations chinoises de textile-habillement, faisant passer la part de marché chinoise de 10 à 38 % entre 2000 et 2018.
 
Côté textile, la France a en 2019 ralenti ses importations chinoises de fibres et fils (47 millions d'euros), de tissus (162 millions) et de tissus synthétiques (41 millions), mais a en parallèle renforcé ses commandes de textiles de maison (405 millions), linge de maison (140 millions), et voiles et tentes (132 millions).

Côté habillement, l'Hexagone a légèrement réduit ses importations chinoises de chaîne et trame (2,9 milliards d'euros), mailles (2691 millions), de pull-overs (932 millions) et de pantalons en coton féminins (193 millions), mais a légèrement renforcé ses commandes de tee-shirts (245 millions) venant de "l'usine de monde".
 
Un surnom qui, pour la filière mode, rappelle que la Chine concentre 32 % des exportations mondiales d'habillement. Mais, depuis 2015, les commandes européennes se sont repliées en valeur : un effet de la hausse des salaires décidée par Pékin à la fin des années 2000, qui a entaché la compétitivité locale et poussé les entreprises à opérer des montées en gamme de leurs productions. Ouvrant la voie à d'autres pays producteurs de la zone, Bangladesh en tête, pour capter une part croissante des commandes d'entrée de gamme. Phénomène qui se poursuit encore à l'heure actuelle, avec une hausse de 9 % des exportations bangladaises d'habillement vers l'Europe.

Une industrie toujours plus tournée vers le marché intérieur


 
La Chine garde cependant un certain contrôle sur ce phénomène de redistribution du sourcing d'entrée de gamme, notamment via les fabricants chinois qui détiennent des sites de productions au Vietnam, en Birmanie et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est. Toujours est-il que cette diversification des zones de production est arrivée à point nommé pour les donneurs d'ordres internationaux. L'industrie chinoise s'est également massivement tournée vers sa consommation intérieure, à la faveur d'une nouvelle génération de consommateurs.
 
Selon l'IFM, la consommation chinoise d'habillement s'établissait en 2018 à 275 milliards d'euros (310 milliards de dollars). De quoi amener l'empire du Milieu à rapidement devancer les marchés européen et américain pour peser quelque 464 milliards d'euros (526 milliards de dollars) à horizon 2030, ceci malgré une croissance du marché de l'habillement ne se faisant plus à deux chiffres, mais tournant autour de 5 % par an.
 

Une usine d'habillement dans le Jiangxi - Shutterstock


Le premier trimestre 2020 est sans nul doute destiné à être l'un des pires crus de la décennie qui s'ouvre. Dirigeant du sous-conseil chinois au textile, Zhang Tao expliquait en février à FashionNetwork.com qu'il faudrait au moins un semestre pour retrouver un semblant de normalité dans l'industrie.

L'IFM s'interroge sur un possible recul accéléré de la part de la Chine dans le commerce mondial d'habillement. Dirigeante de la filière textile bangladaise, Rubana Huq nous indiquait en février s'attendre à voir des commandes se rabattre sur le Bangladesh. L'industrie locale doit cependant pour cela trouver une alternative aux tissus chinois, qui alimentent 20% de sa production d'habillement. Même au Bangladesh, l'industrie chinoise n'est jamais loin.
 

 
 

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