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AFP-Relaxnews
Publié le
16 janv. 2022
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Christophe Girardier (Glimpact) : "Il faut donner aux industriels les moyens de réduire l'empreinte environnementale de leurs produits"

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AFP-Relaxnews
Publié le
16 janv. 2022

La start-up française Glimpact vient de former un consortium réunissant plusieurs marques de mode, dont Lacoste et Camaïeu, pour proposer à grande échelle un score environnemental global et unifié dans le secteur du prêt-à-porter et de la chaussure. Alors que d'autres acteurs sont déjà actifs sur ce créneau en France et à l'international, Christophe Girardier, PDG-fondateur, détaille cette initiative, et la méthode sur laquelle s'appuie Glimpact, destinée aux consommateurs comme aux industriels, acteurs majeurs de la transition écologique. (NDLR : suite à la publication de cette interview, un droit de réponse a été demandé par la société Clear Fashion - il est inséré en fin d'article)





Sur quels critères se base l'éco-score fourni par Glimpact ?

Christophe Girardier : Nous utilisons la méthode PEF (Product Environmental Footprint, ndlr), celle choisie comme référence par la Commission européenne dans le cadre de sa récente recommandation officielle aux états membres de l'Union européenne, publiée en décembre 2021. 

Certains estiment que la méthode PEF est trop complexe. Qu'en pensez-vous ?

CG :
Certes elle est complexe, ce qui ne veut pas nécessairement dire compliquée, car l'empreinte environnementale est une notion complexe et les acteurs, s'ils veulent être crédibles et sincères, doivent l'admettre. Simplifier les choses en la matière ou les réduire, comme le font trop d'acteurs qui s'expriment publiquement, est criminel au regard des enjeux majeurs de la transition écologique ! Rien ne serait plus grave que de donner des orientations arbitraires, voire grossièrement erronées, et de mauvaises pratiques aux industriels, au motif que la méthode serait trop compliquée ! En matière d'environnement, nous avons une formule : quand on ne voit pas tout, on ne voit rien !

En quoi l'application Glimpact se distingue-t-elle de Yuka ou de Clear Fashion, par exemple ?

CG : Yuka et Clear Fashion sont des applications qui visent à donner aux consommateurs un score dit 'environnemental' et 'social' à des produits. L'approche technologique Glimpact se concentre sur le seul enjeu de la performance environnementale au sens très clair et scientifique qu'en donne la Commission européenne par la méthode PEF.

Elle vise d'une part les acteurs industriels, via les applications en ligne de Glimpact, pour leur permettre d'évaluer objectivement l'empreinte environnementale globale de leurs produits, et d'identifier les leviers et les moyens d'actions pour la réduire, et d'autre part les consommateurs, via l'application smartphone Glimpact pour leur permettre d'accéder au score environnemental des produits qu'ils achètent, les comparer entre eux pour identifier les produits les moins impactants, et de fait exercer leur volonté de faire des choix responsables. Autrement dit, Yuka et Clear Fashion sont des applications dédiées aux consommateurs et non aux acteurs fabricants, visant à noter certains type de produits, mais selon des méthodes propres et simplistes que l'on peut considérer comme arbitraires car relevant de choix non fondés scientifiquement.

Glimpact propose un véritable eco-système technologique fiable et robuste, visant à impliquer d'abord les industriels pour leur permettre de changer leur modèle de production, mais aussi les consommateurs pour leur permettre d'utiliser la performance environnementale comme critère d'achat.

En quoi est-il important d'impliquer les industriels ?

CG
: La conviction de Glimpact est précisément de considérer qu'il ne peut y avoir de véritable transition écologique sans donner aux industriels les leviers et les moyens de réduire l'empreinte environnementale de leurs produits. Evaluer les produits et informer les consommateurs n'est pas suffisant, il faut aussi créer les conditions d'une dynamique vertueuse chez les acteurs industriels sans qui rien ne se fera.

Pourquoi avoir fait le choix de proposer des équivalences, comme le nombre de douches ou de trajets en voiture ?

CG :
C'est essentiel, pour bien faire comprendre la signification du score environnemental tel que le définit la méthode multicritère PEF. Ce score est exprimé par un chiffre sur une échelle continue, plus il est important et plus l'impact global l'est, il est donc assimilable à un prix environnemental, mais encore faut-il que le consommateur comprenne ce que représente un score de 50 - une bouteille d'eau minérale, par exemple - ou encore un score de 5.000 - un steak de bœuf.

Certains scores et équivalences sont stupéfiants. Est-ce un outil purement informatif ou destiné à la prise de conscience ?

CG :
Les deux. Il s'agit d'informer objectivement le consommateur, mais aussi et surtout de lui faire prendre conscience du niveau des impacts des produits qu'il achète. Non pas pour lui donner une leçon, non, mais plutôt pour lui donner les moyens de faire ses propres arbitrages dans une même catégorie, comme choisir la marque de yaourt la moins impactante, ou choisir de manger moins de viande au profit d'aliments végétaux par exemple.

Avec la loi Climat et Résilience, les marques de mode ne devraient-elles pas déjà toutes présenter l'empreinte environnementale de leurs produits ?

CG :
La logique de cette loi est de rendre l'affichage environnemental obligatoire sur tous les produits. Mais malgré tous nos efforts auprès des pouvoirs publics, les députés ont préféré intégrer dans la loi une disposition visant à imposer une expérimentation d'une durée maximale de 5 années pour trouver une méthode alors qu'elle existe !

C'est dans ce cadre que le gouvernement a lancé un appel à projet auquel nous répondons à travers ce consortium auquel dix grandes marques se sont associées, dont Lacoste, Decathlon et Camaïeu, pour justement proposer une approche appliquant la méthode PEF. Nous sommes convaincus que l'affichage environnemental français doit nécessairement s'appuyer sur le cadre unique à dimension européenne que la Commission européenne a justement mis au point depuis 2018, au terme d'ailleurs d'une expérimentation de huit ans.

Entre la communication des marques et leurs réels engagements, il y a parfois un gap. Comment les consommateurs peuvent-ils faire des choix éclairés ?

CG
: En utilisant l'application Glimpact qui existe aujourd'hui sur le secteur des produits alimentaires, mais sera disponible sur le secteur textile dès mars prochain. Nous allons aussi lancer une rubrique de ce que nous appelons les idées reçues visant a sensibiliser les consommateurs sur les grands enjeux environnementaux de l'industrie textile, notamment l'impact, très différent d'une fibre à une autre, des étapes de filage et de teinture. Ce sont autant d'enjeux beaucoup plus importants que la distance entre les lieux de production ou d'achat qui ne représente que moins de 5% de l'impact d'un vêtement, contrairement à ce que trop de marques affirment de façon erronée !

Arrivera-t-on dans un avenir proche à 100% de vêtements, accessoires, et chaussures éco-scorés ?

CG :
C'est notre conviction la plus intime, et c'est pourquoi nous avons débuté cette belle aventure ! Les projets à dimension très stratégiques que nous avons initiés avec nos clients vont le démontrer dès 2022. Tout est possible avec la méthode PEF et, j'ose le dire, Glimpact. L'environnement est devenu une science exacte. C'est désormais une question de volonté politique des Etats, mais aussi des entreprises, et force est de constater que de grandes marques - nos clients - l'ont déjà compris !

Interview de ETX Daily Up


Suite à la diffusion de cet entretien, la société Clear Fashion a fait valoir un droit de réponse aux propos de M. Christophe Girardier. La société, citée dans l'interview, a souhaité préciser son approche et sa méthodologie, reprenant les axes développé par le fondateur de la société Glimpact. Ces éléments ont été intégrés le 20 janvier 2022.


En réponse à la question, En quoi l'application Glimpact se distingue-t-elle de Yuka ou de Clear Fashion, par exemple ?  Christophe Girardier a utilisé les termes de "méthodes propres et simplistes que l'on peut considérer comme arbitraires car relevant de choix non fondés scientifiquement"
Clear Fashion tient a précisé le
fondement de la méthodologie de Clear Fashion :Clear Fashion a construit une méthodologie complète basée sur l’analyse de 150 critères fiables et factuels couvrant l’ensemble de la chaine de production du vêtement : de la matière première à la distribution puis la consommation, en passant par les étapes de transformation. Cette méthodologie couvre les enjeux clés du secteur, pas uniquement l’impact environnemental mais également d’autres thématiques incontournables telles que l’humain, la santé et les animaux.
Etude bibliographique pour définir, au sein de chaque thématique : les principales catégories d’impacts (ex. eau, déchets, changement climatique, ressources fossiles) et les actions qui jouent sur ces catégories d’impact (ex. gestion de la consommation en eau le long de la filière).

Cette grille d’évaluation a été construite par notre équipe d’ingénieurs R&D puis validée par un Comité d’experts, enseignants-chercheurs et professionnels indépendants et largement reconnus dans le secteur.

  • Des choix scientifiquement fondés :

  1. La méthode Clear Fashion se base sur des travaux scientifiques notamment ceux de l’ADEME (L’Agence de la Transition écologique) et sur l’analyse des cahiers des charges de plus de 50 labels et standard d’audits. Ainsi, pour l’impact environnemental par exemple, chaque critère pris en compte est pondéré selon l’ampleur réelle du critère sur l’impact en question, données quantitatives à l’appui.
  2. Ces choix sont appuyés par les recommandations des experts qui entourent les actions de Clear Fashion : 75 experts ont déjà été consultés, dont un comité d’experts qui se réunit tous les mois (ex : Anne Perwuelz, Isabelle Robert, Grégoire Jacob). Les membres permanents sont des acteurs reconnus par leurs paires. Ces derniers bénéficient généralement de nombreuses années d’expériences sur les chaînes de production textile, les procédés textiles, ou encore les habitudes des consommateurs.
  3. Clear Fashion réalise également des travaux de recherche menés en partenariat avec le laboratoire GEMTEX qui travaille main dans la main avec les équipes d’ingénieurs méthodologie de l’entreprise.
  4. Pôle dédié à la R&D en interne, composé d’ingénieurs et d’une doctorante en thèse CIFRE, l’un de ses objectifs est de démontrer scientifiquement la robustesse de la méthodologie d’évaluation Clear Fashion.
  5. Statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI) et obtention de Crédit Impôt Recherche (CIR) : investissement dans la Recherche & Développement et nécessité d’initier des projets à caractère innovant, suivant des démarches scientifiques pour débloquer ces financements.
  6. Liens avec d’autres acteurs indépendants de l’écosystème mode : labels, organismes certificateurs et autres acteurs experts du secteur pour validation de leur cahier des charges notamment.

     
En quoi l'application Glimpact se distingue-t-elle de Yuka ou de Clear Fashion, par exemple ?
CG :"Yuka et Clear Fashion sont des applications dédiées aux consommateurs et non aux acteurs fabricants" // "Glimpact propose un véritable eco-système technologique fiable et robuste, visant à impliquer d'abord les industriels pour leur permettre de changer leur modèle de production" //"Evaluer les produits et informer les consommateurs n'est pas suffisant"

La façon dont Clear Fashion travaille avec les industriels :
Clear Fashion travaille en collaboration étroite avec les marques pour construire la mode de demain, les solutions proposées par l’entreprise permettent aux industriels d’aller vers des pratiques plus maitrisées et plus responsables.

  • 270 marques font preuve de transparence et communiquent les informations sur leurs pratiques auprès de Clear Fashion (sur les 450 marques évaluées) : elles doivent remplir un formulaire d’évaluation gratuit et sont accompagnées par « Le service des Opérations » tout au long des étapes de leur audit. L’objectif étant de rendre la récolte des données la plus accessible possible afin d’engager toujours plus de marques vers la transparence.
  • Le processus d’évaluation permet aux industriels d’identifier les axes d’améliorations de leurs pratiques afin de mettre en place des actions concrètes. Un indice de progression sera prochainement disponible afin de permettre aux marques participantes de suivre leurs avancées et d’identifier plus facilement les axes d’améliorations. (*69% des marques évaluées depuis plus de 6 mois ont commencé à revoir leur processus de production)

  • Clear Fashion offre aux marques la possibilité de partager le score obtenu sur les canaux qui leurs sembleraient appropriés : e-shop, boutique physique, réseaux sociaux… Cela permet aux marques de valoriser leurs démarches transparentes et de les impliquer dans le procédé d’amélioration.


Certains estiment que la méthode PEF est trop complexe. Qu'en pensez-vous ?
CG : « Simplifier les choses en la matière ou les réduire, comme le font trop d'acteurs qui s'expriment publiquement, est criminel au regard des enjeux majeurs de la transition écologique ! »

  • Un niveau trop important d’informations perd le consommateur, Clear Fashion a donc retenu le bon niveau d’informations pour le consommateur. Les critères à l’impact négligeable ne sont pas mis en avant, ce qui permet de se focaliser sur les enjeux clés. Les intérêts des consommateurs ont été définis grâce à un sondage d’une communauté d’ambassadeurs (25 000 personnes) et des enquêtes terrain conformes à des méthodologies d’enquêtes en sciences sociales. Ce qui a permis à Clear Fashion la définition des thématiques sur lesquelles apporter des informations : l’environnement, l’humains, la santé et les animaux.
  • Chaque mois 100 000 consommateurs consultent les informations mises à disposition par Clear Fashion. Grâce aux retours d’expériences des utilisateurs Clear Fashion réalise un travail d’amélioration concernant la clarté de l’information, la pédagogie, et prend en compte l’impact de la lecture de ces informations par le consommateur dans leur définition.
  • Grâce aux 270 marques (petites marques engagées, marques de créateur, marques mass market, international, premium, luxe…) qui participent à l’évaluation Clear Fashion, une analyse de l’état actuel du marché et une identification des axes prioritaires a pu être réalisée pour le secteur.
  • Clear Fashion mesure également en continu et partage chaque année l’impact de son propre travail sur le secteur. Les premiers constats sont que Clear Fashion a déjà largement participé à faire évoluer le secteur de manière positive. Plus de 50% des utilisateurs de Clear Fashion ont changé leurs pratiques de consommation et acheté “moins mais mieux”, privilégiant notamment les produits et marques les mieux notés. Côté marques participantes c’est une prise de conscience et des premières actions mise en place afin d’améliorer les pratiques chez près de 70% des marques évaluées.




 
 

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