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Comment l'opération "Masque solidaire" coordonne les acteurs de la mode

Publié le
6 mai 2020
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4 minutes
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La date du déconfinement approche et chacun, entreprise comme particulier, doit s'équiper en matériel pour faire face au nouveau quotidien qui s'annonce avec le Covid-19. Mais au-delà du 11 mai, les besoins, en particulier de masques, seront semble-t-il une constante. Afin que même les plus démunis puissent avoir accès à ces ressources, le mouvement "Masque solidaire" est né, à l'initiative de l'auteur Alexandre Jardin.


Les marques de mode font des dons de tissus - DR



L'idée : que des couturiers ou couturières, actuellement confinés, puissent produire bénévolement des masques pour ceux qui sont dans le besoin. Le tout en respectant les consignes de l'Afnor, afin que ces masques soient de qualité. Une idée solidaire qui est actuellement mise en musique par Paris Good Fashion, la structure qui depuis début 2019 réunit une soixantaine des acteurs majeurs de la mode et du luxe basés à Paris, pour tenter de définir collectivement de nouvelles façons de faire plus responsables dans notre secteur.

Si la structure, codirigée par Isabelle Lefort n'a pu présenter en mars les avancées des travaux de sa dizaine de commissions réunissant des représentants de Kering, LVMH, Chanel et des grandes marques de prêt-à-porter de la place de Paris, ses équipes ont pu s'investir ces dernières semaines sur ce projet solidaire, avec une plateforme dédiée. "Nous avons contacté environ 80 000 couturiers qui sont des professionnels à la retraite, des étudiants d'écoles de mode, des particuliers... Nous avons déjà 10 000 inscrits et nous voulons continuer d'avancer. Nous sommes présents sur les réseaux sociaux mais pour contacter le plus grand nombre nous mettons aussi un numéro de téléphone".

Tous les bénévoles peuvent donc s'enregistrer sur la plateforme et préciser leur capacité de production, ils peuvent utiliser leurs propres ressources en matière (coton et coton-polyester) ou se fournir auprès d'un donneur d'invendus textile. Une fois la commande réalisée, le bénévole peut déposer sa confection dans un point relais de distribution de masques. Là, les demandeurs, qui auront réservé en ligne, pourront retirer leur commande.

Et c'est là que l'effort collectif est à souligner. L'opération a pour vocation de monter en quelques semaines une chaîne de valeur quasi-complète avec un investissement d'acteur du don de matières à la distribution des produits.

"Pour le don de matières, les particuliers peuvent donner leurs draps en coton mais ce sont aussi les marques qui sont prêtes à donner des stocks de tissus qu'ils n'utiliseront pas, notamment avec une part de leurs collections qui ne seront pas produites, explique Isabelle Lefort. Les besoins sont considérables car, tant qu'il n'y aura pas de vaccins, il faudra renouveler les stocks". Plusieurs grands noms de la mode ont déjà rejoint l'initiative avec H&M mais aussi Bonton, Un Jour Ailleurs, Zadig & Voltaire ou encore Maje qui ont fait des dons de rouleaux. Lectra apporte aussi son expertise technique.

6000 points de vente mobilisés



L'initiative est ensuite parvenue à faire s'impliquer les acteurs de la distribution afin de servir de points relais pour pouvoir rendre disponible ces masques sur le territoire. "Il y a 6 000 points de vente qui sont mobilisés, avec Netto, Monoprix, cela signifie qu'en moyenne, il y en a un tous les 10 kilomètres. Le PDG d'Intermarché a sollicité son équipe de communication à disposition pour l'opération, Carrefour a mis à disposition son équipe IT, les Galeries Lafayette font jouer leurs relations avec les marques. Une telle action permet aussi de montrer que la mode n'est pas dans sa caricature superficielle dans cette période. Elle peut avoir un rôle dans la générosité et faire sens".

Un sens d'autant plus pertinent que si une partie de l'activité manufacturière textile française produit depuis quelques semaines des masques ou des blouses, ces sites vont dans quelques jours reprendre leur activité traditionnelle. "Nous sommes tous face à une situation inédite. Il faut répondre à l'urgence, mais nous regardons et discutons avec l'Afnor et les ministères afin que cette initiative puisse se développer de façon pérenne, appuie Isabelle Lefort. Pour cette production, on ne pourra pas solliciter indéfiniment la solidarité individuelle. Il faut travailler à une professionnalisation et la constitution d'une filière".

Et dans une France déconfinée mais qui se prépare à affronter un contrecoup économique, des structures de l'économie sociale et solidaire pourraient produire dans l'Hexagone des masques et des blouses.
 

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