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1 avr. 2021
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Confinement: les commerçants tiraillés entre lassitude et exaspération

Publié le
1 avr. 2021

"Ce nouveau confinement va être terrible pour tous les secteurs fermés", a réagi dans un tweet le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, après l'annonce mercredi soir par le président de la République d'un troisième confinement national. "Ce doit être le dernier. Ouvrons les tous le 15 mai!". Pour le monde économique, c'est donc un nouveau coup dur. Notamment pour le commerce de l'habillement, dont une partie des acteurs ne peut pas accéder aux aides débloquées pour compenser les stocks invendus à cause des restrictions sanitaires.


So Ouest - MG/FNW


Selon les calculs de Bercy, l'extension des fermetures de commerces non essentiels à l'ensemble du territoire, parmi les annonces d'Emmanuel Macron, va faire passer le nombre d'établissements fermés de 90.000 à 150.000. Tandis que le coût total des aides et indemnisations aux entreprises passe à 11 milliards d'euros par mois, a indiqué mercredi le ministère de l'Economie Bruno Le Maire.

Cette somme comprend le coût total du fonds de solidarité, du chômage partiel pour l'Etat et des exonérations de cotisations sociales, y compris pour les établissements qui restent ouverts mais sont fortement impactés par la crise. Le gouvernement a ajusté à de nombreuses reprises le dispositif d'indemnisation de la perte de chiffre d'affaires par le fonds de solidarité, et lui a adjoint cette année une prise en charge partielle des frais fixes.

L'activité partielle permet pour l'heure au salarié qui ne travaille pas de percevoir 84% de son salaire net, l'employeur ayant un reste à charge de 15%, sauf dans les secteurs les plus touchés par la crise. 

"Le commerce est celui qui va payer le plus lourd tribut"

Ce confinement national "est une mauvaise nouvelle supplémentaire", a déploré Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). "Une fois de plus le commerce est celui qui va payer le plus lourd tribut", a-t-il indiqué, réclamant "un plan stratégique pour éviter une faillite de très nombreux commerçants après l'été".

"Dans les entreprises, comment va-t-on s'organiser ?", s'est quant à lui interrogé le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), François Asselin. "On va avoir des gens au chômage partiel qui ensuite vont prendre leurs congés payés quand l'activité redémarre", a-t-il anticipé. "Il faudrait qu'on puisse repositionner les congés des salariés, sinon ça va poser d'énormes problèmes d'organisation."

De son côté, le Conseil national des centres commerciaux (CNCC) "prend acte" et demande au gouvernement "de ne pas créer un état de distorsion de concurrence en autorisant les magasins dans les centres commerciaux à pratiquer le click&collect". Ainsi qu'en y laissant ouverts tous les commerces de première nécessité (librairies, fleuristes...) en plus des magasins alimentaires et pharmacies, "comme les commerces de pieds d’immeuble ont la possibilité de le faire". 

Pour aider le monde économique à faire face à la situation, le chef de l'Etat a précisé que l'ensemble des dispositifs d'aide aux entreprises et aux salariés, actuellement en vigueur, "seront prolongés". Les sociétés peuvent par exemple bénéficier d'une prise en charge du chômage partiel pour leurs salariés, de prêts garantis par l'Etat ou encore d'une aide financière du fonds de solidarité.

Pour Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce (grands magasins, enseignes mode/chaussures), le dispositif de soutien est insuffisant. "Quid des loyers? Quid des stocks? Les aides actuelles ne vont pas à toutes les entreprises, il faut les renforcer sinon on va à la catastrophe économique et sociale", a-t-il estimé.

Le dispositif d'aide sur les loyers des commerçants est ainsi "toujours en attente d'une réponse de la Commission européenne", qui tarde à rendre son avis, précise Emmanuel Le Roch, le délégué général de Procos. "Cela génère de la peur et de l'agacement."

Des aides aux stocks qui divisent



Outre l'annonce d'un reconfinement, la journée du 31 mars fut aussi, pour les commerces de mode, celle de l'officialisation d'une aide liée aux stocks. Les commerces d'habillement, chaussures, sport et maroquinerie ont accumulé les invendus, rendant difficile l'investissement dans les collections prochaines. Les entreprises pourront bénéficier d'une aide équivalente à 80% de ce qu'elles ont touché au titre du fonds de solidarité au mois de novembre dernier.

Problème: cette aide se limite aux entreprises de moins de 50 salariés, contrairement à ce que Bercy aurait laissé entendre. Un choix exaspérant selon l'Alliance du commerce, qui souligne que les discussions précédemment menées avec Bercy, et notamment celle du 19 mars dernier, portaient bien sur l'ensemble des points de vente de ces secteurs. 

Mercredi soir, l'Alliance du commerce ne cachait pas sa "colère". "Les difficultés liées aux stocks touchent aussi les réseaux, dont une partie du parc commercial est fermée depuis le 31 janvier ", relève Yohann Petiot, qui note en outre que cette aide "ne concerne pas la dépréciation des stocks".

"Apporter une réponse aux petits commerçants est plutôt rapide et assez simple à mettre en œuvre. Bâtir un dispositif pour les plus grands acteurs est plus complexe: il y a pour l'Etat un problème de coûts importants, et du côté de la Commission européenne une certaine frilosité à apporter des aides par crainte d'une distorsion vis-à-vis de la concurrence sur le continent, expose Emmanuel Le Roch. Cela n'a plus lieu d'être, les enseignes ont besoin de soutien. Certains continuent de penser que les grands réseaux - dont on banalise la fermeture - sont très solides, or ils le sont de moins en moins. Si les commerces ne rouvrent que fin mai, le risque de défaillances va sérieusement augmenter, sachant que les chaînes du commerce spécialisé ont 30 à 75% de leurs magasins fermés depuis deux mois déjà."

Du côté des indépendants du secteur de l'habillement, la Fédération nationale de l'habillement remercie quant à elle Bruno Le Maire et Alain Griset pour avoir "su entendre et réagir positivement aux propositions et demandes d'aides pour soutenir les commerçants de l'habillement, de la lingerie, de la chaussure et de la maroquinerie".

Le 24 mars dernier, les fédérations de l'équipement de la personne couvrant ces quatre domaines avaient en effet adressé une lettre commune au ministère des Finances, en alertant sur la pérennité de leurs entreprises, notamment face aux invendus accumulés ces derniers mots. "Cette aide permettra de soutenir les commerçants indépendants ayant accumulé des stocks saisonniers suite aux différents confinements", se félicite aujourd'hui la FNH.

Reste à connaître le calendrier et les démarches qui encadreront ces aides liées à l'accumulation des stocks du fait de la pandémie. Tandis que les fédérations des enseignes officiant dans les domaines concernés espèrent obtenir que Bercy reconsidère les limitations décidées pour cette mesure. 

(avec AFP)

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