Consommation : gilets jaunes et insécurité auront-ils raison de l'esprit de Noël ?

« On dirait que les gens ont oublié que Noël est dans dix jours », confiait-on cette semaine chez La Grande Récré. Même si les achats de jouets ont démarré, entre gilets jaunes et attaque à Strasbourg, le climat général de la consommation est loin d'être à la fête. Lourdement touchés par quatre samedis de blocages des accès aux centres commerciaux, de fermetures de magasins et de violences, les commerçants faisaient grise mine vendredi à la veille de « l'acte V » des « gilets jaunes », alors que pour certains, les ventes réalisées en fin d'année peuvent représenter jusqu'à 50 % du chiffre d'affaires annuel.



Président de la Fédération pour la promotion du commerce spécialisé Procos, François Feijoo a carrément appelé jeudi à « l'union sacrée de l'écosystème du commerce », en évoquant une « situation très difficile pour les équipes des magasins qui la vivent très durement ».

« Personne ne pensait que (le mouvement des "gilets jaunes") prendrait cette ampleur, ni le gouvernement, ni les acteurs économiques, ça a surpris tout le monde », analyse auprès de l'AFP Yves Marin, consultant au sein du cabinet Bartle. La poursuite des manifestations, combinée au sentiment d'insécurité engendré par l'attaque à Strasbourg mardi, pourraient avoir des conséquences sur la consommation, alors que Noël constitue traditionnellement un pic en termes de dépenses, avec un budget global (cadeaux, repas, transports, décorations) estimé, selon une étude Cofidis/CSA, à 571 euros, déjà en baisse de 178 euros par rapport à 2017.

« Très concrètement, cela signifie moins de déplacements, ou des déplacements moins dangereux, c'est-à-dire vers son clavier ou son centre-ville » plutôt que les gros centres commerciaux, explique Yves Marin. « Les reports se feront sur Internet, c'est un peu la solution de facilité », assure aussi à l'AFP Nathalie Damery, cofondatrice de l'Observatoire Société et Consommation (Obsoco). Elle pense aussi qu'il y aura peut-être au pied du sapin davantage d'enveloppes garnies d'espèces ou de bons-cadeaux que les années précédentes.

« Il n'y a clairement pas de report des achats sur Internet », affirme en revanche Marc Lolivier, délégué général de la Fédération de l'e-commerce et de la vente à distance Fevad. Il évoque un « effet de sidération » chez les consommateurs, incitant plus à s'informer qu'à dépenser sur la Toile. « Tout cela n'est effectivement pas très propice à l'achat plaisir et génère un climat tendu, comme on l'avait déjà constaté en 2015 », après les attentats à Paris, poursuit-il. « Les remontées que l'on a depuis dix jours font état d'un impact négatif sur la croissance » des sites de e-commerce interrogés par la Fevad, de l'ordre de 6 à 7 % au lieu des 14 % prévus en novembre-décembre à périmètre non constant.

« Blues » de la conso

Les événements actuels, « ça coupe l'envie, car on sait très bien que la consommation est quelque chose d'extrêmement fragile sur le plan psychologique », souligne Yves Marin. Les gens ayant « le blues, on peut penser qu'ils n'aient pas envie de se lancer dans des trucs festifs », ajoute-t-il, qu'ils laissent de côté les achats dits « d'impulsion » et privilégient les achats « listés », comme les cadeaux.

A la Grande Récré, un porte-parole évoquait jeudi des magasins parisiens pleins : l'enseigne de jouets a observé depuis le début du mouvement des « gilets jaunes » un « décalage des ventes du dimanche au vendredi », mais pas d'arrêt.

« Je ne crois pas une minute à une logique de déconsommation », avance aussi Nathalie Damery, « mais plutôt à des arbitrages qui se font davantage, liés à des évènements » tels que les attentats, ou à de « nouvelles stratégies d'achat ».

L'experte de l'Observatoire Société et Consommation rappelle que le mouvement des « gilets jaunes » part d'un problème de pouvoir d'achat : « la frustration, la colère qu'on observe aujourd'hui, c'est de ne pas pouvoir consommer comme les autres » par manque d'argent, « de ne pas pouvoir consommer plus ».

Quoi qu'il en soit, après une année 2018 en berne (grèves de la SNCF, Mondial de football, été trop long, etc.) et avec l'arrivée du prélèvement à la source en janvier, Yves Marin s'attend à un « tunnel de pessimisme et de morosité dans la consommation » qui pourrait durer sur tout le premier semestre 2019.

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