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Coup d'envoi des tests sur l'étiquetage environnemental des vêtements

Publié le
11 févr. 2020
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4 minutes
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Dans un salon bondé du ministère de la Transition Écologique et Solidaire, à Saint-Germain-des-Prés, Brune Poirson a lancé ce mardi 11 février les travaux d'élaboration de l'affichage environnemental pour le secteur textile. Un projet s'inscrivant dans le cadre de la loi anti-gaspillage qui a été promulguée aujourd'hui même. La secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition Écologique et Solidaire a réuni la filière mode française pour annoncer ce cycle de travail de 18 mois, mais aussi présenter les initiatives d'acteurs précurseurs et inciter d'autres à leur emboîter le pas, afin que la dynamique française résonne en Europe. Et ce dans l'optique de créer un futur cahier des charges européen en matière d'étiquetage environnemental des vêtements.


Brune Poirson à la tribune, appelle toute la filière à s'engager. - FashionNetwork/MDeslandes


Afin que le consommateur puisse faire un choix en connaissance de cause, l'objectif est d'établir pour chaque article une note qui prend en compte de multiples critères environnementaux, comme l'expérimente déjà l'électroménager. Le plus grand défi qui s'annonce étant de choisir et de calculer ces indicateurs, ayant trait à la matière du vêtement, au transport, aux émissions de CO2, à la pollution de l'eau, jusqu'à la recyclabilité… pour tenir compte dans l'idéal de tout le cycle de vie du produit. Concrètement, la note en question se traduit pour l'instant par une lettre, qui se décline de A à E et s'adosse à une planète bleue sur l'étiquette, comme l'expérimentent Okaïdi et Decathlon.


Les critères pris en compte par Okaïdi, et en-dessous le référentiel de A à E envisagé. - FashionNetwork/MDeslandes


Les deux enseignes ont ainsi partagé leur expérience, qu'elles mènent de concert avec l'Ademe (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie), pilote du projet. Celui-ci ne s'applique pas que dans le secteur de l'habillement mais concerne aussi les appareils électroniques, l'ameublement, l'alimentaire et l'hôtellerie. En pratique, la chaîne d'articles de sport propose déjà une note environnementale sur 61 % de ses produits textiles (soit 3 500 références en magasin et en ligne), tandis que l'enseigne de mode enfant a étiqueté 10 % de ses articles.

Passer à la vitesse supérieure



Un pré-déploiement qui doit rapidement "changer d'échelle pour inventer les standards de la mode de demain et répondre à une demande pressante des concitoyens, qui pourront identifier plus vite et facilement les produits les plus responsables", exprime Brune Poirson, qui a appelé les professionnels de la filière à se mobiliser en masse. "La mode française a les moyens et la réputation pour relever ce défi, mais elle n'est pas encore au rendez-vous".

Cette réunion sous les dorures du Ministère a aussi été l'occasion pour une poignée de marques et enseignes de mode d'affirmer leur intention de réfléchir et d'expérimenter eux aussi cet affichage durant les mois à venir. A savoir Gémo, le groupe Kering, Noyoco, Aigle et Veja.

"L'objectif est de créer des synergies entre les pouvoirs publics et les marques, de sensibiliser les consommateurs, mais aussi d'encourager une production durable du côté des professionnels, pour qu'ils se dirigent dès la création vers une démarche d'éco-conception", expose Raphael Guastavi, chef de projet à l'Ademe. A partir d'avril 2020, une délégation de service public confiée à l'Ademe aura pour mission de vérifier la sincérité des notes et de valider les nouveaux référentiels, pour éviter notamment le risque de greenwashing.  


A gauche, Raffaele Duby, responsable développement durable de l'offre chez Decathlon, et à droite Séverine Mareels, directrice RSE du groupe ÏDKids. - FashionNetwork/MDeslandes


"Si un produit est classé E, cela n'est pas satisfaisant et engage tout le monde au sein de l'enseigne, cela nous pousse à faire évoluer les produits à tous les niveaux. Mécaniquement, les produits non performants vont petit à petit disparaître de l'offre", témoigne Raffaele Duby, responsable développement durable de l'offre chez Decathlon, qui alerte néanmoins sur le manque de visibilité actuel de son pictogramme bleu.

Un atout économique pour la compétitivité des entreprises ?



"Nous avons besoin que d'autres marques se lancent pour permettre une comparabilité des offres, formule Séverine Mareels, directrice RSE du groupe ÏDKids, qui tient à rassurer les marques non encore présentes dans le dispositif. Notre démarche se fait de façon transparente, nous invitons les enseignes à venir nous voir, et expérimenter comment fonctionnent nos logiciels par exemple".

Cet étiquetage en réflexion est pour l'instant une mesure incitative, et donc non contraignante. Mais ce cadre pourrait changer s'il embrassait une envergure européenne. Le projet d'unifier sur le Vieux Continent cet affichage sur les vêtements est en cours et s'intégrera au cadre du PEF (Product Environmental Footprint). La note environnementale pourrait donc devenir obligatoire à partir de 2023. Les entreprises de mode qui s'y pencheront le plus tôt auront "une avance concurrentielle sur les autres", affirme la secrétaire d'Etat. Au terme de l'année et demie de travail qui s'annonce, l'objectif est d'avoir mis sur pied en France une méthodologie solide et commune, qui fera alors l'objet d'un décret d'application.  

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