×
6 209
Fashion Jobs
Publicités
Publié le
15 mars 2021
Temps de lecture
4 minutes
Partager
Télécharger
Télécharger l'article
Imprimer
Cliquer ici pour imprimer
Taille du texte
aA+ aA-

Cuir: que valent les alternatives véganes ?

Publié le
15 mars 2021

"Le cuir végane n'existe pas !" Ce message anime depuis plusieurs années la filière cuir, qui rappelle que le mot cuir est légalement réservé aux matériaux d'origine animale. C'est dans cette logique que tanneurs français et européens dévoilent aujourd'hui une étude portant sur les matériaux alternatifs, qu'ils soient issus d'ananas, cactus, pomme, champignon, bois, thé, eucalyptus, feuilles... Et précisant au passage leurs avantages et désavantages techniques face au cuir lui-même, dans le cadre particulièrement exigeant d'une pièce chaussante.


Shutterstock



L'étude a été menée par le FILK (Institut for leather and synthetic materials) à la demande de Cotance, la confédération des associations européennes de tanneurs, et avec la participation de la Fédération française de la tannerie et mégisserie. Neuf produits se positionnant comme alternative au cuir, que ce soit par le touché ou l'apparence, sont passés au crible. À commencer par Pinatex (réalisé en feuilles d'ananas), Desserto (cactus séchés), Appleskin (résidus de pomme), Muskin (champignon parasite), Snappap (cellulose de bois), Kombucha (thé vert fermenté) et Naoni (fibres d'eucalyptus et ananas). Sans oublier Teak Leaf (feuilles de tek), Vegea (huiles végétales) et Textile enduit de PUR, dit "similicuir" (matériau composite étoffé de cellulose).

Ces différents matériaux ont été comparés à un cuir bovin pleine fleur, passé par un tannage minéral et couramment utilisé pour les dessus de chaussures à usage quotidien. L'étude commanditée par la filière cuir porte notamment sur la déformation face à la contrainte. Le cuir de référence atteindrait une résistance de 39,5 N/mm² (convention internationale pour la mesure de contrainte), par rapport aux 15 N/mm² exigés dans la cordonnerie. Seuls les matériaux SnappPap (24,9), Desserto (20,8) et Noani (15,8) dépasseraient ce niveau, tandis que le Muskin ne tiendrait que jusqu'à 0,2 N/mm², selon les chercheurs.

Du côté des risques de déchirement, la norme pour une chaussure voudrait qu'un matériau doit dépasser la valeur de 20 N. Ce que parviendrait à faire les matériaux Pinatex (53 N), Noani (40 N), Desserto (33 N) et Appleskin (32 N), tandis que les autres restent sous le seuil, et même à 2 N pour le Kombucha. Le cuir afficherait pour sa part une résistance de 142 N.


FILK (Institut for leather and synthetic materials)


L'absorption de vapeur est également mesurée, car facteur de maintien des pieds au sec. Ici, le Kombucha serait capable d'absorber 9,2 mg/cm3, dépassant ainsi les 8,4 mg constatés du côté du cuir. Le Muskin sort également du lot, avec 6 mg, tandis que les autres matériaux, dont certains intègrent une base plastique, affichent des taux plus bas. Du côté de la perméabilité à la vapeur d'eau, le Muskin s'illustre une nouvelle fois avec un niveau calculé à 10,4 mg/cm²xh, contre 10,3 mg pour Snappap et 4,6 mg pour le cuir. "Tous les autres matériaux, et en particulier ceux à base de plastique, ont à peine atteint une valeur mesurable", pointe l'étude.

Indice de confort et substances critiques



Ces deux derniers indices permettent de calculer "l'indice vapeur d'eau", qui permet d'évaluer le niveau de confort d'une chaussure utilisée dans la durée. Un indice inférieur à 15 mg/cm² serait proscrit pour les cuirs, chez les chausseurs. Il s'avère que Muskin (89,2 ) et Snappap (86,1) font mieux que le cuir (45,2) sur ce point, tandis que seul Pinatex (23,8) parviendrait à se hisser au-dessus du seuil. Quant à la résistance à la flexion, qui identifie la façon dont un matériau se fissure à la torsion, il ressort que le cuir fait jeu égal avec le similicuir, Pinatex et Noani, avec une résistance de 200.000 flexions. Les autres n'atteindraient pas le seuil de 80.000 flexions sans fissuration fixé par la norme ISO 20942. "Teak Leaf, par exemple n'a supporté que 100 flexions".



FILK (Institut for leather and synthetic materials)



Reste un dernier point dans les tests pratiqués: la détection de substances critiques. Le FILK liste les éléments potentiellement nocifs repérés parmi les matériaux alternatifs via désorption thermique. Tous auraient émis des composés organiques volatils. Les experts repèrent notamment que, dans le cas d'Appleskin, Pinatex, Desserto, Vegea, SnapPap et Teak Leaf, des matières premières synthétiques et biogéniques ont été combinées. "Cependant, le traitement des matières premières d'origine fossile nécessite souvent l'application de solvants, d'agents de réticulation ou de plastifiants pour obtenir les propriétés souhaitées", pointe l'étude.

Les textiles imprégnés de similicuir (Desserto, Appleskin et Vegea), ainsi que Pinatex, présenteraient des substances soumises à restrictions dans les échantillons. Les textiles imprégnés de cuir contiendraient en outre des "quantités considérables de DMF (diméthilformamide) et de toluène, ainsi que des traces de DMAC (N,N-diméthylacétamide). Des traces de Butanone oxime ont également été trouvées dans l'Appleskin, tandis que Desserto contiendrait cinq substances réglementées: "butanone oxime, toluène, isocyanate libre, folpet (un pesticide organique) et des traces du plastifiant phtalate de diisobutyl (DIBP)", selon l'étude.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2021 FashionNetwork.com