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D'humeur surréaliste, Dior présente son nouveau Théâtre de la Mode

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
6 juil. 2020
Temps de lecture
5 minutes
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Maria Grazia Chiuri a dévoilé lundi après-midi sa dernière collection de haute couture pour Christian Dior, dans un film d'une beauté saisissante, qui devrait entrer au panthéon des grands classiques du cinéma surréaliste.

La présentation de la collection Haute Couture Automne-Hiver 2020-2021 de Dior - Dior


Tourné dans des ruines antiques près de Rome, réalisé par Matteo Garrone, le court métrage met en scène une tribu de nymphes, de sirènes, de faunes et de créatures mythologiques vagabondant dans un jardin d'Éden traversé par une réédition du "Théâtre de la Mode". À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les couturiers français créaient des pièces miniatures sur des mannequins en taille réduite, puis envoyées en tournée en Europe et aux États-Unis pour relancer le secteur de la mode.

Dans le film de Matteo Garrone, la rêverie de ces belles créatures sylvestres est troublée par deux portiers d'hôtel promenant une énorme malle décorée dans le style du flagship de la vénérable maison, sur l'avenue Montaigne. Immédiatement intriguées, les nymphes nageant à moitié dénudées sous un ancien pont romain interrompent leur baignade pour découvrir dans la malle une série de robes taille poupée.
 
Ce petit joyau cinématographique fait partie des 33 présentations qui figurent sur le calendrier officiel de la semaine de la Haute Couture. Mais dès la première demi-journée de cette Fashion Week Haute Couture unique en son genre — puisqu'elle est entièrement numérique —, la proposition de Dior est peut-être déjà le point culminant de l'événement.

Les premiers plans s'attardent sur les couturières — surnommées traditionnellement "petites mains" — du célèbre atelier de Dior à Paris, affairées au développement de la collection, s'attardant du bout des doigts sur l'ourlet d'une robe en satin, ou fixant délicatement un pan plissé sur une petite poupée.


L'une des robes de la collection Haute Couture Automne-Hiver 2020-2021 de Dior - Dior - Dior


Intitulé Le Mythe Dior, le film d'une dizaine de minutes décrit l'engouement de ces charmantes fées pour ces vêtements d'exception. Dans un sous-bois, une divinité s'aventure hors de son gigantesque coquillage pour commander une robe plissée d'inspiration antique. Une cloche tintille, et sur le plan suivant, l'un des porteurs prend les mesures de la nymphe à l'aide d'un mètre-ruban, sur une bande sonore onirique signée Paolo Buonvino.

"Pendant la Seconde Guerre mondiale, les artistes et les couturiers français se sont associés pour créer ce petit théâtre de la mode — des mini-poupées et leurs costumes, conçus pour être envoyés tout autour du monde. J'ai voulu transformer ce concept, cette forme de vanité, et la transposer pour notre époque", explique Maria Grazia Chiuri.

La créatrice a également été influencée par les "figures magnifiques et inspirantes" du mouvement surréaliste : parmi elles, Lee Miller, Dora Maar, Dorothea Tanning, Leonora Carrington et Jacqueline Lamba. De véritables muses dans leurs domaines.

"L'idée n'était pas de donner l'impression d'un défilé classique, mais plutôt de raconter une histoire. Pour moi, il s'agit de capturer l'essence même de Rome. Et j'adore la manière artisanale dont Matteo Garrone construit ses films — selon la même approche que moi avec la mode".

La collection de petites robes est si séduisante que même un couple d'esprits de la forêt — passionnément enlacés dans un tronc d'arbre — abandonnent leur étreinte pour laisser la naïade se choisir une robe noire en filet de dentelle et plissé camouflage. Les vêtements sont si élégants qu'ils réveillent une statue de pierre, qui caresse une robe fourreau avec envie — et dont les cheveux blancs rappellent la chevelure argentée de Maria Grazia Chiuri.

Pas besoin de s'intéresser à la mode pour tomber amoureux de ce film. Après les jours sombres du confinement, celui-ci apparaît comme un cadeau de Dior, généreusement offert au monde entier. Comme pour nous rappeler l'importance de mettre un peu de fantaisie dans nos vies.
 
Née à Rome, Maria Grazia Chiuri a passé le confinement dans sa ville natale : c'est là-bas qu'elle a dessiné cette collection et tourné ce film avec Matteo Garrone. Ce dernier est surtout connu pour son film Dogman, un récit sombre et grinçant sur fond de trafic de drogue dans la pègre, qui a remporté le prix d'Interprétation masculine à Cannes en 2018... à des années-lumière de ce court métrage.

Mais là où Dogman dépeignait les profondeurs de l'Italie post-industrielle, Le Mythe Dior est empreint de ce talent particulier qu'ont les cinéastes italiens pour évoquer des fantasmes hallucinatoires — il faut s'imaginer un Songe d'une nuit d'été mis en scène dans les collines qui surplombent Rome. Et le jour de la mort d'un autre grand romain, Ennio Morricone, probablement le compositeur le plus célèbre du cinéma italien, la présentation de Dior semblait particulièrement appropriée.

Seul Narcisse, incapable de détacher ses yeux de son propre reflet dans la rivière, ne s'intéresse pas aux vêtements qui passent devant lui. Un commentaire féministe habile sur la vanité masculine.

Déambulant à travers une forêt de bambous, une muse rousse effleure une robe évasée en soie plissée noire, et se retourne pour demander la permission de commander la pièce à son Pan. Un investissement qu'elle célèbre ensuite en dansant dans un ruisseau, éclairée par un rayon qui filtre à travers les arbres — une image d'une rare délicatesse, qu'on doit au grand talent du directeur de la photographie Nicolaj Bruel.

"Nous avons voulu créer une collection qui respecte le savoir-faire de la couture et l'héritage de Dior. Des lignes nobles et des plissés de soie particuliers qui maintiennent les volumes. Sur les mannequins miniatures, nous avons voulu créer des tenues complètes, de la tête aux pieds", insiste Maria Grazia Chiuri.

À la fin du film, même la sirène a fait l'acquisition d'une robe grise, qu'elle porte sous l'eau dans une rivière pavée de mousse, tandis qu'à la surface, les nymphes tressent les longs cheveux blond vénitien de leur cheffe, désormais vêtue d'une robe en satin doré.

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