Dans la seule école de mode du Moyen-Orient, à Beyrouth

S'il est un secteur qui a connu une véritable explosion au cours de ce siècle, c'est bien celui des écoles de stylisme, grâce à l'augmentation considérable du nombre de candidats à la carrière enviable de créateur de mode.

Étonnamment, le Moyen-Orient, où le marché du luxe représente 13 milliards d'euros selon Bain Capital, n'avait pas une seule école de stylisme en 2013. Plus surprenant encore, le tout premier institut de création de mode a vu le jour à Beyrouth, dans un petit pays qui lutte encore pour se débarrasser des séquelles de la guerre civile et faire face à l'afflux de centaines de milliers de réfugiés syriens.
 

À la LAU (Lebanese American University) - Photo: FashionNetwork.com/ Godfrey Deeny
 
La première formation de mode du Moyen-Orient a lancé son programme en 2013 dans le giron de la Lebanese American University (LAU, l'université américaine du Liban), sous la houlette du couturier autodidacte Elie Saab et d'un universitaire britannique.

Aujourd'hui, cinq ans après le lancement de cette formation sur quatre ans, les premiers diplômés du Bachelor de création de mode déploient leurs ailes.
 
« Avant de créer cette école, je savais qu'il manquait quelque chose à ma vie. Puis j'ai compris qu'il fallait créer une formation diplômante en création de mode au Liban et je me suis mis à la recherche d'un bon partenaire. Cela ne s'est pas fait du jour au lendemain, mais en fin de compte, nous y sommes arrivés », se remémore Elie Saab.

Sa solution : collaborer avec le London College of Fashion, qui a largement contribué à la construction du projet. « Je dois dire que les Anglais sont très professionnels en ce qui concerne les écoles », s'émerveille le couturier libanais. Le Royaume-Uni a même fourni un universitaire britannique, Jason Steel, pour piloter le projet. Aujourd'hui, celui-ci agit comme coordonnateur du programme et professeur adjoint.

Les étudiants passent d'abord une année de formation générale qui inclut l'histoire de l'art, l'architecture et le design d'intérieur. Avant de suivre une série de cours créatifs, de patronage et de modélisme, ainsi que des cours d'histoire et de théorie. En troisième année, chacun doit effectuer un stage chez une marque établie ou un revendeur de premier plan.

« Nos étudiants ont trouvé des stages à Pékin, New York, Paris et Londres, répartis sur deux trimestres, de Noël à septembre », explique Jason Steel, qui précise que des marques comme Mary Katrantzou, Zuhair Murad, Maria Grachvogel, Faustine Steinmetz et Adam Lippes ont déjà accueilli des stagiaires de LAU.
 

Une toile en cours dans les ateliers du programme de création de mode de la LAU - Photo: FashionNetwork.com/ Godfrey Deeny
 
Actuellement, 50 étudiants suivent le programme, installé dans un modeste immeuble d'appartements à l'ouest de Beyrouth, où l'on tombe encore sur des bâtiments éventrés par des tirs d'obus et grêlés par des trous de balle.
 
Cependant, dans 18 mois, Fashion Design déménagera dans un tout nouveau bâtiment ultramoderne, à deux pas du campus de la LAU, une université laïque privée inaugurée à Beyrouth en 1924. Les étudiants sont pour la plupart libanais ou d'origine libanaise.
 
« Nous encourageons nos jeunes Libanais à s'inspirer du pays où ils ont été élevés, de leur propre histoire et à se concentrer sur la communauté, en travaillant avec des organisations caritatives et même des départements hospitaliers de santé mentale », explique Jason Steel.

Une diplômée, Genny Haddad, a notamment utilisé les œuvres d'une personne hospitalisée pour créer une série de tops, vendus à près de 45 clients privés. Une autre étudiante, d'origine palestinienne, a étudié les conditions de vie dans les camps de réfugiés et s'en est inspirée dans ses projets. Le premier Prix du Jury de l'école a été décerné à Dania Mahdi, qui s'est basée sur les réfugiés syriens et leur traversées précaires sur des bateaux en Méditerranée. Depuis, cette dernière est devenue acheteuse pour Harvey Nichols au Koweït.
 
D'autres cours mettent l'accent sur l'entrepreneuriat, en mettant les étudiants en relation avec des artisans, pour les guider et créer leurs propres accessoires.

« Nous organisons également des ateliers sur le développement durable, le marketing numérique et le storytelling. On travaille en profondeur sur la mise en forme des idées, la création des modèles, le choix des matériaux, grâce à des tutoriels réalisés en collaboration avec des artisans. S'il y a une chose dont le Liban peut être fier, c'est bien la richesse de son artisanat », souligne Angelique Sabounjian, maîtresse de conférences.


Angelique Sabounjian, Jason Steel et la jeune diplômée Tatyana Antoun devant ses créations - Photo: FashionNetwork.com/ Godfrey Deeny
  
Le point culminant du programme : un défilé collectif au mois de juin, chaque diplômé présentant jusqu'à 10 tenues sur le podium.
 
« J'ai toujours aimé la mode, le dessin, les couleurs, l'illustration... Après avoir été acceptée ici, j'ai commencé m'intéresser aux sous-cultures, des club kids de New York aux militants politiques, en passant par les archives sur les manifestations qui ont eu lieu dans le pays », explique Tatyana Antoun, diplômée née à Beyrouth, dont les créations faisaient preuve d'une grande habileté technique et d'une utilisation intelligente du volume et des couleurs.

Après Beyrouth, beaucoup d'étudiants accomplissent un master de création textile à Londres ou à la Glasgow School of Art, ou complètent leurs études par une formation de stratégie commerciale à Polimoda, à Florence.

« Nous délivrons le premier diplôme officiel de la région dans le secteur de la mode. Elie Saab a donné l'exemple, en devenant un grand couturier international et depuis son pays natal. C'est une grande source d'inspiration », confie Jason Steel.

Traduit par Paul Kaplan

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