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1 mars 2021
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Dans le sillage de Valentino, les couturiers rouvrent les théâtres à Milan le temps d’un défilé

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1 mars 2021

La mode italienne proclame son soutien à la culture. Profitant de la visibilité offerte par la Fashion Week, plusieurs maisons sont montées au créneau à Milan pour témoigner de leur solidarité envers un secteur fortement pénalisé par la pandémie, les mesures d'urgence ayant contraint à la fermeture tous les lieux de spectacle depuis un an dans de nombreux pays, comme la Péninsule.


Le théâtre milanais Franco Parenti a accueilli le show du styliste - Gilberto Calzolari


Valentino a choisi de faire rouvrir le Piccolo Teatro di Milano pour y organiser son show à huis clos. De même, Gilberto Calzolari a fait défiler ses mannequins entre les fauteuils vides du théâtre Franco Parenti, tandis que Francesca Liberatore a convié différents artistes dans un théâtre imaginaire.
 
Chez Valentino l’émotion était palpable d’entrée de jeu, lorsque dans l’obscurité et le silence, qui soudain se fait juste avant un spectacle, l’avant-scène du célèbre théâtre milanais fondé en 1947 par Giorgio Strehler, s’est éclairée pour encadrer la jeune chanteuse anglaise Cosima, entamant "Nothing compares to You" de sa voix chaude et vibrante.

Accompagnés simplement par cette voix et quelques musiciens de l'Orchestre symphonique de Milan Giuseppe Verdi, les mannequins -hommes et femmes- arrivent de la salle pour monter sur la scène, qu’ils traversent sous le halo des projecteurs. Très théâtrale, avec ses capes, ses cols importants et ses chemises à jabot, la collection se décline essentiellement en noir et blanc.
 
Rigueur et sobriété semblent guider le directeur artistique Pierpaolo Piccioli pour l’automne-hiver 2021/22, qui s’adonne à un grand nettoyage. Exit les couleurs et les redondances. A coups de ciseaux, il raccourcit radicalement la silhouette et incise le vêtement, jouant sur les petites et grandes ouvertures, qui semblent aérer constamment le corps, par le biais de dentelles, mailles ajourées et habits-filets.
 

La silhouette ultra courte de l'hiver prochain pour la maison - Valentino


Le tailleur rétrécit avec sa veste boléro, les capes prennent des airs de pèlerine, tandis que les tricots oversized et les grandes chemises blanches masculines se portent en mini robes. La silhouette se fait compacte jouant sur les superpositions plutôt que sur les longueurs.

Chaussée d’escarpins ou de bottes spatiales, la femme enfile un tricot col roulé noir ajouré sous la chemise blanche. Celle-ci dépasse invariablement de la veste ou du chandail sombre pour aller couvrir un short ou une mini-jupe que l’on devine à peine. Pour le soir, un pan d’organza noir transparent brodé de fleurs l’habille, tel un simple voile posé sur son épaule.

Les petites robes noires sont enrichies de plastrons blancs. Les larges pointes blanches des cols de chemise (rigoureusement blanche) viennent se poser en contraste sur les vestes noires. Les mises "black and white" sont rehaussées de figures géométriques: gros carreaux, losanges, pois. Quelques ensembles dorés ou aux iridescences fluo complètent le dressing. Le spectacle se clôt à la fin de la chanson sous les applaudissements d’un public invisible, tandis que le rideau de la toile de fond se soulève laissant place à une lumière blanche.


Une silhouette de la marque - Gilberto Calzolari


Dans le théâtre Franco Parenti, autre lieu référence de la scène milanaise, Gilberto Calzolari fait défiler ses mannequins sur une musique saccadée au milieu des fauteuils vides, où sont posés quelques livres illuminés, ou bien dans les coulisses.

Les silhouettes hyper féminines avec leurs jupes mi-longues et leurs robes romantiques fluides ont une saveur rétro. Un grand manteau en laine à carreaux rouges enveloppe la femme avec douceur, tandis qu’une veste kimono est confectionnée dans un vinyle recyclé. Le styliste, connu pour son approche écodurable, a notamment récupéré le tissu nuancier utilisé pour calibrer les machines d’impression textile, pour réaliser des ensembles Arlequin originaux.

La collection s’intitule "At the stage", jouant sur le double sens entre le mot stage, (la scène), et l'expression en elle-même qui signifie "à ce stade". À la fin de sa vidéo, Gilberto Calzolari lance un message en faveur de la culture: "Théâtres, cinémas, musées ont été fermés trop longtemps. Nous avons besoin d’eux, comme de l’air pour respirer. Nous appelons à leur réouverture aussi vite que possible".
 
Francesca Liberatore a pour sa part invité différents artistes à s’exhiber dans un théâtre virtuel, tels que les musiciens du Quartetto Adorno, le professeur et critique de mode Alessandro Turci, la photographe Alice Falco et le réalisateur Mario Sesti, qui ouvre la présentation avec un monologue récité sur une scène imaginaire.


Un look de la collection - Francesca Liberatore


Tels des avatars ou des figurines statiques, les mannequins se déplacent dans l’espace entre la salle et les planches, sur les notes du quartet, tandis que des extraits de films, images de mode architectures et effets numériques animent la scène dans une intrigante performance.

Imperméables et ensembles camouflages ouvrent la collection, qui fait la part belle aux pièces à manches entre pardessus satinés, vestes shearling et trenchs tartans, sans oublier les amples vestes des costumes. La garde-robe plutôt sombre s’illumine le soir avec une série de tenues blanches.


La performance virtuelle de la styliste - Francesca Liberatore


Dans sa note d’intention, la styliste dédie cette expérience "à tous les créatifs qui, comme moi, ont dû changer de plans pour s'adapter à la contingence, à tous ceux qui n'ont pas besoin de se qualifier d'artistes, car ils savent à quel point cette condition est parfois lourde, aux acteurs, aux musiciens, aux réalisateurs, à tous ceux qui n'ont pas pu exercer leur métier, aux photographes, aux équipes de maquillage et aux coiffeurs avec qui je n'ai pas pu travailler dans cette situation, et enfin au théâtre et au cinéma, qui en raison de leur grandeur et de leur vérité ne peuvent être annexés à un tel moment".

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