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Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
25 juil. 2022
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De l’Indonésie à la Corée, la mode fait le tour du monde à Paris

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
25 juil. 2022

Une chemise confectionnée en tissu provenant de papier journal est suspendue à côté d’un autre modèle aux imprimés créés à l’aide de colorants naturels issus de feuilles ou fleurs exotiques avec des techniques écologiques. Ces deux vêtements ont été présentés lors de l’événement "Experience Indonesia, un voyage artisanal", incarnant un échantillon des traditions des plus de 17.000 îles qui composent cet archipel. Son identité se caractérise par une riche biodiversité, une multitude de langues différentes et des tribus ancestrales. La dernière Fashion Week masculine de Paris a été l’occasion de braquer les projecteurs sur ce pays pour dépasser le folklore et célébrer son artisanat.


Experience Indonesia - FNW


"Avec ce projet, nous voulons tisser des alliances et faire connaître le savoir-faire des artisans indonésiens. Nous voulons présenter l’immense patrimoine indonésien et le rapprocher de l’industrie de la mode et du luxe", résume Amal Sultan, responsable de l’agence L’Adresse Paris, qui a organisé l’événement avec Bank Indonesia. En parallèle, le pays était aussi mis en valeur au BHV Le Marais, avec une exposition et une sélection de produits d’été intitulée "De Java à Bali".

Préserver le savoir-faire ancestral et créer de l’emploi pour les femmes

L’objectif de ce projet: préserver et faire vivre les techniques ancestrales tout en construisant un réseau d’emploi et de ressources pour les artisanes afin de les mettre à l’abri de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Pour ce faire, la plateforme indonésienne de mode et de lifestyle regroupe quinze ateliers locaux. Avec 270 millions d’habitants, le pays asiatique compte plus de 8 millions d’entreprises créatives. L’artisanat est l’une de ses principales sources de revenus avec le tourisme, durement mis à mal par la pandémie.

Les porteurs du projet ont profité de la Fashion Week parisienne pour conclure des accords avec des acheteurs internationaux et créer des synergies créatives et artisanales. Au-delà d’un objectif commercial classique, la plateforme veut aussi développer les relations entre les ateliers locaux et les designers ou les marques intéressés par leurs compétences ou leurs matières premières, dans une logique écoresponsable.


Défilé de Baobab à Paris - Baobab


Et les applications de ces techniques artisanales sont multiples: teinture batik sur des vêtements en coton brodés à la main ou des objets de décoration en bambou, tressages variés, utilisation de fibres naturelles d’ananas ou de banane pour la confection textile, conception de sacs et d’accessoires en osier ou en jute, bibelots modernes en feuilles de pandanus, poteries ou éléments créés à partir de coco... La liste est longue.

Le luxe fait les yeux doux à l’artisanat colombien



Et ce n’est pas le seul pays à revendiquer la richesse de son artisanat. La Colombie a réussi à se faire une place au soleil avec deux marques au positionnement premium. Fondée par Isabella Espinoza à Bogota en 2015, Baobab a fait ses premiers pas dans la capitale française avec un défilé de mode de bain et vêtements de plage colorés sous forme d’une croisière matinale sur la Seine pour développer son activité en Europe. "Notre objectif est de faire connaître le design colombien dans le monde entier et d’utiliser la mode pour provoquer le changement", détaille cette entrepreneuse, qui a suivi une formation en droit et fait le pari "d’un modèle économique circulaire et durable".

Ses maillots de bain, vendus autour de 200 dollars, sont fabriqués en polyester recyclé issu de déchets en plastique et de filets de pêche repêchés dans la mer. Chaque maillot acheté contribue à la restauration du récif de corail de San Andrés, en Colombie. La ligne de prêt-à-porter, quant à elle, comprend principalement des robes et des paréos estivaux, dont les bénéfices sont reversés à des programmes de reforestation aux côtés de communautés de la région. La marque signe des créations sensuelles, aux couleurs vibrantes, et possède déjà une boutique en propre à Bogota. Par ailleurs, elle distribue ses articles dans plus de 100 points de vente dans le monde entier, dont Bloomingdale's, Saks Fifth Avenue et Revolve.


Agua by Agua Bendita


Agua Bendita, également originaire de Colombie, s’est même payé un showroom commercial dans le Marais pour faire découvrir ses maillots de bain et ses articles de prêt-à-porter facilement reconnaissables. Adepte des imprimés tropicaux et des broderies florales et animales faites à la main, cette griffe fondée par les deux amies Catalina Álvarez et Mariana Hinestroza fait travailler plus de 500 artisanes installées dans des zones rurales de Medellín, afin de "rendre hommage aux techniques ancestrales" et "d’améliorer leurs conditions de vie tout en reconnaissant leur talent". Dans la majeure partie des cas, ce sont des femmes au foyer qu’une source de revenus indépendante contribue à protéger.

Avec 25 points de vente propre et un grand réseau de distributeurs à l’étranger, la marque réalise déjà 65% de ses ventes hors de ses frontières. En 2018, elle a sorti une deuxième ligne inspirée de la biodiversité en Amérique latine, "Agua by Agua Bendita", avec un engagement durable et un positionnement haut de gamme. Actuellement, ses collections sont commercialisées au Bon Marché et sur Net-a-Porter, LuisaViaRoma et Moda Operandi, entre autres. Bien représentée dans son propre pays et aux États-Unis, la marque s’est félicitée du "bon accueil" qu’elle a reçu lors de sa présentation et voit son développement en Europe sous des auspices favorables.

Du Mexique au Pérou, une réinterprétation des coutumes et des traditions



Également originaire de l’autre côté de l’Atlantique, la marque mexicaine The Pack installe la culture "charro" au showroom Boon, à quelques pas seulement de la Bastille, afin de développer ses ventes en gros. Fondée en 2016 par le créateur Patricio Campillo, cette griffe masculine mise sur une image forte qui revisite les habits des cavaliers traditionnels via un prisme contemporain, et qui prétend même "préserver la culture locale au-delà des tendances". Une esthétique sophistiquée, bourrée d’éléments empruntés au monde équestre, avec des pantalons brodés, des vestes et des blousons en cuir, des pulls et des blouses en soie aux couleurs oxydées. Plusieurs musiciens de renom ont déjà succombé à son charme, comme Leon Bridges, Jhay Cortez et Bad Bunny.


The Pack


"La plus grande partie des matières que nous utilisons sont biodégradables. Nous cherchons à réduire le plus possible notre impact sur l’environnement", explique ce designer qui vit à Mexico et s’enorgueillit d’utiliser des pigments d’origine végétale sans métal et de produire à la demande. "Dans le cadre de ce projet, nous essayons de fabriquer des vêtements qui ont un impact positif sur la société“, ajoute Patricio Campillo. Son positionnement est haut de gamme, avec des chemises en lin à partir de 150 dollars et des perfectos en cuir brodé à 1.300 dollars. "Le prix doit représenter la valeur des pièces", défend le créateur. Il s’engage à conserver une production locale, effectuée dans des villes comme Toluca, où sont réalisés ses articles en cuir.

Avec une narration plongeant dans les origines du continent latino-américain, la griffe D.N.I (Documento Nacional de Identidad) a quant à elle choisi Untitled Showroom, qui s'installe régulièrement dans l'enceinte de l’école parisienne Esmod, pour présenter les collections des labels sélectionnés. Fondée à Paris en 2019, cette marque est le projet le plus récent de Paulo et Roberto Ruiz Muñoz, deux jumeaux arrivés en France à l’âge de 12 ans qui ont toujours rêvé d’étudier la mode. Des silhouettes décontractées et joyeuses, des couleurs vives, de délicats appliqués nacrés et des imprimés originaux qui rappellent les étés sur la plage de Huanchaco, au village de Casagrande.


D.N.I


Dans cette réinterprétation contemporaine des traditions péruviennes, les moto-taxis, les pirogues locales appelées "petits chevaux de roseau", la gastronomie et les références à l’enfance cohabitent, avec des vêtements en coton léger ou en molleton épais. Du côté des tarifs, il faut débourser 70 euros pour un t-shirt et 210 euros pour une chemise. Au printemps dernier, la griffe a participé à un pop-up au Printemps, mettant à l’honneur la création péruvienne.

Minimalisme en Corée, survie en Ukraine



De son côté, Victor Showroom a mis à l’honneur plusieurs marques coréennes à la Galerie Richard, toujours à Paris. Ces labels déterminés à se faire une place en Europe sont bien décidés à regagner du terrain après la parenthèse imposée par le Covid-19. Fondée en 2020 par l’influenceuse EunHye Shin, la marque Le17Septembre Homme affiche des lignes épurées. Chez Missing You Already, les silhouettes sont tout aussi dépouillées et les coloris sont volontiers neutres. Lvir, pour sa part, s’inspire des vêtements de travail traditionnels coréens et Blossom offre des costumes d’apparence décontractée. Cette dernière marque a fait ses premiers pas pendant la pandémie, mais commercialise déjà ses articles sur la plateforme canadienne Ssense.


Margesherwood


Les accessoires naïfs qui font jaser les réseaux méritent une mention spéciale. D’un côté, les délicats bijoux à finition en cœur de Numbering, déjà adoptés par des stars de la K-pop et des personnages du "reboot" de la série Gossip Girl. De l’autre, les accessoires pop de Marge Sherwood, avec des sacs en cuir adoptant de multiples silhouettes et designs, des sandales à plateforme et des chaussures à talons à partir de 230 euros. 

Pendant la Semaine de la haute couture, la griffe ukrainienne Frolov a fait un retour remarqué dans la capitale avec une présentation commerciale à l’hôtel Westminster. Fondée par le designer Ivan Frolov en 2012, cette marque spécialisée dans le prêt-à-couture doit maintenant survivre dans l’environnement hostile qu’est devenu son pays, en guerre depuis cinq mois, tout en maintenant les postes de travail de son atelier à Kiev. Sa dernier collection, "Hot Couture", a été imaginée avant le début du conflit, mais a évolué vers "quelque chose de complètement différent de l’idée de départ", car les inspirations initiales sont rapidement devenues "peu pertinentes". Les robes de mariée et les plumes fluo acquièrent un nouveau sens dans ce contexte géopolitique troublé. En parallèle, Frolov poursuit son action caritative avec des t-shirts brodés à la main de son fameux cœur jaune et bleu, dont les ventes profitent aux enfants affectés par la guerre.

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