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7 juin 2021
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Débat ravivé autour de l’ouverture des commerces le dimanche

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7 juin 2021

Coup de pouce commercial ou atteinte au repos dominical? Au sortir du troisième confinement, l’Etat a autorisé localement les magasins à pouvoir ouvrir le dimanche durant le moins de juin afin de dynamiser leurs ventes, ce qui relance le débat sur cette pratique. Enseignes, associations de commerçants, syndicats et pouvoirs publics ne partagent pas le même avis.


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Comme en janvier dernier -où cela avait été possible durant quelques semaines-, ce sont les préfets qui ont la main sur la décision de permettre ou non l’ouverture dominicale des points de vente. Cette fois,"des arrêtés ont été pris pour des dérogations exceptionnelles au repos le dimanche dans une soixantaine de départements", a précisé le 4 juin la ministre du travail Elisabeth Borne sur le plateau de LCI. Cela concerne Paris, la Côte d’Or ou l’Isère, mais pas le Tarn par exemple. Elle a également rappelé que le travail dominical doit être mis en place "sur la base du volontariat et avec des compensations en termes de salaire et de jours de repos pour les salariés".

Approuvée par les organisations que sont l’Alliance du Commerce, Procos ou encore le Conseil du Commerce de France, cette solution de relance peut selon l’État favoriser la reprise économique et permet d’étaler les flux de clients dans les commerces sur toute la semaine. Une mesure allant de pair avec le décalage d’une semaine des soldes d’été (qui débuteront le 30 juin), dans l’optique de reconstituer la trésorerie des marques et enseignes, et d’écouler les stocks.

Les syndicats vent debout



Mais cette option 'exceptionnelle' offerte aux commerçants inquiète les syndicats, qui redoutent une banalisation et une généralisation du travail dominical. Pour la FGTA-FO, il ne serait "pas opportun de profiter de la pandémie pour libéraliser davantage le travail du dimanche". Sur la même longueur d'onde, "l’exception ne doit pas devenir la règle, abonde la CFDT. La crise réactive les revendications de certaines organisations patronales, c’est le cas du travail dominical. Nous assistons depuis la fin de l’année dernière à une alliance puissante entre la grande distribution alimentaire et les grandes surfaces spécialisées, les petites entreprises du commerce étant plus réservées et divisées".

Au micro de BFM Business en mai, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, s’est quant à lui prononcé totalement contre l’ouverture dominicale des magasins et soulève d’autre part "la problématique de pouvoir d’achat: on peut bien ouvrir sept jours, mais si on n’a pas plus de sous à dépenser dans son porte-monnaie, on n’ira pas consommer davantage le septième jour".

Le travail du dimanche "ne sera pas le remède miracle aux pertes de chiffres d’affaires des commerces", avertit également la CFDT, qui estime que l’argument de la sécurité sanitaire et du rattrapage économique "ne repose sur aucune donnée objective et ne semble pas réellement légitime au vu des constats que nous faisons sur le terrain". Elle ajoute aussi que "les avis donnés par les organisations syndicales ne semblent pas forcément pris en compte", les consultations s’apparentant plutôt à des "formalités administratives".

Quels premiers retours en France?



Justement, plusieurs titres de presse locale ont effectué des reportages lors de ces deux premiers dimanches d’ouverture, les 30 mai et 6 juin. Certains font état de centres-villes à moitié vide, notamment à Caen. "Très peu de commerces sont ouverts. C’est assez compliqué de faire bouger tout un centre-ville dans le même sens lorsqu’il y a des franchises et des magasins indépendants", rapporte la présidente de l’association des Vitrines de Caen, Sylvie Orcier, à l’hebdomadaire Liberté-Le Bonhomme Libre.

Dans le Bas-Rhin, le patron des Vitrines de Strasbourg a demandé une dérogation pour ouvrir le premier dimanche des soldes, le 4 juillet, dans l’idée "d’une opération festive" mais il n’a surtout rien exigé pour les dimanches de juin, explique le quotidien L’Alsace, car l’expérience avait été tentée en janvier à Mulhouse et Colmar, et cela avait "fait un flop".

En périphérie de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor), la galerie marchande de Langueux et ses 45 boutiques ont décidé de rester fermés tous les dimanches de juin malgré l’autorisation: "Les Briochins ne sont pas habitués à voir les commerces ouverts les dimanches", explique son directeur Stéphane Manach à France Bleu Armorique. Idem à Valence, "une ville où les gens ne font pas de shopping le dimanche. Surtout avec cette météo, ils ne veulent pas s'enfermer dans les magasins", livre à France Bleu Drôme-Ardèche Isabelle Rioufol, présidente de l'association des commerçants du quartier Bouffier.

Et, lien de cause à effet oblige, s’il n'y a qu’une petite minorité de magasins ouverts, et donc aussi peu de trafic le dimanche, ce n’est pas forcément un bon calcul pour les boutiques qui lèvent le rideau, car le coût salarial est plus important ce jour-là (paie double et jour(s) de récupération). Il faut donc générer des recettes plus élevées pour que cela devienne commercialement rentable. Enfin, les syndicats pointent du doigt la notion selon eux relative du "volontariat", estimant que certains salariés subissent des pressions s’ils refusent de travailler ce jour-là.

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