Deborah Berger (Chargeurs) : "La blockchain est l’avenir de la traçabilité"

A l’occasion de la Semaine européenne du développement durable, la directrice générale adjointe en charge du développement de Chargeurs Luxury Materials, Déborah Berger, nous parle de la blockchain (technologie de stockage et de transmission de l’information décentralisée qui permet de sécuriser les échanges de données, ndlr) en cours de développement pour le label de laine mérinos écoresponsable Organica. Un outil transparent et infalsifiable annoncé par le groupe français spécialiste des fibres haut de gamme pour la fin d’année, et qui vise notamment à remédier aux soupçons grandissants des consommateurs vis-à-vis des démarches affichées comme durables, explique la responsable sur le salon 1.618.


Déborah Berger - MG/FNW

FashionNetwork : D’où est partie cette volonté d’appliquer la blockchain à la traçabilité ?

Deborah Berger : L’idée était double. Nous voulions associer la technologie et la soutenabilité, car nous sommes convaincus qu’il faut donner une image moderne de l’écoresponsabilité. Et nous voulions également répondre à une difficulté que rencontre notre label Organica, celle de prouver la certification aux différentes étapes de la chaîne. La blockchain apporte quelque chose que ne donne aucune autre technologie : la validation par deux parties indépendantes de chaque étape du processus de production. C’est un gage de qualité vis-à-vis du consommateur, car c’est infalsifiable. De la ferme au produit fini, dix acteurs différents doivent valider des informations, qui seront soumises à des contrôles de cohérence. Si dix tonnes de laine Organica sont livrées à un filateur, et que ce dernier indique produire onze tonnes de fils, le problème sera tout de suite repéré. Tous les acteurs labellisés de la chaîne sont certifiés par un organisme indépendant, qui publie des audits tous les ans. Mais à côté de cela, il peut y avoir des erreurs humaines et, dans certains cas, des erreurs volontaires. Après, cette approche blockchain implique que la marque collabore avec nous, qu’elle nous ouvre toute sa supply chain. Mais si elle est partante, cela permet de travailler de A à Z sur toutes les étapes de production.

FNW : Les acteurs de la filière sont-ils prêts à aller vers ce type d’outils ?

DB : Cela dépend desquels. Mais ils sentent tous que les choses changent dans ce sens. Ceux qui l’ont compris en font un outil de vente et tentent de se l’approprier. D’autres, qui sont moins à l’avant-garde, vont être plus résistants. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’aller en direct auprès des marques. Car ce que nous pouvons leur apporter, c’est ce qu’elles ont du mal à avoir : la transparence et la traçabilité sur l’amont. Au mieux, elles achètent du fil, mais ignorent souvent l’origine de la laine, puisque le filateur se source lui-même. Mais quand une marque dit à sa supply chain que la traçabilité est un élément important pour elle, là, ça bouge. Forcément, cela ne viendra pas des acteurs de la chaîne eux-mêmes. D’où l’intérêt d’avoir ce rapport avec le commanditaire final.


Les données de la blockchain Organica seront accessibles sous cette forme aux consommateurs - Chargeurs

FNW : Envisagez-vous de mettre cet outil à disposition d’autres filières ?

DB : Pour le moment, non. C’est vraiment notre blockchain privée dédié à la laine mérinos écoresponsable Organica. Nous ne l’employons pas encore sur nos autres labels, Organica étant celui sur lequel nous avons le plus de contrôle. Donc nous pouvons garantir la véracité des informations qui lui sont relatives tout au long de la chaîne. Cependant, nous explorons d’autres filières soutenables dans d’autres types de fibres. Et si un jour nous développons ces filières, nous y appliquerons l’approche blockchain.

FNW : Savez-vous si d’autres labels travaillent avec cette même approche ?

DB : On entend beaucoup parler de blockchain et de mode, mais cela porte davantage sur la protection juridique et la dématérialisation des actes notariés. Mais sur la transparence, la blockchain peut permettre de remédier à la défiance des consommateurs. Notamment les millennials qui en ont marre du greenwashing et de la multiplication d’engagements de la part des marques qui ne veulent rien dire. Là, il y a une solution concrète et simple, infalsifiable, y compris par nous. Je pense que les labels prendront progressivement cette direction. Il y a d’autres moyens sécurisés que cette technologie, mais je pense que la blockchain est très clairement l’avenir de la traçabilité.

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