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Décès du doyen des brodeurs François Lesage

Par
AFP
Publié le
1 déc. 2011
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3 minutes
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PARIS, 1 déc 2011 (AFP) - Le brodeur François Lesage, incontournable artisan de la haute couture décédé jeudi, a accompagné de son talent et de sa joie de vivre les plus grands créateurs, de Balenciaga à Saint Laurent ou Chanel, pendant plus d'un demi-siècle. Malade depuis plusieurs mois, cet artiste au regard malicieux, blagueur et toujours optimiste, est mort dans la matinée au terme d'une "longue maladie" à l'âge de 82 ans. Personnage incontournable dans l'univers de la mode, M. Lesage était malade depuis plusieurs mois, a précisé une porte-parole de sa maison qui a été rachetée en 2002 par Chanel. Ses obsèques auront lieu mercredi à 10H30 à l'église Saint-Roch à Paris, en présence de ses quatre enfants et de nombreux petits-enfants.

François Lesage
François Lesage. Photo AFP/Jean-Pierre Muller

Interrogé par l'AFP, Karl Lagerfeld, "très attristé", a affirmé que cet artisan "unique en son genre" et "bon vivant" avait "stupéfié plus d'une fois" par son talent les couturiers travaillant avec lui.

François Lesage avait reçu la semaine dernière le titre de maître d'art au ministère de la Culture. Frédéric Mitterrand salue dans un communiqué le "complice" des couturiers: "Sa maîtrise, son regard, son imagination les accompagnaient dans leurs rêves les plus audacieux".

"Notre métier, c'est d'être des caméléons", expliquait François Lesage à l'AFP l'an dernier. "Avec Karl, je suis Karl. Avec Christian (Lacroix), je suis Christian... On reçoit un croquis et c'est notre rôle d'interpréter. Le couturier est l'architecte, nous les décorateurs. Tout est affaire de complicité". Charmeur et truculent, il était souvent présent aux défilés, offrant volontiers ses observations aux voisins du premier rang.

Né en 1929 "sur un tas de perles et de paillettes", François Lesage a repris à 20 ans la maison de broderie fondée par son père. "Je ne me suis jamais posé la question (de faire autre chose). Je couche dans la chambre où je suis né", confiait-il sans état d'âme. Sa mère, "excellente coloriste", travaillait chez la couturière Madeleine Vionnet.

Dietrich et Lana Turner

Après avoir passé la guerre en zone libre, il part à 19 ans aux Etats-Unis pour "parfaire" son anglais. Il travaille brièvement pour la Paramount, aux costumes, où il croise Marlene Dietrich, Ava Gardner. Il racontait avec délice avoir été invité à une soirée "romaine" en toge chez Lana Turner, dans une immense villa hollywoodienne avec une piscine "à moitié à l'intérieur, à moitié à l'extérieur". "Le gâteau flottait dans la piscine, porté par des hommes de couleur. Voir ça quelques années après avoir été réfugié..", disait-il. "Là bas, j'étais un petit prince. A Paris, j'étais le fils Lesage", soupirait-il.

Rappel à la réalité, son père meurt. Il rentre. C'est ainsi qu'il rencontre Yves Saint Laurent chez Dior et Karl Lagerfeld chez Patou. Ils n'ont pas encore 20 ans. "Gaultier, ou Lacroix qui est mon filleul, aussi, ils étaient débutants", disait-il. Une collection, avait-il coutume de dire, "c'est une trentaine de broderies faites en trois semaines".

"Il y a des castes dans ce milieu, toujours une distance très polie" avec les fournisseurs, qui entrent dans les grandes maisons par une porte dérobée: "On n'avait pas le droit de monter par le grand escalier. J'ai toujours vouvoyé mes clients, sauf Lacroix, avec qui j'ai tout de suite eu un échange amical. Je lui ai un peu appris la broderie", disait-il avec modestie.

Roi de l'anecdote, il aimait se souvenir de cette robe en paillettes de gélatine fondant sur une cliente espagnole qui avait dansé toute la nuit. Ou de cette robe de mariée trouée par la cigarette d'une petite main dans l'atelier: "On a proposé aux mariés de créer un motif, un écusson avec leurs initiales. On a mangé des loukoums toute la semaine et reçu des fleurs", confiait-il dans un grand éclat de rire.

Soucieux de transmettre, il avait créé en 1992 une école de broderie à côté de son atelier. François Lesage a fait l'objet de plusieurs expositions à New York, Paris, Tokyo ou Los Angeles.

Par Gersende RAMBOURG

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