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27 avr. 2020
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Déconfinement : quelles règles sanitaires pour le commerce de mode ?

Publié le
27 avr. 2020

Le premier Ministre dévoilera le 28 avril les modalités du déconfinement du 13 mai. En lien avec les fédérations de commerçants, Bercy devrait rapidement préciser les règles sanitaires à suivre dans les points de vente. En attendant ces annoncées, FashionNetwork.com s'est penché sur les initiatives d'ores et déjà mises sur la table par marques, fédérations, ou spécialistes de santé. Gel, masques, gants, cabines d'essayages… De nombreux défis s'annoncent.


Shutterstock


Les exemples se sont multipliés depuis quelques jours. L'enseigne Mango avait déjà rouvert 135 points de ventes internationaux au 20 avril. Adoptant pour l'occasion des horaires plus réduits, un contrôle du nombre de clients présents en magasins, une "désinfection extraordinaire" des surfaces. Sans oublier des équipements de protections destinés aux salariés, mais également aux visiteurs. En France, le groupe Vivarte (La Halle, Minelli, Caroll…) indique également avoir commandé un grand nombre de masques, gels hydroalcooliques, gants et visières.

D'autres initiatives ont retenu l'attention des professionnels, à l'instar de celle avancée par le groupe Carrefour. Ce dernier expérimente un "sas de désinfection", portique sous lequel doit passer le client, et qui permettrait de désinfecter le client comme son caddie. Non sans se voir par ailleurs fournir gel hydroalcoolique ou lingette pour les mains. Les professionnels français continuent cependant d'attendre les prévisions quant au nombre de clients autorisés par surface. L'Italie a ainsi décrété qu'un seul client peut être accueilli pour 40 mètres carrés, et de rendre obligatoire gants et masques dans les magasins pour enfant.

"Bien sûr il reste encore quelques zones grises, mais nous avons produit des masques avec nos unités de production pour nos équipes, et nous avons le gel. Nous revoyons les rituels de vente, l'accueil en magasin. Nous devons être pragmatiques ", explique à FashionNetwork.com Mathieu Grodner, directeur général de Simone Pérèle, qui évoque par ailleurs la question du choix des boutiques à relancer. "La tentation est de rouvrir toutes les villes le plus vite possible (une soixantaine de points de vente, ndlr). Mais nous réfléchissons à un échelonnement. Il faut se laisser le temps pour avoir une adaptation progressive pour connaître les points à revoir."

Prendre le temps notamment d'observer les pratiques choisies à l'étranger. En Chine, où Aigle compte quelque 202 points de vente, ont été testées grandeur nature les mesures bientôt appliquées ailleurs. "Nous allons transposer ce qui a bien fonctionné en Chine dans notre réouverture en France (70 magasins)", nous explique sa CEO Sandrine Conseiller. "Cela veut dire port du masque, masques à disposition, gel hydroalcoolique à l'entrée, disponible en différents points du magasin, mais aussi désinfection des cabines et nettoyage renforcé de toutes les zones de contact. La seule mesure que nous n'avons pas prévu d'appliquer, c'est la prise de température à l'entrée du magasin. Nous pensons que culturellement ce serait mal vécu par le client français."
 

Comment concilier essayage et protection sanitaire ?


 
L'un des éléments spécifiques du commerce d'habillement est la possibilité d'essayer les pièces sur place. Si laisser les clients essayer chez eux pour éventuellement retourner les produits non-retenus semble la solution la plus souhaitable, reste qu'il faut aussi trouver des solutions pour l'essayage sur place. "Les procédures de sécurité en magasin – parmi lesquelles celles relatives aux essayages – sont actuellement en cours d’élaboration avec les représentants du personnel", indique la direction de Vivarte. De son côté, l'enseigne Desigual a d'ores et déjà fixé son cap en la matière. Entre autres mesures, l'enseigne a entrepris de désinfecter chaque cabine après usage, en précisant pour le prochain client l'heure à laquelle remonte le dernier nettoyage.
 
"Concernant l'essayage de lingerie, cela va constituer un challenge", nous confirme Mathieu Grodner. "Dans notre métier, le conseil et l'accompagnement sont très importants. Le port du masque, le port des gants seront incontournables. Mais nous sommes sur un positionnement premium, si nous allons vers une cliente à la fois dans une boutique, ce sera un service que nous pourrons mettre sur pied. Le conseil est essentiel pour un produit technique. Mais nous réfléchissons dès à présent aux nouveaux outils digitaux que l'on pourrait intégrer."


Nombre d'enseignes se penchent sur les pratiques testées par les commerces chinois à leur réouverture - Shutterstock



Pour le pneumologue Bertrand Dautzenberg, le temps sera est un facteur clef à prendre en compte sur cette question. "On pourrait envisager comme règle que, pendant un temps, les vêtements essayés ou retournés doivent être mis en quarantaine, et cela pour une demi-journée", explique-t-il à FashionNetwork.com, soulignant que la mesure doit s'accompagner d'un port de masque obligatoire et de mains lavées à l'entrée pour les clients. "Les cabines sont des espaces très étroits et petits, mais que l'on peut nettoyer en surface car il y a peu d'éléments dedans, sur lesquels on peut passer une lingette. Ce qui peut poser problème, ce sont les rideaux en tissus. La question est de savoir si l'on peut les remplacer avec des rideaux en plastique, qui posent moins de risques. Voire des jetables, si cela existe. Et pour les magasins qui ont beaucoup de cabines, une autre solution est de les utiliser par rotation, pour espacer au maximum le passage entre deux clients".

La question sanitaire donnera-t-elle le tempo de la reprise ?



Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire s'entretenait le lundi 27 avril avec les commerçants de moyennes et grandes surfaces. La semaine précédente, l'Alliance du Commerce (grands magasins, enseignes mode/chaussure) nous indiquait travailler sur les recommandations propres à son périmètre. Du côté des bailleurs, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) entend inciter tous les clients à porter des masques, et fixer un plafond à un client pour dix mètres carrés. Du côté des commerces de mode indépendants, la Fédération Nationale de l'Habillement (FNH) a été mandatée pour rédiger un guide de bonnes pratiques attendu dans les prochains jours.

"On doit prendre le temps de créer une reprise avec des mesures de distanciation sociale cohérentes", insiste le président de la FNH, Eric Mertz. "Plus on aura des règles sanitaires exigeantes, qui feront qu'on n'aura peut-être pas de rebond pandémique, mieux ce sera. Alors qu'on évoque la possibilité d'un port de masque obligatoire dans les transports en commun, il nous faut nous montrer extrêmement prudents. Surtout sur les petites surfaces dont disposent les indépendants", pour le professionnel, qui pointe par ailleurs le défi sanitaire complémentaire que seront les soldes. "Comment voulez-vous qu'on gère dans un magasin un niveau d'affluence normal, tout en respectant les règles de distanciation sociale ? Et les bonnes pratiques en termes d'hygiène et sécurité ? Non, on ne pourra le faire normalement que quand on n'aura plus de cas manifeste, et des conditions sanitaires maitrisées".
 

Sas de désinfection expérimenté par Carrefour - Carrefour Belgique



Autant de précautions qui interviennent dans un autre challenge, celui de rassurer les consommateurs au sortir de leur confinement. Parfois par des démarches plus symboliques qu'autre chose. "Le fait de dire 'je désinfecte le magasin', c'est un peu du cinéma, cela ne sert pas à grand-chose. C'est comme laver la rue au jet d'eau, c'est du grand n'importe quoi. Mais ça rassure à la fois vos collaborateurs et les clients", pour le professeur Bertrand Dautzenberg. "Après, si vous mettez en évidence dans votre magasin des recommandations sanitaires produites par votre profession, cela va aussi rassurer vos clients. Et permettre à vos équipes de garder toutes les bonnes pratiques en tête tout au long de leur service."

Se pose par ailleurs la question du respect des règles sanitaires par les clients, sans lequel tous les efforts seront finalement vains, avec le risque économique que cela pourrait engendrer. Un point qui n'inquiète par la dirigeante d'Aigle. "En Asie, on constate que deux mois après la réouverture, les gestes barrières sont réellement assimilés, et les clients évaluent d'eux-mêmes s'il y a trop de monde dans un magasin avant d'entrer", explique Sandrine Conseiller. "Aujourd'hui en Chine, il n'y a pas de réticence à essayer un produit, la question est sur la sécurité sanitaire lors d'un contact humain. Dans les magasins, en général lors d'un achat, le vendeur va chercher un produit encore emballé. Nous pensons développer ce rituel dans nos boutiques en France."

De la même manière que les clients s'étaient habitués à ouvrir leurs sacs aux entrées des commerces, suite à la dernière vague de terrorisme ayant endeuillé le pays, les Français pourraient donc très rapidement intérioriser d'eux-mêmes les nouvelles précautions à prendre dans leurs démarches d'achat. Avec, espèrent les professionnels, un retour à la normale qui sera le plus prompt possible.

(avec Marion Deslandes et Olivier Guyot)
 

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