Décryptage : les nouvelles masculinités selon Martine Leherpeur

Présentée dans les bureaux de l’agence de stratégie et de création Martine Leherpeur, la conférence intitulée « Fashion Heroes » dévoilait l’étude dirigée par Sandrine Pannetier, la directrice de l’agence, sur les dernières tendances mode chez l’homme.


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Un décryptage réalisé à travers les observations de street-style, des podiums bien sûr et des rencontres avec plusieurs consommateurs, et mettant en valeur « l’effervescence créative autour de l’homme » depuis quelques années, « un secteur en plein boom créatif, selon Sandrine Pannetier, où l’homme serait le nouveau IT de la mode ».

Parmi les particularités du consommateur masculin décryptées par l’étude, plusieurs éléments étaient ainsi mis en avant dont l’approche « ingénieur » des hommes face à la mode et leur intérêt à être guidés, à connaître le mode d’emploi.

Outre l’importance du mimétisme, l’influence de la conjointe ou du conjoint, des réseaux sociaux ou des icônes, le consommateur de mode masculin d'aujourd'hui serait un obsessionnel, « identifiant des produits et les déclinant en collection, expliquent Sabrina Pelissier, planner stratégique, et Corinne Denis, directrice de la création. Ainsi le cas des sneakers ou des accessoires tel le casque de scooter par exemple. »

L’homme aurait également besoin de se connecter à des imaginaires – univers lifestyle, série télé – pour construire son vestiaire, chercherait le bon plan absolu, serait également plus intéressé par l’idée d’une mode plus durable et n’hésiterait plus à assumer son originalité, quitte à se soucier moins des codes du bon goût.

Pour illustrer les relations entre mode et masculinité, l'agence distingue ainsi six profils, le premier s’articulant autour du New East Zoner, le « nouvel hipster » influencé par les cultures de Berlin ou Londres, par l’image du Skin Head, l’underground ou les Freaks Beauty. Un style rebelle et bad boy, explique-t-on, matérialisé par plusieurs marqueurs mode dont les cheveux rasés, les sneakers des années 1990, les typographies cyrilliques, le port du jean « mum » avec sweat rentré dans le jean, le blouson de survêtement ou la banane en bandoulière. Un style vu dans les défilés chez Demna Gvasalia ou Gosha Rubchinskiy et incarné aussi chez Our Legacy, Sons of Europe ou Drône.

Autre portrait décrypté, celui du « Raven Dandy », « les nouveaux gothiques de la mode » incarnés notamment par l’univers dark de Juun J., celui du jeune créateur Pierre Kaczmarek, pour qui le vêtement est d’abord une œuvre d’art, ou le positionnement unisexe d’Arthur Avellano, faisant disparaître dans ses collections toute notion de genre. Un type visible dans les collections à travers les coupes de cheveux médiévales, le style oversize, les superpositions, la présence de colliers de cou notamment chez Ann Demeulemeester ou de rangers et dont les produits phares seraient la combinaison, le perfecto ou le pardessus.

Troisième catégorie, le « Dear Poet » incarne lui une nouvelle masculinité s’inspirant du vêtement féminin pour renouveler le vestiaire dandy traditionnel désormais « plus déglingué ». Le cas de la marque Pigalle, explique Sabrina Pelissier, et son utilisation de ceintures ou foulards en soie, de coloris rose ou colliers de bonbons, ou du créateur By Walid et son travail de broderies. Un style marqué par l’usage important du dépareillé, des trenchs, de la chaussure sans chaussette, du tatouage, du bijou, du foulard, de graphismes floraux ou géométriques, du port du pyjama de soie en veste ou encore du blouson esprit 1970.

Autre figure émergente chez l’homme, celle de l’« Urban Maker », « le nouveau bobo », selon Corinne Denis, incarnant une vraie culture du savoir-faire, très Brooklyn dans l’âme, connecté sur le digital et le 3D, et étant obsédé par la dimension fonctionnelle du vêtement.

Concrètement, ce quatrième type adore porter bob ou casquette, accessoire en cuir, sneakers historiques (Converse), privilégie les couleurs camouflage, les pièces durables tels la marinière, la vareuse, le pull marin, la veste army ou saharienne et s’inspire des vêtements de montagne ou coupe-vent à l’image des dernières collections Carven ou Lemaire.

Cinquième typologie décryptée, celle du « nouveau James Bond » ou l’image du collectionneur compulsif à la recherche du meilleur produit, du costume parfait, adepte de la demi-mesure ou du sur-mesure et adorant la dimension « bon plan ».

Plutôt attaché aux silhouettes soignées – barbe propre, coupe de cheveux maîtrisée, silhouette fittée, la belle montre… -, ce type-là est influencé par la tendance « Fridaywear » et affectionne particulièrement le costume fitté 2 boutons ou porté sans cravate comme le pardessus.

Dernière typologie mise en lumière par l’étude, celle du style « Yéti ». Une catégorie loin des tendances de mode, genre de rebelle connecté à la nature, inspiré des artistes folk, du surf ou des nouveaux hippies, privilégiant l’achat en fripe ou le vêtement issu du recyclage, portant la barbe au naturel, les cheveux longs, les bijoux en accumulation ou la chemise à carreaux. Un style incarné récemment par Hanne Jurmu et Anton Vartiainen, révélés au dernier festival de Hyères, ou par plusieurs jeunes marques dont Ecoalf, Fade Out, Re-Code ou les lunettes en papier composite de Paradigme.

Au final, six catégories de masculinités tendant à démontrer deux visions différentes, celle de l’homme influencé par une féminité forte, un masculin-féminin représenté via la figure du Dear Poet et une inspiration amenée par des créateurs tels Alessandro Michele, Pigalle, Numéro 21 ou Jil Sander. Et de l’autre côté, l’affirmation toujours constante de l’homme masculin et viril représenté par l’Urban Maker et le nouveau James Bond dont les codes mélangent le masculin à un renouveau du casual de plus en plus marqué par le sport.

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