Defi : les fédérations s'opposent sur le projet de réforme

A la fin de l'été, le projet de réforme qui touche quatre organismes liés à la filière mode et textile (Defi, le CTC, Codifab et Franceclat) déclenchait une levée de boucliers. Aujourd'hui, la Fédération de la haute couture et de la mode (FHCM), qui gardait le silence sur ce sujet, nous confirme prendre le contrepied des autres fédérations. Elle annonce soutenir la décision du gouvernement d’augmenter ses prélèvements sur le budget des CPDE (Comité professionnel de développement économique).


La FHCM soutient les nouveaux prélèvements sur les taxes affectées voulus par le gouvernement - Shutterstock

Sollicité par FashionNetwork.com à la suite des déclarations favorables à la réforme souhaitée par Bercy du président de la FHCM, Ralph Toledano, chez nos confrères américains du WWD, la fédération a indiqué qu'elle répondra « le moment venu, collectivement, et au sein des instances dédiées ». Et les questions risquent d'être nombreuses, les actions du Defi étant décrites comme souvent « out of date ». Est par ailleurs remise en cause la légitimité des CPDE, à l'heure où des accords peuvent se passer directement « entre Etat et Fédérations ».

« La France a besoin de réformes et de coupes budgétaires » pour « rendre le pays plus efficace et éviter le gaspillage des dépenses publiques », a indiqué au média le responsable, interrogé sur le budget du Defi. Une affirmation qui risque de surprendre, nombre de dirigeants de la filière ayant récemment rappelé que l'Etat ne participe en rien au budget de l'organisme. 

La Fédération de la haute couture et de la mode n’avait pas signé la tribune signée par six autres dirigeants de fédérations du secteur*. Celle-ci appelait Bercy à revoir son projet de hausse des prélèvements sur les taxes affectées inscrit au projet de loi de finance (PLF) 2018. Des taxes affectées qui ont pour spécificité d’avoir été volontairement mises en place par la filière afin de financer ses dispositifs d’accompagnement au développement et à l’exportation. Le CPDE du textile/habillement, le Défi, est ainsi à 40 % financé par les grands groupes, à 40 % par les importateurs et à 20 % par les PME.

La FHCM soutient aujourd’hui le gouvernement, qui entend ponctionner les fonds rassemblés pour le Defi à hauteur de 7 % en 2019, puis de 20 % en 2020. Pour compenser cette baisse, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, invitait il y a quelques jours les grands groupes de luxe, adhérents majeurs de la FHCM, à davantage s’investir pour la filière. Au-delà du dialogue entre le gouvernement et la filière, ce sont les échanges au sein de cette dernière qui viennent d'un coup de gagner en tensions.

La surprise

« Nous sommes assez surpris », nous confie Marc Pradal, président de l’Union française des industries mode et habillement. « Nous avions eu une réunion en septembre avec certains membres du conseil d’administration du Defi, où siège la FHCM, à qui nous avons demandé sa position : elle était très neutre. Nous étions déjà surpris. Nous sentions qu’il n’y avait pas réellement d’engagement sur cette question, mais on ne voyait en aucun cas cette position nette. Et nous sommes d’autant plus surpris aujourd’hui que le Défi finance un grand nombre d’actions réclamées par la FHCM, dont la fusion de l’Institut français de la mode (IFM) et de l’école de la Chambre Syndicale. »

Président de la Fédération française du prêt à porter féminin, Pierre-François Le Louët nous indique de son côté maintenir son opposition à l’abaissement des plafonds. Et rappelle que la position de la FHCM n’est pas celle du Comité Stratégique de Filière Mode & Luxe, son président, Guillaume de Seynes, directeur général d’Hermès et président du Comité Colbert, s’étant publiquement exprimé en faveur du Defi et pour la défense des taxes affectées.

Reste que le silence finalement rompu par la Fédération de la haute couture et de la mode est annonciateur de dialogues tendus entre les instances représentatives de la filière. Porteur de l’abaissement des plafonds des taxes affectées, le projet de loi de finance 2019 doit faire la navette entre les chambres jusqu’au 11 décembre, où il sera finalisé par une commission mixte paritaire, avant adoption définitive en le 21 décembre au plus tard.

*La tribune parue est signée par Lucien Deveaux, président du Defi ; Christian Pimont, président de l’Alliance du Commerce et de la Fédération des enseignes de l’habillement ; Marc Pradal, président de l’Union française des industries mode et habillement ; Pierre-François Le Louët, président de la Fédération française du prêt à porter féminin ; Claude Miserey, président de la Fédération française des industries du vêtement masculin ; Claude Tétard, président de la Fédération française des industries de chemiserie lingerie ; Daniel Crépin, président de la Fédération des industries diverses de l’habillement-mode et accessoires.

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