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14 janv. 2014
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Défilés homme à Milan : retour à une mode sage

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14 janv. 2014

La semaine de la mode masculine, qui s’est ouverte à Milan le 11 janvier, s’est achevée mardi 14 sur un bilan positif. "La grande nouveauté, c’est le retour en force des acheteurs italiens. Nous n’avions pas vu une telle présence depuis trois ans", se réjouit le président de la Chambre de la mode italienne, Mario Boselli, confirmant une tendance amorcée lors du salon florentin de Pitti Uomo. Fêtes, soirées, ainsi que de nombreux événements spéciaux et présentations ont émaillé cette semaine consacrée aux collections pour l’automne/hiver 2014-15, où l’on pouvait sentir frémir un vent nouveau.

Etro met en avant l'élégance et le savoir-faire du Made in Italy


L’homme proposé pour l’hiver prochain tend à se concentrer sur l’essentiel et la simplicité avec quelques pièces de base de bonne facture à agencer comme il lui plaît. Le superflu est éliminé au profit d’une élégance sobre. Les mises sont discrètement raffinées affichant un style vaguement imparfait, du plus grand chic. A l’instar des garçons un peu distraits de Prada, qui portent avec nonchalance la cravate en écharpe, ou encore les silhouettes sixties aux lignes épurées de Gucci.

"Les tendances sont presque trop rassurantes, avec beaucoup de pièces portables à usage quotidien. Tout est très beau. Pour l’hiver prochain, on nous propose des blousons, des parkas, des pantalons fuselés… Des vêtements très intelligents et commerciaux. A la fin, il manque un peu la touche mode, cette touche de design un peu courageuse pour nous apporter quelques idées stimulantes. Même les nouveaux jeunes créateurs me sont semblé un peu répétitifs", analyse Cesare Tadolini, qui détient deux boutiques à Modène.

L’homme imaginé par les couturiers pour l’hiver prochain semble, en effet, aspirer à la tranquillité. Il aime s’habiller bien, avec de belles coupes dans de merveilleux tissus, de préférence dans des matières douces et des vêtements confortables, tandis que la palette est des plus discrètes. Souvent les teintes sont comme délavées, un peu poussiéreuses. Le bleu gris est partout, le rose pâle pointe son nez ici et là (Canali, Gucci) au milieu de collections à dominante sombre (noir, gris, marine).

Simplicité raffinée et teintes pastel pour Gucci


Dans cet esprit cocooning, les t-shirts assument des volumes over size enveloppants, les doudounes se rallongent, les pulls à col roulé sont tricotés en grosse laine à la main, et la veste molletonnée s’impose comme la pièce incontournable de l’hiver prochain. Tout comme le petit blouson à quatre poches et la veste saharienne dans sa version hivernale. Quant au manteau, il se porte désormais noué à la taille par une ceinture à la façon d’un peignoir, tout comme les maxi cardigans en mohair, ce qui leur donne une allure de veste de chambre (Giorgio Armani, Canali)

"Nous assistons au retour du bon goût avec la veste, le costume, le beau manteau confectionnés avec une grande attention à la portabilité, pour un homme un peu plus concret. Le vestiaire est classique, mais réinterprété de manière moderne. Tout est un peu plus soft et moins criard", analyse Federico Giglio, titulaire de la boutique Giglio à Palerme.

Les hommes veulent de beaux produits dans les belles matières, comme seule l’Italie peut leur proposer. De fait, jamais le Made in Italy n’aura été célébré avec autant d’emphase qu’en cette Fashion Week, qui a mis en avant comme jamais le savoir-faire italien, la tradition d’excellence de son artisanat et le travail sans pareil des petites mains.

Après avoir fait défiler une époustouflante collection de costume trois pièces et de sublimes ensembles à carreaux ton sur ton, Etro n’a pas hésité à faire monter sur le podium tailleurs et couturières provenant des Pouilles. Les auteurs de ces chefs d’œuvre de perfection ont été applaudis à tout rompre par un public ému aux larmes. Dans le même esprit, Antonio Marras a fait défiler ses mannequins entre les tables de travail d’un petit atelier, occupées par des couturiers penchés sur leur machine à coudre.

Les riches imprimés de Dolce & Gabbana


La touche italienne se fait sentir encore davantage dans la recherche sur les matières et les innovations réalisées sur les étoffes. Les collections milanaises ont montré une fois de plus le talent des tisseurs italiens avec des imprimés somptueux comme chez Dolce & Gabbana ou des étoffées damassées utilisées dans de nombreux costumes, et presque indicibles. "Tous nos tissus font l’objet de traitements particuliers. Un travail que l’on ne peut réaliser qu’en Italie", souligne à ce titre Silvia Venturini Fendi.

Deux éléments symbolisent, en particulier, cette garde-robe masculine ultra classique revisitée. Le prince de Galles, utilisé un peu partout dans différentes dimensions et pièces, y compris sous forme de cape chez Ports 1960-, et le costume de banquier revu et détourné. Il est proposé par exemple dans une laine élastique chez Ermanno Scervino ou en fine rayures colorées chez Salvatore Ferragamo. Le costume noir traditionnel se transforme en combinaison chez Dsquared2, tandis que chez Roberto Cavalli, les chevrons d’un manteau virent soudain en zébrures psychédéliques.

Le côté clinquant rock-and-roll n’est jamais loin, le styliste toscan se laissant tenter par des dorures insérées ici et là dans son vestiaire. Les matières brillantes font leur apparition aussi dans d’autres collections, telle les décorations métalliques chez les cow-boys de Versace, ou encore sur le devant en lurex de certains pantalons de Jil Sander. Sans oublier les couronnes royales et les armures vues chez Dolce&Gabbana.

La veste matelassée sera le must de l'hiver prochain (ici la version Dsquared2)


Dans cet esprit, les vêtements hybrides se multiplient dans une explosion de mélanges de matières et de genres. Les pantalons pour homme prennent de plus en plus l’allure de joggings dans les tissus les plus inattendus. En version classique, les pantalons se raccourcissent laissant voir la cheville. Les carreaux, le tartan sont de tous les défilés, tout comme les rayures et les larges bandes horizontales. (Salvatore Ferragamo)

Dans l’ensemble, les stylistes milanais, qui prévoient sans doute encore des années sombres et/ou un homme en quête de protection, semblent s’être ingéniés à concocter un vestiaire hivernal à l’épreuve des plus grands froids. Bonnets, écharpes, larges cols, sans oublier les gants, sont absolument partout. Ici et là apparaissent des capes, des ponchos (Ermenegildo Zegna) et même des plaids jetés sur les épaules (Missoni). Les designers privilégient les matières épaisses bien masculines, comme le tweed, le velours, la laine, le feutre, le cachemire, etc.

Aux côtés de la pièce molletonnée, que l’on trouve partout, tout comme le caban ou les vestes en laine bouillie ou en laine peignée, la fourrure s’impose comme la tendance lourde de l’hiver 2014-15. Partout l’on voit des vestes en mouton façon peluche ou en peau renversée. La fourrure est omniprésente dans manteaux, doublures, toques, cols, gants, etc. Jusque dans les savates-sandales fourrées de Missoni. Astrakan, shearling, murmasky, lapin, marmotte, vison… Fendi, notamment, va jusqu’à utiliser un interminable tapis en longs poils noirs de chèvre pour recouvrir le podium de son défilé.

L'homme de l'hiver prochain? Un artiste plus qu'un latin lover (défilé Prada)


Pour conclure, l’homme de l’hiver prochain avoisine davantage l’artiste que le latin lover. Un petit côté intello, au-dessus de la mêlée, a caractérisé, de fait, cette semaine de la mode milanaise. Miuccia Prada a ainsi convié un orchestre pour accompagner les mannequins en direct, caché dans la fosse, tandis que Canali a fait appel au compositeur star Ludovico Einaudi, qui a accompagné lui aussi les mannequins dans un inattendu concert pour piano.

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