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25 févr. 2020
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Défilés, salons : comment Paris se prépare à l’impact du coronavirus sur sa Fashion Week

Publié le
25 févr. 2020

Depuis plusieurs semaines, l’épidémie qui sévit en territoire chinois laissait augurer une baisse de la fréquentation asiatique de la Fashion Week parisienne, qui se tient du 24 février au 3 mars. Mais les derniers événements dans le Nord de l’Italie et notamment à Milan - où vient de s’achever la semaine de la mode dans une certaine confusion après l’apparition soudaine de cas de coronavirus dans la région – font monter la pression.


Salons comme défilés s'organisent - Premiere Classe


 
La Fashion Week et ses différents intervenants, marques, fédération, salons, showrooms, étaient en effet dans l’attente ce lundi de nouvelles consignes de la part des autorités françaises qui tentent de prévenir une éventuelle propagation de l’épidémie en France. Pour l’instant préventive, à l’heure où nous écrivons, la politique sanitaire ne prévoit pas de limitation des rassemblements qui pourrait affecter la Fashion Week. Dans la soirée de lundi, le ministre de la Santé, Olivier Véran se montrait rassurant expliquant qu'"il n'y a pas de malade identifié" ni de "circulation du virus ce soir sur le territoire national". Il a cependant souligné que les mesures étaient "adaptable et révisable à tout moment". Les consignes qui s’adressaient jusque là aux voyageurs venant de Chine, de Singapour et depuis dimanche également de Corée du Sud ont d'ailleurs été élargies aux personnes en provenance de Vénétie et de Lombardie les consignes  : à savoir limiter autant que possible les contacts avec le reste de la population (éviter les rassemblements, privilégier le télétravail, port de masques de protection,…).
 
Outre donc la baisse du visitorat asiatique, ce sont désormais les professionnels italiens et ceux qui ont assisté à la Fashion Week milanaise qui pourraient manquer à l’appel pour la semaine de la mode parisienne. Certaines entreprises du secteur ont d’ailleurs d’ores et déjà appliqué, ce lundi, des mesures de quarantaine pour leur personnel concerné.

Les organisateurs le confirment : le visitorat chinois sera donc bel et bien très globalement absent des rendez-vous parisiens, tout comme les Coréens en grande majorité. Il est également à prévoir une réduction significative du public hongkongais, mais surtout japonais : les entreprises de mode nippones ayant par précaution fait pour beaucoup le choix de réduire les équipes qui devaient se déplacer à Paris.
 
Selon le Jetro, organisme de soutien à la mode japonaise, les annulations resteraient minoritaires parmi les acheteurs nippons, concernant notamment les grands magasins, mais les représentants des multimarques auraient majoritairement confirmé leur venue quelques jours avant la Fashion Week.
 
Antoine Floch, organisateur du salon Woman, s’attend en effet à une réduction du public japonais « Vraisemblablement oui les équipes vont être réduites, mais ce n’est pas un événement isolé. Les réductions de budget déplacement des acheteurs japonais sont une problématique que l’on connait déjà depuis plusieurs saisons », précise-t-il. Mais qui se trouvera certainement aggravée cette saison par le facteur coronavirus.
 
Public capital pendant la Fashion Week, le contingent japonais est souvent suivi de près par les acheteurs italiens. Mais qu’en sera-t-il de leur présence à Paris pour les huit jours qui viennent ? Difficile de savoir, car si les organisateurs ont pu observer les réservations asiatiques depuis plusieurs semaines, la naissance ce week-end d’un foyer de contamination à proximité de Milan ne leur permet pas d'anticiper ce point avec recul.
 
Certains sont déjà arrivés à Paris, mais ne sont pas incités à assister aux événements compte tenu des consignes sanitaires. D’autres pourraient être restés à Milan. La Fédération de la Haute Couture et de la Mode s’en tient à communiquer les recommandations sanitaires du gouvernement, puisque aucune restriction concernant les rassemblements n’est prise à cette heure, la France n’ayant pour l’instant recensé que douze cas de coronavirus sur son sol, et ce sans foyer de contamination localisé.
 

Une large communication, notamment sur les réseaux sociaux devrait être mise en place



Salons comme défilés devraient donc néanmoins constater un effet coronavirus pendant la semaine. Mais les organisateurs ont prévu de palier ces absences avec une politique de communication intense à destination des acheteurs ne pouvant assister aux rendez-vous. La Fédération va ainsi irriguer les réseaux sociaux de contenus et relayer les shows, particulièrement sur les canaux chinois que sont Weibo et Douyin.

WSN, l'organisateur du salon Première Classe, qui s'ouvrira comme ses confrères ce 28 février, espère un recul "contenu" du visitorat japonais qui pesait pour 8,7 % de son total lors de sa dernière édition, mais prévoyait à destination du public chinois (dixième de son classement du visitorat international) une large communication sur la plateforme WeChat sur le contenu du salon. En revanche, là aussi, incertitudes concernant les voyages des acheteurs italiens, pesant eux 7,8 % de la fréquentation habituelle de Première Classe, troisième pays après la France et le Japon donc.
 
Pour le salon Tranoï, dont le deuxième pays visiteur est l’Italie, devant le Japon, l’impact devrait aussi être perceptible. « Il faut que nous encouragions les marques exposantes à ne pas perdre le fil avec les acheteurs qui ne se déplaceront pas cette fois, prévoit Boris Provost, le nouveau dirigeant du salon. Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur deux nouveaux partenaires du salon que sont les plateformes digitales de commande, Joor, et de mise en contact, Born. Leur utilité et leur complémentarité avec l’outil salon parait d’autant plus évidente… »

Les plateformes de ventes ou showroom virtuel en incontournables


 
Les outils numériques de communication mais aussi de ventes paraissent incontournables cette saison, et pourraient bien en être les gagnants... Le Jetro explique que, côté japonais, « Les acheteurs qui ne viendront pas à Paris utiliseront Skype ou les plateformes de showroom virtuel que les marques habituelles utilisent pour passer leurs commandes. Quoi qu'il en soit, ils essaient de trouver une solution ».
 
Confrontée au recul de la fréquentation asiatique, la Fashion Week de Milan avait opté pour la même stratégie la semaine dernière, avant de voir ses propres manifestations perturbées par les cas de coronavirus déclarés vendredi et samedi en Lombardie. Carlo Capasa, le président de la chambre de la mode italienne déclarait en guise de premier bilan de la fréquentation asiatique : « La FW femme de Milan n'a pas été trop touchée car le moment principal pour les achats se passe surtout avant, et beaucoup d'acheteurs chinois étaient là pour l'homme, ils sont allés à Paris puis sont restés et revenus à Milan sans rentrer chez eux. De plus, notre plateforme pour relier la Chine pendant la Fashion Week a attiré neuf millions d'inscrits ». Seize millions de personnes auraient au final visionné des défilés via Tencent et le module "China we are with you" mis en place par la Fédération italienne.

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