Dentelle de Calais : redressement judiciaire prolongé pour My Desseilles et Color Biotech

Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer a décidé le 18 juillet d’accorder deux mois supplémentaires au dentellier calaisien My Desseilles et à la société de teinture Color Biotech, tandis que les pouvoirs publics évoquent désormais l’opportunité de rapprocher diverses sociétés dentellières en difficulté, dont Noyon Dentelle. Le spécialiste de la finition Delmotte, sous-traitant de Desseilles, est lui placé en liquidation.


Le fabricant My Desseilles est une des entreprises iconiques de la dentelle calaisienne. - Desseilles

Le sursis offert jusqu’au 12 septembre prochain est un soulagement relatif pour les 73 employés de la société My Desseilles, dont la moyenne d’âge est de 54 ans, et dont certains ont officié toute leur vie dans la dentelle. « Aucun repreneur potentiel ne s’est manifesté, mais il nous reste encore deux mois », nous explique Marc Bohler, directeur qualité de l’entreprise. « Mais je pense que tout cela s’oriente de plus en plus vers un regroupement des dentelliers calaisiens, avec le soutien de la Région. Cela laisse un tout petit peu d’espoir, même si l’on sait très bien que, dans le cas d’une fusion, il y a aura de la casse. »

My Desseilles avait été reprise en 2017 par le groupe chinois Yongsheng, sur un engagement de trois ans. Or, passé ce cap, ce dernier a cessé tout versement aux fournisseurs de l’entreprise, nous expliquait récemment l’équipe française, empêchant ainsi d’acheter le fil nécessaire aux productions des commandes en cours. Les syndicats, qui notent que les engagements d’investissements techniques pris par Yongsheng n’ont pas été tenus, redoutent que l’opération n’ait servi qu’à dupliquer ailleurs le savoir-faire, tandis que le rachat incluait des archives de créations remontant jusqu’à la fondation de l’entreprise, en 1947.

L'hypothèse d'un rapprochement entre dentelliers

Mais quid de ce rapprochement entre dentelliers en difficulté envisagé par les élus locaux ? Le 10 juillet, la sous-préfecture de Calais accueillait une réunion réunissant la maire de Calais Natacha Bouchart, des représentants de l’Etat, de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), de la région Hauts-de-France, les administrateurs judiciaires, sans oublier les représentants des trois entreprises potentiellement concernées : My Desseilles, Color Biotech et Noyon.

Car, autre figure de l’industrie locale, l’entreprise Noyon est elle-même en redressement judiciaire avec une période d'observation courant jusqu’en janvier 2020. Contacté par FashionNetwork.com, son directeur général Henri-Philippe Durlet se montre prudent quant au projet de rapprochement : « Les pouvoirs publics sont sensibles à cette idée, mais ils ne peuvent agir qu’à un certain degré », estime le responsable. « Mais j’espère qu’en temps voulu, les choses vont bouger et que des solutions concrètes vont être trouvées pour sauver My Desseilles et Color Biotech. »


L'entreprise Noyon a été créée en 1919 à Calais. - Noyon

Pour le dirigeant de Noyon, qui emploie à ce jour une centaine de personnes, le cas du spécialiste de la teinture revêt une importance particulière. « Il est important que les dentelliers conservent un spécialiste local de la teinture, et c’est la seule alternative à Holesco », explique le propriétaire. Le groupe Holesco, propriétaire du dentellier Sophie Hallette, était d’ailleurs sur les rangs, il y a trois ans, pour reprendre l'entreprise Desseilles. Et avait critiqué la décision de laisser celle-ci être vendue à un groupe chinois.

My Desseilles a donc jusqu’au mois de septembre pour tenter de sauver son activité, tandis que ses propriétaires continueraient d’être aux abonnés absents. Une réunion des salariés a été annoncée au siège de l'entreprise pour le 19 août prochain à 10h. Contactées par FashionNetwork.com quant à leur investissement sur le dossier, les instances politiques locales n'ont pour l'heure pas donné suite.

Noyon de son côté fera un point d’étape le 18 juillet au tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer. « Pour l’heure, notre priorité est de rassurer nos donneurs d’ordre, qui doivent avoir confiance dans notre pérennité si l’on veut qu’ils commandent des tissus qu’ils recevront dans 4-5 mois », souligne Henri-Philippe Durlet.  

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