Des entreprises de mode épinglées pour le non-respect des droits de l'Homme

Une étude publiée ce lundi, menée sur 100 multinationales, dont un certain nombre sont des entreprises de mode, révèle que la plupart d'entre elles ne répondent pas aux standards des Nations Unies relatifs aux droits de l'Homme.


Le classement de CHRB - DR

De la lutte contre le travail des enfants à la parité pour les femmes, les principes de l’ONU exigent que toutes les entreprises prouvent leur respect des droits humains et le bon traitement de leurs employés.

Cependant, une analyse réalisée sur plus de 100 grands industriels en habillement, agriculture et extraction par le Corporate Human Rights Benchmark (CHRB) a montré que peu d’entre eux respectent ces droits.

Le géant du sportswear Adidas fait figure de bon élève avec 87 points sur 100 dans le classement qui utilise des données publiques sur les pratiques et politiques en matière de transparence, travail forcé et salaire minimum.

Pour autant, près des deux tiers des entreprises totalisent un score inférieur à 30 points, avec une moyenne globale de 27 points. « La majorité ne parviennent pas à être à la hauteur », a déclaré Margaret Wachenfeld, directrice de CHRB.

Cette étude sort au moment où les grandes marques subissent une pression croissante de la part des autorités et des consommateurs pour mettre fin à l’esclavage moderne, alors que des militants estiment à 25 millions le nombre de personnes victimes du travail forcé.

Plus de 40 % des entreprises analysées affichent un score de zéro à la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme - une pratique servant à identifier et à traiter le risque d’abus.

« Le travail forcé, le travail des enfants, l’égalité homme-femme et la protection des militants font partie des principales préoccupations de notre époque, a déclaré John Morrison, à la tête de l’Institut des droits de l’Homme de Londres. Les entreprises doivent démontrer comment elles gèrent ces défis. »

Un score faible n’indique pas nécessairement de mauvaises pratiques mais révèle que l'entreprise n’a mis à disposition que peu voire aucune information au sujet de ses actions pour lutter contre le risque de violation des droits de l'Homme, a souligné la CHRB.

Des maisons de mode comme Prada et Hermès, ainsi que la chaîne de café Starbucks, se classent parmi les plus mauvais scores. Hermès a réagi en affirmant que le respect des droits de l'Homme et des droits du travail faisait partie intégrante de ses valeurs, de son organisation et de sa chaîne de production.

Hermès et Starbucks ont remis en cause la méthode utilisée pour le classement, indiquant qu’il ne reflétait pas leur engagement en faveur du respect des droits humains. Un porte-parole de Prada a pour sa part fait savoir que l’entreprise préférait ne pas faire de commentaires.

Caroline Robinson, directrice de l’association Focus on Labour Exploitation, a jugé préoccupantes les conclusions de cette étude. « Les entreprises n’en font simplement pas suffisamment, a-t-elle confié à la Fondation Thomson Reuters. Si les sociétés ne sont pas prêtes à prendre des mesures significatives ... ce sera ensuite au gouvernement d’intervenir pour faire passer la responsabilité d’entreprise d’option à nécessité ».

De son côté, le CHRB a appelé les investisseurs à contribuer au changement en incitant les entreprises ayant réalisé de faibles performances à faire mieux.

Traduit par Sonia Broyart

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