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Dévaluation du yuan : mauvais signal pour le luxe français

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AFP
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17 août 2015

La triple dévaluation du yuan la semaine dernière est un mauvais signal pour les secteurs du luxe et du tourisme en France, en raison de la dégradation économique qu'elle traduit, même si son impact devrait être limité, d'après des analystes interrogés par l'AFP.



Pour le marché du luxe, qui dépend à 30 % de la clientèle chinoise, cette dévaluation d'ampleur modérée (près de 4 % au total) vient s'ajouter à la politique anticorruption du gouvernement chinois.

Selon une étude du cabinet Bain & Company, le marché du luxe en Chine avait reculé pour la première fois l'an dernier, malmené par le ralentissement de la consommation en Asie et la lutte des autorités contre les dépenses ostentatoires.

Si la dévaluation n'aura a priori « pas d'impact fort », le ralentissement du marché chinois qui sous-tend cette mesure va, lui, « ajouter une pression supplémentaire au secteur », estime Cédric Rossi, analyste chez Bryan Garnier & Co. « Une partie du marché qui avait ralenti en Chine avait été compensé par le fait que les Chinois dépensent beaucoup plus en Europe. Mais si la dévaluation se poursuit, les Chinois, qui achètent à 70 % leurs produits de luxe hors de Chine, pourraient acheter moins en Europe », leur pouvoir d'achat à l'étranger diminuant.

François Godement, directeur du programme Asie au Conseil européen des relations internationales, relativise pour sa part la dévaluation, rappelant que le yuan avait beaucoup monté par rapport à l'euro ces deux dernières années. « Ce n'est pas parce qu'il y a une dévaluation de 2, 4 ou 5 % qu'il y aura des conséquences sur l'industrie du luxe qui a déjà pris un coup avec la campagne contre la corruption en Chine », estime-t-il.

Les entreprises françaises du luxe étant très présentes en Chine, la dévaluation devrait néanmoins se traduire par une baisse de leur activité en Chine, exprimée en euros. Selon Luca Solca, analyste chez Exane BNP Paribas, LVMH réalise 8 % de ses ventes en Chine continentale, Hermès 12 % et la branche Luxe de Kering 10 %.

Ecart de prix amplifié

Autre conséquence, en renchérissant les prix des produits de luxe importés en Chine, la dépréciation du yuan pourrait encourager le commerce parallèle, prévient Fflur Roberts, directrice du segment luxe chez Euromonitor International. « La différence de prix entre l'Asie et l'Europe va s'amplifier, ce qui risque d'augmenter le marché gris, à savoir les produits achetés légalement par des intermédiaires en Europe et revendus en Chine sans l'autorisation du fabricant », souligne-t-elle.

Pour l'instant, la différence de prix des produits de luxe entre la Chine et l'Europe est d'au moins 35 % en raison des taxes chinoises à l'importation et sur les produits de luxe. Cet écart atteint même 50 % dans certains cas.

Elle rappelle que des marques ont augmenté leurs prix en Europe pour réduire la différence avec la Chine. Certaines entreprises comme Chanel ont même baissé de 20 % leurs prix en Chine, mais cette option n'est plus valide en raison d'une politique monétaire défavorable, estime-t-elle.

Sur le plan du tourisme, les acteurs s'accordent à dire qu'il est encore trop tôt pour prévoir l'évolution du nombre de visiteurs chinois en France. « La France est suffisamment attractive pour absorber l'écart de monnaies. L'impact de la monnaie, du moment qu'il reste faible, n'a pas vraiment d'influence », estime René-Marc Chikli, président du Syndicat des tour-opérateurs français (Seto).

« On ne ressent rien à ce stade, mais il y a un tel désir de voyager des Chinois, et en particulier en France, avec une croissance à deux chiffres de touristes chinois depuis 4 ou 5 ans qu'à mon avis cela aura très peu d'impact », indique quant à lui Christian Mantei, directeur général d'Atout France, l'agence de développement touristique de l'Hexagone.

L'an dernier, 1,7 million de touristes chinois sont venus en France et ils devraient être 2 millions cette année, selon Christian Mantéi. Une manne pour l'économie française, car avec 1.500 euros d'achats par tête en moyenne, les touristes chinois sont aujourd'hui de loin les plus dépensiers du monde.

L'appréciation passée du yuan « a eu une influence très positive sur la fréquentation chinoise à Paris », et « on peut donc s'attendre à ce que l'inverse ait une influence négative », résume de son côté Thomas Deschamps, responsable de l'observatoire de l'Office de tourisme de Paris, tout en soulignant que l'actuelle dévaluation est très de loin d'effacer l'envolée antérieure de la monnaie chinoise.

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