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Dior : Rivolta Femminile

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
25 févr. 2020
Temps de lecture
4 minutes
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Chez Dior, l'heure est au retour aux sources — mais plutôt à la jeunesse de Maria Grazia Chiuri qu'à l'enfance parisienne de Christian Dior. Une collection réaliste, à la fois commerciale et chic pour l'Automne-Hiver prochain. 


Dior - Automne-Hiver 2020 - Prêt-à-porter féminin - Paris - © PixelFormula


Malgré sa nostalgie, le défilé n'avait rien de démodé. La collection évoquait les femmes emblématiques des décennies 1960 et 1970, mais aussi les photographes italiens qui les ont fait passer à la postérité, en injectant des éléments de la garde-robe personnelle de Maria Grazia Chiuri — des jeans, des carreaux graphiques, des robes translucides et des bottes de travail.
 
Le défilé s'ouvrait sur un superbe costume de garçon manqué, dont on aurait pu trouver la description dans le journal intime d'une adolescente — la référence au tailleur Bar en plus —, puis se poursuivait avec une robe drapée parfaitement coupée, qui révélait un décolleté profond et une taille fine, marquée par une ceinture monogrammée "CD". Portée avec de robustes bottes militaires, la tenue n'était pas sans rappeler les jeunes années de la créatrice elle-même, quand elle développait son propre univers esthétique et commençait à s'exprimer à travers la mode. 

Au cours d'une rencontre avec la presse italienne quelques heures avant l'événement, la créatrice est d'ailleurs revenue sur plusieurs épisodes de sa jeunesse. Quand Maria Grazia Chiuri a demandé à sa mère la permission de s'inscrire dans une école d'art, celle-ci a choisi de l'envoyer sur les bancs de l'université la plus stricte de Parioli, le quartier de prédilection de la haute bourgeoisie romaine.

Sa dernière collection pour Dior pouvait se lire comme une réponse à cette petite trahison. Maria Grazia Chiuri s'est amusée à subvertir le vestiaire le plus classique en lui ajoutant un soupçon d'impertinence : ici, une veste masculine portée avec une sensuelle jupe plissée et des bottes de randonnée ; là, un blouson de motard en cuir contrebalancé par une cravate d'étudiant propret. Une lavallière en soie noire, portée sur un chemisier transparent dévoilant un soutien-gorge couvert de logos. La vision de Dior est pleine de légèreté, mais aussi de contrôle. La plupart des mannequins portaient des foulards sur la tête, ou parfois des bérets ou des calottes de vendeurs de journaux. 
 

Dior - Automne-Hiver 2020 - Prêt-à-porter féminin - Paris - © PixelFormula


Cette saison, la directrice artistique de Dior a choisi de varier les longueurs à l'infini. Tantôt des mini-robes (idéales pour aller danser au célèbre Piper Club de la Ville éternelle), tantôt des robes au genou pour rencontrer les auteurs mentionnés dans le programme du défilé. Parfois des jupes coupées à mi-mollet, associées cette saison à de très ergonomiques chaussures de travail ou à des sabots en cuir gris "Dior" clair. Mais aussi de somptueuses robes longues en maille, ornées de motifs en mosaïque.

Maria Grazia Chiuri a également proposé de splendides pièces à franges, des manteaux-capes à carreaux, des jupes en laine pour fille cérébrale, des robes de soirée style "Dolce Vita"... Tout à fait en phase avec les défilés milanais, où une collection sur deux débordait de froufrous.

"Très honnêtement, je ne m'attendais pas du tout à voir toutes ces franges. Mais je les aime beaucoup", confesse-t-elle en souriant.

Le défilé avait lieu à guichets fermés sous une tente géante, construite dans le jardin des Tuileries par le collectif Claire Fontaine, qui avait tapissé les parois d'enseignes lumineuses et colorées. Sur celles-ci, on pouvait lire une série de slogans féministes : "Women Raise the Uprising" ("Les femmes soulèvent l'insurrection"), "Women are the Moon that Moves the Tides" ("Les femmes sont la lune qui entraîne les marées"), "Patriarchy = Climate Emergency" ("Patriarcat = Urgence climatique") ou encore "When Women Strike the World Stops" ("Quand les femmes se mettent en grève, le monde s'arrête").


Dior - Automne-Hiver 2020 - Prêt-à-porter féminin - Paris - © PixelFormula


Parmi tous les défilés, nos planches d'inspirations préférées sont peut-être celles de Maria Grazia Chiuri. Sur le mood board de cette collection, tout un éventail de femmes emblématiques, depuis les intellectuelles Palma Bucarelli et Carla Accardi jusqu'aux beautés iconiques de l'époque, Brigitte Bardot, Jane Birkin et Bianca Jagger en tête.
 
Le podium était recouvert de milliers d'exemplaires du quotidien Le Monde enduits de silicone — au risque de vexer les journalistes rivaux du Figaro. La bande-son commençait avec Ryuichi Sakamoto et s'achevait sur "Ancora Tu" de Roísín Murphy. L'accompagnement idéal pour ce défilé fastueux et engagé.

Toujours en avance dans le domaine des réseaux sociaux, Dior a invité une star de TikTok —"une TikToker" comme disent les attachés de presse —, Taylor Hage, qui avait les honneurs du premier rang. À ses côtés, la "youtubeuse" Liza Koshy, militante pour l'éducation des femmes et amie de Michelle Obama, avait fait le déplacement.

En résumé, le défilé énonçait un point de vue engagé et clairvoyant : Maria Grazia Chiuri sait mettre la mode au service de ses convictions féministes, sans tambour ni trompette. Si la collection elle-même n'était pas la plus mémorable de la créatrice — qui semblait peut-être en terrain trop familier — elle contenait tout de même quelques belles visions de mode, et maintenait Dior dans l'air du temps.

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