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AFP-Relaxnews
Publié le
27 sept. 2021
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Dr Van Hemelryck (chirurgien plasticien):"La 'dysmorphie Snapchat' n'a pas cours en France"

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AFP-Relaxnews
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27 sept. 2021

Le Botox fait débat dans certains pays à travers le monde, notamment au Royaume-Uni à la suite d'une forte demande d'injections signalées ces derniers mois. Une chose qui serait attribuée au culte du visage parfait induit par les filtres utilisés sur les réseaux sociaux, mais également à certaines émissions de télé-réalité, et qui a conduit le pays à interdire ce type d'injections aux mineurs. Qu'en est-il en France? Réponse avec le Dr Thierry Van Hemelryck, chirurgien plasticien et président du congrès de la Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens (SOFCEP).


DR


Le Royaume-Uni réfléchit à interdire le Botox aux moins de 18 ans. Quelle est la législation en France?

Thierry Van Hemelryck: C'est beaucoup plus restrictif. Ces actes ne peuvent être réalisés que par des médecins, et en l'occurrence par des médecins qui sont au nombre de cinq spécialités pour l'instant, à savoir les chirurgiens plasticiens, les chirurgiens maxillo-faciaux, les chirurgiens ORL, les ophtalmologues, et les dermatologues. Officiellement, sur la notice d'un Botox, par exemple, il n'est inscrit que ces cinq spécialités; ce qui n'est pas le cas au Royaume-Uni où les infirmières peuvent pratiquer les injections de Botox. En revanche, en France, il y a un manque de réglementation concernant les injections d'acide hyaluronique dans les lèvres avec le Hyaluron Pen. Il y a un certain nombre de personnes que l'on voit sur Instagram, qui ne sont même pas infirmières, et qui vont faire ce type d'injections. Notre syndicat est en train de travailler sur ce sujet car les injections dans les lèvres sont loin d'être un acte anodin. Cela peut engendrer des nécroses, qui ne peuvent être gérées par des personnes qui ne sont pas médecins.

Les injections de Botox à visée esthétique ne sont donc pas interdites aux mineurs?

TVH: Je ne sais pas s'il existe une réglementation, je pense que c'est avant tout un problème d'éthique. Il me parait totalement hors de propos de faire ça à un mineur. Si ça n'est pas interdit, ça n'est en tout cas pas pratiqué. 

Y a-t-il réellement une hausse des demandes d'injections de produits de comblement liée aux réseaux sociaux et au culte du visage parfait? 

TVH: Nous avons eu notre congrès national le week-end dernier, avec plus de 350 chirurgiens, et c'est un sujet que nous avons abordé. Il semblerait que ce que l'on appelle la 'dysmorphie Snapchat' n'ait pas cours dans l'Hexagone, ou soit en tout cas considérée comme marginale. Ce n'est vraiment pas le sujet en France. Il y a effectivement des patientes qui viennent consulter avec des selfies retouchés par des filtres, mais c'est tellement excessif qu'on leur dit simplement que ce n'est pas possible. Alors qu'aux Etats-Unis, je pense que c'est un réel problème.

Des patientes vous demandent donc de reproduire sur leur visage le rendu d'un filtre?
 

TVH: C'est exactement ça, et on leur répond qu'on ne peut pas. Nous, nous rendons des avis techniques, et lorsque cela n'a pas de sens, on ne le fait pas. C'est un public assez jeune qui a des demandes parfois excessives, si ce n'est hors de propos. Mais nous avons une éthique, une déontologie, qui fait qu'il ne faut surtout pas donner suite à ce genre de demandes.

En quoi est-il dangereux de faire des injections de Botox à un âge précoce?

TVH: Cela suppose potentiellement un problème vis-à-vis de l'image de soi a posteriori. Pour tout ce qui est chirurgie, il m'arrive d'opérer des mineurs mais uniquement avec un accompagnement psychologique péri-opératoire. Il y a, par exemple, des jeunes femmes qui ont une très forte poitrine et qui sont très embêtées physiquement mais aussi psychologiquement, et, dans ce cas, je trouve légitime de faire quelque chose. Je fais alors une réduction mammaire, mais les patientes ont une première consultation avec une psychologue pré-opératoire, et une seconde post-opératoire. Il ne s'agit pas forcément de savoir si elles vont bien ou pas, mais de les accompagner dans une démarche de changement de leur image corporelle. Et ça, je l'ai rendu obligatoire. Je ne les opère pas si elles ne voient pas de psychologue.

Tout dépend donc de l'éthique de chaque médecin et chirurgien… N'y a-t-il pas un manque de règlementation vis-à-vis des actes réalisés sur les mineurs?

TVH: Je comprends que l'on se pose la question, mais il faut se dire que la grande majorité, si ce n'est tous les chirurgiens-plasticiens de la SOFCEP, procède comme moi. C'est toutefois une question que l'on peut se poser… Pour des mineurs, la réflexion des Britanniques sur le sujet n'est pas inintéressante. Il ne devrait pas y avoir d'injections, c'est évident. Quant à la chirurgie, pourquoi pas s'il y a une souffrance morale, mais avec un accompagnement péri-opératoire.

La jeunesse chinoise voue une certaine passion aux oreilles d'elfe en vue d'affiner le visage. Est-ce possible qu'une telle tendance arrive en France?

TVH: Oui, j'avais vu ça, mais bien sûr que je ne pratique pas ce type d'actes. Si on vient me voir pour ça, je dis non tout de suite. Nous avons récemment eu une conférence avec le philosophe Roger-Pol Droit sur le sens des limites, et il a conclu en disant que les chirurgiens esthétiques devaient être des poseurs de limites. C'est à nous de définir jusqu'où on peut aller, c'est le rôle de l'éthique et de la déontologie. Il semble évident qu'il ne faut pas donner suite aux demandes abracadabrantes.


Une interview ETX Daily Up
 

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