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Eléonore Baudry (Figaret) : "L'important c'est de garder le lien avec les équipes"

Publié le
31 mars 2020
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6 minutes
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Depuis le samedi 14 mars, Figaret, comme la majorité des acteurs français de la mode ayant un réseau principalement implanté dans l'Hexagone, se trouve quasiment à l'arrêt. Dans ce contexte, la société conserve une activité en ligne. Eléonore Baudry, présidente de la marque, détaille son organisation et explique comment elle tente de conserver le lien avec ses équipes. Elle précise aussi ses initiatives au niveau commercial.


Eléonore Baudry - Figaret



FashionNetwork.com : Comment vous êtes vous organisés après l'annonce de fermeture des commerces non essentiels et la mise en place du confinement?

Eléonore Baudry : Cette crise intervient dans un secteur qui avait déjà été mis à mal avec les manifestations contre la réforme des retraites en décembre et en janvier. La "chance" que nous avons eue est d'avoir eu notre séminaire du comité de direction le vendredi avant l'annonce présidentielle. Nous avons revu l'ordre du jour et pu réfléchir aux éléments majeurs à prendre en compte pour tenter de surmonter l'impact de la crise du Covid-19. Cela nous a permis de balayer tous les sujets et d'être alignés et sereins.

FNW : Concrètement les questions portaient sur quoi?

EB :
C'était très pratique, comme lister les choses à faire lors de la fermeture des boutiques. Comment préserver le prêt-à-porter des magasins. Mais aussi comment communiquer. Définir les postes à basculer en chômage partiel, quelles étaient les fonctions conservées. Mais aussi identifier les impacts pour potentiellement décaler les paiements avec les bailleurs. Nous avons mis cela en place dès le samedi.

FNW : Concrètement cela signifie quoi? Quelles équipes avez-vous maintenues?

EB :
L'idée est d'hiberner le mieux possible en maîtrisant un maximum de coûts. Toute la partie retail, cela veut dire les équipes de 30 points de vente, est au chômage partiel. Nous avons conservé un peu l'équipe pour la collection mais cela était très limité car il n'y a pas de possibilité d'essayage ou de réalisation des prototypes. L'e-commerce continue. Notre prestataire est toujours actif et nous avons mis en place des gestes barrières et des équipes divisées par deux pour respecter les distances lors de la préparation de paquet. Au total, une quinzaine de personnes continuent en télétravail.

FNW : Vous continuez à fonctionner en e-commerce. Cela vous permet de maintenir une activité commerciale?

EB :
Actuellement, c'est certainement plus simple de vendre des consoles de jeux vidéos. L'activité sur le site est aussi en recul. Nous sommes loin de l'hystérie. Mais nous avons des enseignements intéressants. Par exemple actuellement dans le top 10, nous avons 50 % de chemises femme, ce qui est inhabituel pour nous. Et surtout avec des couleurs vives. Il y a une recherche de joie et fraîcheur.

FNW : J'ai vu aussi que vous avez lancé une opération commerciale, avec une vente outlet. Les opérations commerciales et promotionnelles sont parfois délicates à manier actuellement. Qu'est-ce qui vous a décidé à mettre celle-ci en place?

EB :
Depuis le 15 mars nous ne communiquions que sur des sujets et des idées non commerciales. Là c'est un peu une entorse à la règle pour nous. Nous avions prévu cette opération bien avant. Nous avons la chance d'avoir un entrepôt qui fonctionne et c'est une opportunité de travailler. Dans la première semaine nous avons adapté nos conditions, avec les envois et retours gratuits. Nous voulions faire cette opération assez tôt car on ne sait pas jusqu'à quand La Poste va fonctionner et dans quelle mesure les centres logistiques seront autorisés à travailler. Mais à part cette opération, notre communication est sur un ton décalé. Je crois qu'il faut être rassurant, coller aux préoccupations de nos clients et quand c'est possible les faire sourire. La situation nous a permis de mettre en place Figaret at Home

FNW : Quelle est l'idée?

EB :
C'est une idée que nous avions depuis un moment. Nous avons des équipes en magasin constituées de très bons conseillers. D'habitude nos clients viennent chez nous pour choisir leurs chemises. Là, s'ils le souhaitent ils peuvent prendre rendez-vous avec l'un de nos meilleurs conseillers. Via un appel vidéo, il vont bénéficier des conseils d'un personal shopper qui pourra regarder avec eux leur penderie, les conseiller et, pourquoi pas, leur proposer des produits qui pourraient compléter leur vestiaire.


Eléonore Baudry continue de mener l'activité de Figaret avec une équipe d'une quinzaine de personnes - Figaret



FNW : En ce qui concerne vos équipes comment êtes-vous organisés? Comment communiquez vous?

EB :
Un moment très important pour moi dans la journée est le café du matin avec l'équipe. Là nous avons mis en place un café virtuel tous les jours avec mon comité de direction via Teams. La situation a fait tomber certaines barrières. Nous avons tous vu les enfants et les conjoints des membres de l'équipe. Et chaque responsable fait ensuite des réunions d'équipe. Ce qui est important c'est de garder le lien, même avec les salariés qui sont en chômage partiel à 100 %. J'envoie chaque semaine une newsletter à tout Figaret.

FNW : Pour dire quoi?

EB :
Je leur ai partagé ma stupéfaction. Nous leur racontons aussi comment Figaret communique et s'organise. Et puis chaque membre du Codir va glisser une recette. L'important c'est de leur montrer que l'on est présents, que l'on continue de penser à eux et que l'on prépare la suite. Même notre équipe retail qui est à l'arrêt, il y a une boucle Whatsapp, dans laquelle des nouvelles leur sont envoyées et ils échangent aussi dessus. Whatsapp est un bon outil pour le retail. Mais depuis deux semaines j'ai créé plusieurs boucles, avec le digital ou la communication pour pouvoir échanger facilement.

FNW : Et sur quoi travaillez-vous ? Vous préparez déjà l'après ?

EB :
Honnêtement, c'est ce que je disais aux membres du conseil d'administration, je trouve compliqué de se projeter. Néanmoins, je pense qu'il est très important de mobiliser les équipes actives sur les projets qu'en temps normal nous n'avons pas le temps de faire avancer.

FNW : Comme quoi?

EB :
Par exemple nous avons Gaston, c'est une petite collection de chemises à porter hors du pantalon. Elle fonctionne très bien. Elle mérite d'être marketée différemment, nous avons engagé une réflexion dessus. Nous avons aussi notre sur-mesure qui fonctionne très bien et nous avons l'ambition de le pousser. Nous travaillons pour identifier de nouveaux tissus à proposer pour ce service. Et puis nous avons la femme qui progresse depuis deux ans, mais nous pouvons actuellement réaffirmer la cible et renforcer le positionnement.

FNW : Vous le disiez, le secteur est malmené. Comment envisagez-vous la période post-confinement?

EB :
Actuellement, nous sommes très bien accompagnés par la BNP. Et il faut que les échanges avec les banques avancent bien, car avec la fin du mois les besoins sont présents. Dans la période, il faut être le plus pertinent possible par rapport aux coûts de l'entreprise. Au niveau de la production, on sait qu'il va y avoir un décalage. Je suis au quotidien avec ma directrice de production l'évolution des zones concernées. Nos tissus viennent d'Italie où tout est fermé. Et nous avons encore un peu de tissage en République Tchèque. Au niveau de la confection, le Maroc, la Tunisie, la Turquie, la France, tous sont arrêtés et les usines au Portugal sont en train de fermer. Concrètement, il y aura plus longtemps les pré-collections en magasins.

FNW : Et en termes de consommation comment voyez-vous la reprise?

EB :
C'est une période très délicate et il est certain que l'on va tous ressortir endettés. L'impact va se faire ressentir et nous aurons besoin d'une saison qui fonctionne bien commercialement. Est-ce que ce sera un regain avec une envie de consommer forte ? Je pense qu'il y aura une envie, mais aussi des personnes qui repenseront leur mode de consommation. Dans ce cas, avec un intérêt pour le bien-conçu, le bien façonné avec du tissu européen, je pense que Figaret à des atouts à faire valoir.









 

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