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Elodie Ferrier (CGT) : "Acheter des vêtements sur Internet n'est pas utile à la survie de la Nation"

Publié le
26 mars 2020
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3 minutes
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Le bouleversement que provoque la crise du coronavirus sur l'échiquier commercial du pays touche évidemment les salariés du secteur de la distribution. L'inquiétude domine chez ceux qui doivent conserver leur poste dans l'alimentaire, mais grandit aussi au sein des équipes des enseignes d'habillement. Le point avec Elodie Ferrier, secrétaire fédérale CGT Commerce et Services.


La sécurité des employés doit primer, pour Elodie Ferrier. - Pixaba


FashionNetwork.com : Quels retours avez-vous de la part des employés de la distribution (hors alimentaire), et de l'habillement en particulier ?

Elodie Ferrier :
Nous sommes très sollicités, les salariés sont inquiets et formulent beaucoup de questions, en premier lieu sur leur rémunération en chômage partiel. La majorité des équipes travaillant en magasin dans le non-alimentaire sont concernés par ce cas de figure. Dans le prêt-à-porter, nous relevons aussi des problèmes dans les entrepôts. Par exemple, la direction de l'enseigne Orchestra ne veut pas fermer un site logistique sous prétexte de continuité pour le e-commerce alors que les conditions sanitaires de protection ne sont pas réunies. Des salariés ont exercé leur droit de retrait, que la direction menace d'interpréter comme une absence injustifiée...

FNW : Êtes-vous favorable à la poursuite d'activité des chaînes de mode via le web pendant cette crise ?

EF :
Notre mot d'ordre à la CGT est que le maximum de salariés soient en sécurité, chez eux. Le président demande de rester confiné à la maison : toute activité qui n'est pas utile à la survie de la Nation n'a aujourd'hui pas lieu d'être. Acheter des vêtements sur Internet n'est pas nécessaire actuellement et maintenir les salariés en entrepôt les expose à des risques. Pourquoi les faire travailler ? Nous souhaiterions que le maintien d'activité soit limité dans la vente à l'alimentaire et bien sûr à la santé. Certaines directions jouent le jeu et ont fermé leur site logistique, comme Okaïdi par exemple.

FNW : Pour les salariés de la distribution alimentaire travaillant en point de vente, les mesures de protection et de précaution sont-elles respectées ?  

EF :
Pas partout et pas assez efficacement malheureusement. Le personnel est parfois protégé en caisse, mais pas en rayon, et parfois rien n'est mis en place dans les vestiaires et salles de pause. Nous aidons les salariés des grandes surfaces à alerter leur direction quand c'est le cas pour que les moyens soient mis en œuvre. Si rien n'est fait, nous pouvons les conseiller sur la manière d'exercer un droit de retrait.
 
D'autre part, des salariés (vente) de plusieurs enseignes de mode, en chômage partiel, se sont vu proposer par leur direction (Inditex et Kiabi notamment) d'aller travailler en grande surface alimentaire. En leur proposant de cumuler les rémunérations... en mettant donc en avant l'aspect financier à des salariés souvent précaires. Ce n'est pas la bonne solution : les équipes de vente dans l'habillement ont la "chance" de ne pas être exposées en cette période, il ne faut pas multiplier les risques et penser en premier lieu à leur sécurité.  

FNW : Quel regard portez-vous sur les dérogations provisoires au code du travail présentées ce 25 mars, impliquant le possible recours dans certains secteurs à la semaine de 60h ?

EF :
Notre calcul n'est pas le même ! Si le besoin est là, pourquoi ne pas faire travailler deux personnes au lieu d'une pour atteindre ce volume horaire ? Cela permettrait d'embaucher et de réduire le taux de chômage. Il faut faire attention à ne pas inciter l'exploitation des mêmes personnes.
 

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