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17 mars 2021
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En 2020, les centres commerciaux français ont perdu un quart de leur chiffre d’affaires

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17 mars 2021

Alors que deux-tiers de ses actifs sont toujours fermés en France, le secteur des centres commerciaux a livré ce mercredi son bilan de l’année écoulée et a déroulé les multiples enjeux en cours, qu’il s’agisse du calendrier de réouverture, des indemnisations, de la vacance et du recul des nouveaux projets lancés. Premier enseignement chiffré? En 2020, les pôles de shopping tricolores ont vu leurs chiffres d’affaires reculer de 25,7%, tandis que leur fréquentation a fléchi de 28,1%.


Évolution des ventes au long de l'année 2020 (en grisé les mois de confinement) - CNCC


Si l’on se concentre sur les mois d’ouverture, hors confinements donc (mars, avril, mai et novembre exclus), la baisse de revenus se fixe à -6,4%, et le trafic accuse une baisse de 12,4% par rapport à la même période en 2019 (qui était une année référence, la meilleure depuis dix ans). Le différentiel entre le niveau de ventes et de fréquentation s’explique par de meilleurs taux de transformation et des paniers moyens plus élevés.

"Les centres commerciaux n’ont réellement eu que six mois pleins d’activité l’an dernier, décrit Sébastien Allo, directeur des études du Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC). Hors confinement, les pôles d’attraction régionale (-6,3%) et ceux situés en cœur de ville (-9%) ont été les plus impactés, tandis que les centres intercommunaux (-3,9%), situés en périphérie, ont mieux résisté".


Évolution annuelle de la fréquentation des centres commerciaux - CNCC


La fortune fut diverse selon les différents secteurs d’activité: en centre commercial, l’équipement de la maison a clos l’année avec la baisse la plus limitée, de l’ordre de -13,7% (+5,1% hors confinements), tandis que le divertissement (incluant les cinémas, -59%), les services (comprenant les agences de voyage, -55,7%) et l’équipement de la personne (-29,7%) ont fortement souffert.

"Un transfert s’est notamment opéré vers les ventes en ligne, la crise ayant fait gagner quatre ans de développement au e-commerce en France selon la Fevad, rappelle Sébastien Allo. Et les ventes en ligne des enseignes physiques ont bondi de 53% l’an dernier".

En ce début d’année, la période des soldes d’hiver n’a pas été très propice pour l’activité en centre commercial. Les stocks étaient importants, cependant le CNCC indique que le report de cette période de promotions, la mise en place du couvre-feu puis la fermeture des grands centres commerciaux ont lourdement pénalisé ce circuit de vente. La baisse de fréquentation des pôles de shopping a ainsi atteint -40% en moyenne durant les soldes d'hiver.

Une réouverture en avril ?



Malgré ce constat peu engageant, le CNCC affiche des raisons d’optimisme: l’épargne des Français est "en forte hausse" (encore faut-il la transformer en consommation), la campagne de vaccination devrait s’accélérer, et la réouverture des centres avec un protocole renforcé va se dessiner. Une réunion qui s'est tenue hier avec Alain Griset (ministre délégué auprès du ministre de l’Économie) a évoqué la mise en place d’un plan de réouverture phasé, sans toutefois évoquer un calendrier précis. Jacques Ehrmann, le président du CNCC, table sur une réouverture des pôles fermés en avril, puisqu’un préavis de réouverture "de trois semaines" a été évoqué.
 


Les 838 centres commerciaux français (38.800 commerces) représentent 129 milliards d’euros de ventes et 5% du PIB. - CNCC


Autre dossier sur la table, celui de l’indemnisation des commerces actuellement fermés. Au-delà des aides déjà promises aux commerçants, un décret serait à venir pour un remboursement total des charges des points de vente au rideau baissé (y compris les loyers pour les acteurs de toutes tailles), mais le feu vert de la Commission européenne se fait attendre.

En outre, le CNCC se félicite qu’au plus fort de la crise, des aides aient pu soutenir les entreprises (activité partielle, PGE, fonds de solidarité et indemnisation des loyers et charges locatives), et indique que les bailleurs ont abandonné en moyenne entre 1 mois et demi et 3 mois de loyer selon les foncières et les contreparties proposées. "Les foncières ont payé de leur poche, et même si le sujet a été très disputé l’an dernier avec les enseignes, les négociations se sont -avec du recul- passées convenablement", commente Jacques Ehrmann à propos du bras de fer du printemps 2020.

Les enjeux institutionnels pour 2021



Sur le sujet de la loi Climat, le CNCC s’oppose à l’article 52 qui interdirait la création de nouvelles surfaces commerciales. "On milite pour une écologie incitative et non punitive, on a l’impression que le commerce est le bouc émissaire, alors que des outils sont déjà existants, comme la loi Elan par exemple", indique Dorian Lamarre, directeur des affaires publiques du CNCC, ajoutant que les nouvelles créations sont déjà en forte baisse. "Le pays commence a être convenablement équipé en centres commerciaux, il faut arrêter de vouloir construire le ‘énième centre meilleur que le voisin’, cependant cela peut être justifié dans les zones frontalières ou de démographie très forte", renchérit Jacques Ehrmann.

Il préconise plutôt les rénovations-extensions. Mais aussi la reprise de friches commerciales, par la mise en place souhaitée d’une prime à la reconversion des sites, qui permettrait la suppression et le transfert des mètres carrés de commerces qui sont "des passoires thermiques ou de vieilles boîtes à chaussures, pour les orienter vers des centres commerciaux qui ont de la place ou vers les centres-villes". Soit la même logique que la prime à la casse pour l’automobile. Autre solution proposée? Une incitation fiscale à la reprise de friches, par une exonération de taxe foncière pendant cinq ans.


Le projet mixte Ode à la Mer (mené par Frey à Montpellier), a été annulé à l’été 2020 par la métropole - Frey


Alors que l'année 2020 a vu sortir de terre moitié moins de centres commerciaux que l'année précédente, et que les nouveaux projets se sont considérablement réduits pour 2021, 100.000 mètres carrés de nouveaux commerces sont tout de même prévus pour ce premier semestre. Mais sont pour certains paralysés. Ces sites courent "un risque non négligeable du fait des restrictions sanitaires". Le Conseil souhaite donc pouvoir protéger les droits acquis en obtenant une prorogation des autorisations durant 24 mois "pour sécuriser les investissements déjà engagés" par les foncières.

Quelles solutions pour pallier la vacance ?



Selon la direction du CNCC, la vacance commerciale dans les centres tricolores a doublé l’an dernier, "passant de 2 à 4% chez les uns, ou de 3 à 6% chez d’autres". Néanmoins, pour mesurer réellement l’impact de la crise, le taux de vacance dans les mois à venir sera à suivre de près. Pour Jacques Ehrmann, il faut revoir le mix merchandising des centres: "On a par le passé laissé trop de place au textile et à la chaussure, soit environ 35 à 40% des surfaces de vente, et c’est trop. Petit à petit, il faut viser au maximum un quart de l’offre pour l’équipement de la personne, et allouer des surfaces supplémentaires à la restauration et aux loisirs".

L’installation de DNVB en format physique, de commerces solidaires et de spécialistes des circuits courts sont aussi cités comme des relais de croissance. Sont également en réflexion l’ouverture des centres à des usages non commerciaux, comme l’implantation de data centers, ou la prise en compte des centres commerciaux comme des bases logistiques avancées pour la livraison à domicile.  En combinant donc commerce physique et digital. Le CNCC appelle toujours à rétablir l’équité fiscale avec les pure-players, en assujettissant leurs entrepôts e-commerce à la TASCOM, ce qui dégagerait des ressources que le Conseil souhaiterait voir allouées aux reconversions urbaines et friches commerciales.

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