Eric Mertz (FNH) : "Il est temps de provoquer de grandes Assises de l’habillement"

La FNH a un nouveau président. En capitalisant sur les avancées politiques apportées par son prédécesseur, Bernard Morvan, Eric Mertz entend développer sa propre approche, centrée sur le métier, pour accompagner et fédérer les commerces les plus exposés. Et cela d’autant plus que le nouveau dirigeant estime que le marché est à un point de bascule, d’où son souhait de réunir autour de la table les acteurs du textile/habillement pour tenter de « sortir de la crise par le haut ».


Eric Mertz - FNH

FashionNetwork.com : Dans quel état d’esprit les détaillants indépendants ont-ils débuté les soldes ce mois-ci ?

Eric Mertz : Nous sommes dans une crise où, déjà, les consommateurs n’attendent plus les soldes. Les promotions sont partout et cela a tué ce rendez-vous. Et les gilets jaunes ont agi en tant que facteur aggravant. Les premières données font état d’une baisse de 20 % des ventes sur le mois de décembre qui, je le rappelle, compte normalement double. La Fevad annonce qu’il n’y a pas eu de report, avec une croissance dans la lignée de ce qu’ils ont connu tout au long de l’année. La proposition de Françis Palombi (Confédération des commerçants indépendants) d’avancer les soldes n’a fait que rendre la fin d’année plus atone, au moment où on relevait déjà du -30, -50 % chez nos adhérents entre Noël et le jour de l’An. Et le 26 décembre, certaines enseignes étaient déjà en ventes privées.

FNW : Les enseignes tendent à entraîner les indépendants dans la course aux promotions. Comment réagissent-ils ?

EM : Parmi les indépendants, vous avez une majorité qui est en survie ou en réanimation pour certains. Ce sont souvent des gens que l’on a du mal à fédérer, qui n’ont pas de salariés, que l’on devrait davantage accompagner en termes de professionnalisation. Et nous comptons y travailler. Ma mission sera d’une part de soutenir nos adhérents, mais aussi d’aller en chercher de nouveaux en renforçant l’attractivité de la branche. Sachant que le secteur compte 35 000 entreprises, c’est un gros travail. Pour répondre à votre question, une très grande majorité d’indépendants refuse de rentrer dans cette prolifération anarchique. Et cela même si le Black Friday s’est imposé à nous. Nous, nous faisons les ventes privées de façon différente, en travaillant sur un fichier client et généralement en envoyant des SMS. Sans affichage en boutique. Cela va aux clients qui nous font fonctionner toute l’année, comme un retour pour la confiance qu’ils nous accordent. Je pense donc que les indépendants sont mieux armés que les enseignes. Mais je pense que l’année 2019 va être une année assez difficile.

FNW : Année difficile pour quelles raisons ?

EM : En 2012 et 2016, le commerce indépendant a été lourdement touché puisque l’on a perdu environ 15 000 boutiques. Aujourd’hui, force est de constater que ce sont les grandes enseignes qui perdent énormément d’emplois. Je pense que l’année sera difficile car nous sommes à un point de bascule intéressant. Si nous voulons sortir de la crise par le haut, je pense qu'il est temps de provoquer de grandes Assises du textile et de l’habillement, qui permettraient à tous les acteurs de s’exprimer, de redonner du sens en fonction de nos positionnements marketing respectifs et de favoriser l’arbitrage des clients. Si vous avez envie d’acheter un produit d’entrée de gamme dont le prix n’est pas fondé sur la qualité, tant mieux, mais autant le savoir dès le départ. Ce type d’approche restaurerait la confiance. Mais on ne pourra pas le faire tout seul. Nous aurons besoin d’influenceurs pour animer ces échanges. Et certaines grandes marques internationales ne sont pas contre l’idée de s’assoir à la table. Dix ans de crise. Dix ans de crise, c’est important. Alors si aujourd’hui nous ne sommes pas capables de nous mettre autour d’une table pour en parler, ce sera un constat d’échec.

FNW : Quelles mesures souhaitez-vous voir adoptées à plus court terme ?

EM : Il faut des solutions de sortie de crise à 3-6 mois. Nous avons fait des propositions adaptées aux TPE, avec la demande d’un guichet unique pour la Direccte (Direction régionale entreprise, concurrence, consommation, travail et emploi). Car quand vous avez trois magasins dans trois départements, cela nécessite trois dossiers, avec des demandes spécifiques pour chaque zone. Sachant que l’on parle de TPE où les chefs d’entreprise sont également en magasin et n’ont donc pas de temps administratif pour les demandes de report de TVA, de report de CFE, d’avances de CICE... Avances dont on sait de toute façon qu’elles n’ont pas été accordées en raison de dysfonctionnements notoires. Donc il faut un guichet unique et ce seront ensuite aux bureaux départementaux de revenir vers les commerçants. Il faut également la création immédiate d'un fonds d’intervention d’urgence en trésorerie, qui serait porté par la BPI, sur laquelle l’Etat à la main, ce qu’il n’a pas sur le réseau bancaire normal. Cela permettrait des prêts en dépassement de découverts, d’un faible montant, sur de la courte et moyenne durée. Nous avons fait part de ces demandes au ministère, pour des retours plutôt favorables, sachant que l’on nous a demandé des détails sur la façon dont nous verrions l’organisation. Je pense donc que l’on intéresse.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2019 FashionNetwork.com

Mode - Prêt-à-porterBusiness
INSCRIPTION À LA NEWSLETTER