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Eric Mertz (FNH) : " Nous ressentons un manque de dialogue et de confiance de la part du gouvernement"

Publié le
1 sept. 2020
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Le président de la Fédération nationale de l’habillement le concède, même s’il a fermé temporairement ses magasins à la fin des soldes, il n’a certainement pas "coupé" durant l’été. Pour FashionNetwork, le dirigeant de l'organisme qui représente plus de 30 000 commerçants indépendants revient sur le décalage des dates des soldes et aborde les enjeux de la rentrée et les défis qui attendent le secteur.
 

Eric Mertz - FNH


FashionNetwork.com : A l’heure du déconfinement, plusieurs voix s’étaient élevées, dont la vôtre, pour un décalage des dates des soldes. Vous avez eu gain de cause. Comment se sont déroulés ces soldes d’été?

Eric Mertz :
Avant d’analyser les chiffres, il faut préciser que ces soldes se sont déroulés dans un contexte sanitaire, social et économique exceptionnel. Et en aucun cas, cela ne remplace le 1,4 milliard d’euros perdu avec le confinement. Ceci dit, entre le 11 mai et le 11 août, les commerçants indépendants ont vu leur activité enregistrer -3%. Au regard du contexte, c’est un signe que nos activités ont une force de résilience et font partie des forces vives de l’économie. Je n’aurais pas parié sur un tel résultat mi-mai.

FNW : Et dans le détail qu’est-ce que cela a donné?

EM :
Nous avons enregistré un recul de 20% par rapport à 2019 sur les trois dernières semaines de mai, suivi de -12% en juin. Puis nous avons réalisé +6% en juillet et au final nous terminons à -3%. Il ne faut pas négliger l’effet sanitaire. Et là, il faut intégrer que les commerçants indépendants ont la confiance de leurs clients; ils ont pris de leurs nouvelles durant le confinement, envoyé des SMS, des mails. C’est ce lien local, avec 80.000 emplois et des structures principalement en centre-ville sur des surfaces de 80 à 150 mètres carrés, qui a pu rassurer les clients qui n’avaient pas forcément envie de retourner dans les grands centres commerciaux.
 
FNW : Pourtant le décalage des soldes a été très décrié par plusieurs acteurs. Certains avancent que cette décision a pénalisé l’activité en juin.

EM :
Je maintiens que le décalage des soldes a permis d’éviter le pire sur la période. D’ailleurs, 70% des multimarques que nous avons interrogés ont apprécié celui-ci. Ensuite, ce qui est certain c’est qu’il y a une disparité géographique. Du 11 mai au 14 juillet, nos villes de bords de mer et les stations de montagne étaient en grande souffrance. Ensuite ce sont les commerces franciliens qui ont fait face à un grand vide. Mais ce sont surtout l'absence des touristes internationaux qui leur a fait défaut. Au niveau national, les succursalistes ne donnent pas leurs chiffres sur la période de soldes. Mais je pense qu’ils ne s’en sortent pas si mal. Sans cela les chiffres de la Banque de France ne créditeraient pas le secteur d’un +6% en juillet. Toutefois, cela appelle une autre réflexion.

FNW : C’est-à-dire?

EM :
Il va falloir une grande discussion autour de la date des soldes. Prenons exemple sur l’Allemagne. Là-bas, quelques années après la dérégulation, 80% des acteurs choisissent d’avoir une dizaine de jours de soldes mi février et une dizaine de jours mi-juillet. Il faut intégrer qu’il y a des calendriers différents selon les régions et selon les types de produits. Le prêt-à-porter n’a pas le même rythme que le balnéaire, etc. Si on veut réduire l’érosion continue des soldes depuis dix ans, il va falloir se poser des questions.

FNW : Et comment les acteurs indépendants envisagent-ils la rentrée? Quelles sont les perspectives avec le plan de relance qui va être annoncé jeudi?

EM :
Ils se préparent à la rentrée. Mais ils sont face à un poteau noir actuellement et savent que cela va être très compliqué. Ces entreprises ont besoin de visibilité. Elles apportent des emplois locaux, sont garantes aussi d’un lien social dans les villes. Je suis persuadé qu’elles peuvent être un tremplin formidable pour les acteurs de la production made in France. Cependant étant donné l’impact de la première vague de la pandémie de Covid-19, il faut agir vite et fort.

C’est pourquoi nous avions répondu à Alain Griset (ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, ndlr) et avons proposé un plan de soutien et de transformation des commerces de mode indépendants. Celui-ci coche les attentes du gouvernement car il vise la digitalisation de 27.000 TPE du secteur en 600 jours, mais aussi la modernisation des points de vente et leur transition énergétique. Mais pour cela, avec des sociétés lourdement endettées, il faut un soutien volontaire de l’Etat. Nous avions chiffré la création d’un fonds de 205 millions d’euros. Force est de constater que le gouvernement ne nous répond pas.

FNW : Vous dites ne pas avoir de réponse?

EM :
Nous avons fait parvenir ce plan à Alain Griset, à Bruno Le Maire, à Agnès Pannier-Runacher, à Matignon et à l’Elysée. Nous n’avons eu aucune réponse. Le Premier ministre a parlé de dialogue et de confiance. Nous ressentons un manque de dialogue et de confiance. Je ne comprends pas que personne ne réponde. Nous apportons une proposition détaillée et représentons une branche de 33.800 entreprises et 80.000 salariés. Mais si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’Etat, nous engagerons ce plan sans lui. Nous sommes déjà en lien avec des prestataires. Nous mettons en place une plateforme d’achats et un groupement d’employeurs.

FNW : L’autre sujet qui commence à émerger est le remboursement des prêts garantis par l’Etat. Le ministre de l’Economie explique négocier avec les banques. Quel enjeu cela représente-t-il pour les commerçants indépendants?

EM :
Ecoutez, la question n’est pas tant de savoir quel sera le taux de remboursement. Mais plutôt de savoir si les entreprises pourront rembourser. Pour la fin de l’année, nous nous attendons à ce que le chômage pèse sur la consommation. Les prêts nous ont permis de compenser les pertes de deux mois d’arrêt d’activité. Le taux d’endettement était de 29% et il va monter à 45%. Donc là, on ne sait pas comment payer ces PGE. Cela concerne 14.976 entreprises sur 33.800 de la branche.

FNW : Mais vous devrez bien rembourser?

EM :
Oui mais nous voulons, comme le gouvernement, une relance durable et créatrice d’emplois. Nous avons fait des propositions concrètes comme prolonger l’activité partielle de longue durée pour les entreprises du secteur, à l'instar de ce qui se pratique dans l’hôtellerie-restauration. Nous allons travailler dans les prochains jours pour aboutir à un accord de branche sur ce point avant fin septembre. Nous avions aussi demandé l’exonération des cotisations patronales acquittées ou reportées durant les mois de mars à juin.

Et sur les PGE, qui concernent près de la moitié des entreprises de la branche, nous avons proposé un report différé du remboursement, ce qui repousserait au deuxième trimestre 2022, avec un amortissement de 5 à 10 ans. D’après nous, cela permettrait la relance et même de l’investissement. Sans cela, le deuxième trimestre 2021 pourrait être catastrophique.
 

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