Fabrizio Servente (Woolmark) : “La demande en laine augmente grâce à nos initiatives et au sportswear”

The Woolmark Company se présente en autorité internationale de la laine mérinos. A travers son vaste réseau de collaborateurs dans le monde de l’industrie textile et de la mode, elle a vocation à mettre en évidence la place de la laine mérinos comme fibre naturelle et ingrédient des marques de luxe. L'entreprise est une filiale de l'Australian Wool Innovation, une entreprise à but non lucratif dont sont propriétaires plus de 60 000 éleveurs de moutons mérinos. Celle-ci investit dans la recherche, le développement et le marketing au niveau mondial tout au long de la filière. Le logo Woolmark, né en 1964, souhaite représenter l’excellence et l’innovation de cette production, en partant des fermes jusqu’au produit fini. Son but est d’agir comme garantie indépendante de qualité de chaque produit auquel elle est appliquée (plus de 5 milliards à ce jour). FashionNetwork.com a parlé avec Fabrizio Servente, conseiller stratégique international de The Woolmark Company, du prix de la laine, des prochaines collaborations de l'entreprise et des nouveautés au sujet de l'International Woolmark Prize, dont la finale aura lieu le 16 février à Londres.


Fabrizio Servente - Gianluca Bolelli - FashionNetwork.com

FashionNetwork.com : Pourquoi le prix de la laine a autant augmenté ces dernières années ?

Fabrizio Servente : Pour deux raisons. Tout d’abord, la demande de laine fine a beaucoup augmenté tout comme celle de la laine australienne mérinos, surtout de la part des marchés asiatiques de grands volumes comme la Chine ; et ce grâce à nos initiatives et campagnes de communication, et au retour de la laine dans le sport, en particulier ces cinq dernières années. Aujourd’hui, au salon Ispo de Munich, nous pouvons voir que la moitié des stands d'habillement sportif comprennent de la laine dans leurs collections. Il y a 60-70 ans, il n’y avait que de la laine dans le sportswear, puis elle a disparu. Les prix ont augmenté, doublé en quelques années. Ils se sont désormais stabilisés, parce que plusieurs marchés ne peuvent plus soutenir cette hausse constante d’abord. Ensuite, les plus basses qualités ont commencé à créer des blends avec du polyester, parfois en n’ajoutant que 5 % de ce matériau.
 
FNW : Et la deuxième raison ?

FS : Une incroyable sécheresse a nettement réduit la production en Australie. D’un autre côté, cet événement a évité la chute des prix qui se serait confirmée avec une situation de très haute production et de prix élevés. Ainsi, la valeur atteinte par le prix de la laine, en moyenne, est passée de 21 dollars australiens à 20,50 dollars. Mais une quantité réduite signifie également une réduction des revenus pour les producteurs de laine. Maintenir les prix à ce niveau a contribué à contenir cette diminution.
 
FNW : Parmi les stands de MilanoUnica, nous avons pu admirer des productions de très haut niveau et toujours plus centrées sur la laine...

FS : C’est ce qui nous protège de tout inversement de la tendance, parce que cela signifie offrir sur le marché quelque chose de vraiment unique, vraiment innovant, de très haute qualité et avec la créativité dont sont capables les tisserands italiens. La demande de laine vient majoritairement des Chinois. 80 % de la laine australienne (comme matière première) s’envole vers la Chine; mais tout ne reste pas dans le Céleste Empire, bien que les premières phases de la chaîne y sont réalisées, le lavage, le top making, etc. Une partie de ces 80 % arrive en Europe pour être travaillée. La laine est ensuite consommée principalement par les nations les plus peuplées au monde et dans ce cas aussi, la Chine en fait partie, grâce au marché des uniformes des cheminots, du personnel de la poste, des policiers, de l’armée, etc. : la laine est la fibre de base pour les réaliser.
 
FNW : Dans une optique éducative et de soutien aux jeunes designers, vous avez relancé avec succès depuis plusieurs années l’International Woolmark Prize. Qu’en pensez-vous ?

FS : C’est la reconnaissance « antique » de Woolmark, qui dans les années 1960 avait même récompensé Karl Lagerfeld ou Yves Saint Laurent, entre autres. La finale aura lieu cette semaine à Londres, les participants sont les vainqueurs des sélections réalisées sur tous les continents. Trois catégories : homme, femme et innovation. Le prix de l'innovation a été introduit depuis plusieurs années et est une reconnaissance assez unique dans le monde. Son importance réside dans le fait que les clients deviennent toujours davantage « curieux » de ce qu’ils achètent et veulent comprendre précisément comment et de quoi est fait un produit et quel sera son impact sur l'environnement. Cette envie se retrouve à nouveau chez les millennials et aussi chez les post-millennials, ou la génération Z. Donner un prix au plus innovant en suivant les logiques de la demande des nouveaux marchés et des nouveaux consommateurs me semble une chose extrêmement intéressante.


Le sweat-shirt « Addict » de Fusalp

FNW : The Woolmark Company continue dans le même temps sa longue série de collaborations dans le but de valoriser laine et créativité. Quelles ont été les dernières en date ?

FS : 
Au dernier salon Pitti Filati, qui s’est tenu en janvier dernier à Florence, nous avons présenté un projet avec Napapijri, STOLL, Zegna Baruffa Lane Borgosesia et Südwolle. Un brief créatif, sur le thème Fashion and Performance a été proposé aux étudiants de CKD, avec une attention particulière au concept « Make It Better ». Les étudiants devaient développer des pièces sportives et performantes qui puissent être utilisées dans diverses occasions, avec une attention particulière à l'aspect fashion & design, en respectant l’ADN de Napapijri, qui se manifeste dans la recherche constante d’alternatives durables afin de réduire ultérieurement l’utilisation de fourrures et de plumes et en utilisant aussi des fibres de laine. Neuf étudiants de CKD ont créé autant de tenues qui feront partie d’une capsule collection de Napapijri.

FNW : Il y a également eu un projet lié à votre The Wool Lab ?

FS : Oui. CKD Master a interprété pour The Woolmark Company un projet dédié au Knit-Tech–Knitwear Evolution. Les échantillons réalisés en collaboration avec STOLL ont été insérés dans le projet printemps-été 2020 The Wool LabPreview, notre guide saisonnier qui rassemble les meilleurs tissus et fils de nos archives, alors que la recherche artisanale des étudiants de CKD Master a été insérée dans le guide d’inspiration fonctionnelle avec des tissus et fils de laine disponibles dans le commerce The Wool Lab, présenté comme à son habitude à MilanoUnica.
 
FNW : Enfin, The Woolmark Company a collaboré avec l’historique marque française d'habillement pour la montagne Fusalp...

FS : Fusalp a été le créateur en 1952 des premiers pantalons techniques « fuseau » qui ont révolutionné l'univers du ski. Pour la saison automne-hiver 2018/19, nous avons lancé avec eux la première collection capsule de pulls et cardigans en laine mérinos certifiée par The Woolmark Company et réalisée en utilisant des fils italiens 100 % à base de laine mérinos australienne. La capsule « Fusalp x Woolmark » se compose d’un sweat-shirt (« Addict »), d’un cardigan zippé (« Skiing »), d’un pull (« Wengen III ») et de sa version zippée (« Wengen Fizz II »).

Traduit par Sonia Broyart

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