Fashion Week milanaise : défilés ou spectacles ?

Alors que pas moins de 11 griffes boudent les podiums milanais cette saison, celles qui sont restées dans le calendrier ont sorti le grand jeu. Jamais on n’avait vu un tel déploiement de moyens pour transformer les défilés en véritables happenings durant la Semaine de la mode masculine de Milan. Champagne coulant à flot, danseurs, musique, prouesses technologiques, sans oublier les célébrités…
 
Ambiance festive au défilé de Dolce & Gabbana - © PixelFormula

Les couturiers ont rivalisé de créativité pour offrir à leur public des moments inoubliables. Et peu importe si les regards étaient davantage rivés sur les effets spéciaux que sur la collection elle-même.
 
Cette atmosphère festive s’était déjà fait sentir à Florence au Pitti Uomo, entre le défilé « rave party » de Raf Simons et la chorégraphie façon comédie musicale conçue par la marque japonaise Visvim.

Pour son tout premier défilé, Hiroki Nakamura est parvenu à marquer les esprits avec un boogie-woogie endiablé dansé par des marins et des recrues de l’armée américaine au milieu des mannequins. L’un des plus beaux événements du salon, selon les habitués.
 
En ouverture de la semaine milanaise, vendredi soir, Dsquared2 a donné le ton à son tour. Pour accéder au défilé, le public devait s’engouffrer dans un long tunnel sombre rappelant l’ambiance des boites de nuit.

S’inspirant de la mouvance musicale londonienne des années 1960-70-80, la collection offrait un habile mélange d’époques et de pièces commerciales et excentriques.

Les danseurs du défilé Visvim au Pitti Uomo de Florence - Pitti Immagine (photo Vanni Bassetti)
 
Tous les styles étaient au rendez-vous : chapeau pork pie et chemisette à damier avec fines bretelles pour un look Mods, voire Ska ; jeans déchirés et tâchés à l’eau de javel avec piercings et chaines autour du cou façon skinheads.

Mais aussi blousons et parkas camouflage pailletés portés sur pantalons argentés et tricots en lurex pour disco boys. Et, cerise sur le gâteau, des boots strassées fuchsia à talons vertigineux hyper glam, pour un effet drag queen garanti.
 
En sortant du show, les spectateurs étaient invités par les créateurs Dean et Dan Caten en personne, chaussant de longues cuissardes étincelantes, à se rendre sur le toit de leur siège milanais, dans leur restaurant Ceresio 7, avec piscine et vue imprenable sur la nouvelle skyline de Milan, où les attendait un jeune DJ londonien pour danser jusqu’au bout de la nuit.
 
Au lendemain, samedi 18 juin, Domenico Dolce et Stefano Gabbana frappaient eux aussi un grand coup en transformant leur théâtre (l’ex-cinéma Metropol) en club des années 1920 avec l’orchestre jazz Hot Sardines.

Ses six musiciens, sa chanteuse et son danseur de claquettes accompagnaient en live le défilé, qui se concluait avec l’arrivée sur le podium des deux stylistes sabrant le champagne et offrant des coupes à tous les convives sous une pluie de confettis dorés !

La chorégraphie du défilé Versace - Instagram
 
Dans l’après-midi, c’était au tour de Versace de proposer un autre grand moment d’émotion. Sur deux énormes écrans blancs défilaient les images de backstage de la campagne publicitaire signée Bruce Weber avec Gigi Hadid et un groupe de danseurs.

Suivait un défilé très chorégraphique, accompagné par une série de morceaux inédits de Prince, envoyés par le chanteur à Donatella Versace il y a plus de six mois.
 
En fin de journée, Philipp Plein, déjà adepte des défilés-spectacles, ne pouvait que surenchérir. A l’enseigne de la démesure, il a transformé un pavillon de l’ancienne foire de Milan en un gigantesque terrain de basket de la ligue américaine avec présentateur, popcorn, pom-pom girls et mascottes s’exhibant dans une série de scénettes sous les lasers qui balayaient l’espace.

Ne manquaient ni les incontournables célébrités, de Paris Hilton au joueur de football Mario Balotelli, ni le rappeur Busta Rhymes en chauffeur de salle.
 
Le défilé a commencé avec plus d’une heure de retard, et du haut des gradins réservés à la presse et aux acheteurs, il était bien difficile de distinguer les vêtements.

Mais le spectacle à lui seul importait, avec tableaux lumineux présentant chaque mannequin tel un joueur de la NBA et le ballet incessant des mannequins traversant la piste dans tous les sens avec des looks fluorescents pour une garde-robe que l’on devinait sportive et technologique.

Les pom-pom girls du défilé Philipp Plein - Instagram
 
Dehors, attendant avec patience la fin du défilé, une file interminable de jeunes fans se pressait pour pouvoir accéder à la soirée after-show de Philipp Plein.

Le styliste allemand recevait quant à lui ses hôtes pour un dîner select à une longue tablée… installée en haut des gradins avec vue plongeante sur la fête ! Et chacun de prendre photos et selfies, immédiatement postés sur les réseaux sociaux.
 
Les looks des défilés traditionnels, qui faisaient jusqu’à peu le tour du monde sur le Web juste après le show, ne semblent plus suffire au public des Millenials, toujours plus assoiffés de nouveautés et de sensations. La bataille s’annonce rude pour les marques de luxe.

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