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Fashion Pact : pour les ONG, c’est le modèle qu’il faut changer

Publié le
today 28 août 2019
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Le "Fashion Pact" présenté le 23 août à l’Elysée, et trois jours plus tard au G7 à Biarritz, est unique par le nombre de grands groupes impliqués, allant des géants de la fast-fashion comme H&M et Inditex aux fleurons du luxe tels que Kering et Hermès en passant par les équipementiers sportifs Nike et Adidas. Il laisse néanmoins les organisations non gouvernementales critiques face à une taxe reposant uniquement sur le volontariat et dont la mise en œuvre n'a pas encore été discutée.


Présentation du Fashion Pact à l'Elysée le 23 août - Elysée.fr


Ainsi, l’organisation de protection des animaux WWF, citée en référence par les instigateurs du pacte, se montre particulièrement prudente quant à la portée du texte, dont l’un des trois aspects est la préservation de la biodiversité. « On a eu un doublement de la consommation de vêtements dans le monde entre 2000 et 2014 », explique à l'AFP Pierre Cannet, codirecteur de programme de WWF France. « S'il s'agit de vendre toujours plus en mettant des énergies renouvelables, ça ne suffira pas. Il faut revoir le modèle, réduire la production, faire des vêtements utilisables plus longtemps, qui n'émettent plus de microplastiques quand on les lave et qui sont produits durablement. »

Un discours qui rejoint celui du collectif Ethique sur l’Etiquette, davantage impliqué dans la responsabilité sociale des entreprises. « Depuis trois décennies, les multinationales ont multiplié les engagements volontaires de ce genre sans jamais envisager la refonte d’un modèle dévastateur », indique l’organisme. « Nike a signé le "Fashion Pact", mais lance un abonnement (…) permettant de recevoir jusqu’à dix paires par an ; H&M réfute le terme même de "fast-fashion" ; Inditex refuse de rendre compte aux consommateurs ou à la société civile. Ce pacte peine à convaincre par l’écart entre les déclarations et les actes. »

Pour Greenpeace, le "Fashion Pact" n'est autre qu'une « énième poudre aux yeux», sans regard indépendant sur les avancées que les entreprises revendiqueront lors de réunions censées se tenir chaque année. « Il est indispensable de réguler cette industrie, indique l’ONG. Au lieu de ça, Emmanuel Macron a confié à une trentaine d’acteurs de la mode le soin de se fixer leurs propres normes, créant une situation de conflit d’intérêts évidente. C’est avant tout à l’Etat de réguler ce marché, par la loi ». 

"Le meilleur policier n’est pas l’Etat"

Un discours sans surprise aux antipodes de celui tenu par Kering, dont le dirigeant François-Henri Pinault est le maître d’œuvre du pacte. « Dans la mode, le meilleur policier, ce n’est pas un Etat, c’est le consommateur, le citoyen », expliquait la semaine passée Marie-Claire Daveu, directrice du développement durable et des relations institutionnelles internationales de Kering, devant des journalistes s’étonnant de cette absence de regard indépendant sur les futures avancées. « Ce qui nous importe, ce ne sont pas les moyens mais les résultats, pour la porte-parole. A partir du moment où les CEO mettent leur nom sur ce document, il faudra qu’il y ait des effets derrière. »


François-Henri Pinault et Emmanuel Macron le 23 août à Paris - Jean-François/Modds pour Kering


Pour Marie-Claire Daveu, la sanction en cas de non-respect des engagements viendra avant tout des réseaux sociaux, avec des dommages potentiellement « très importants » sur l’image des marques. Un argument repris par le ministère de la Transition écologique lui-même, qui mise sur « les influenceurs et les ONG, très vigilants sur le décalage possible entre discours et actes ». Des ONG qui, pour autant, n’ont pas été consultées dans l’élaboration du projet. Kering affirme qu’elles pourraient cependant avoir un rôle à jouer, puisqu'elles sont déjà impliquées dans certaines initiatives écoresponsables que le pacte à pour vocation de fédérer.

Un pacte précipité ?

Entre la présentation du projet à la presse le 22 août et celle au président de la République le lendemain, le nombre de signataires est passé de 30 à 32, avec l’arrivée in extremis de la maison Karl Lagerfeld et du portail de vêtements de luxe MatchesFashion. Le signe de ce qui pourrait être au final la véritable faiblesse du pacte : sa précipitation. C’est mi-mai qu’Emmanuel Macron avait missionné François-Henri Pinault. Mais depuis, la communication du pacte a dû se plier au calendrier du G7.  « M. Pinault a mouillé la chemise cet été », confie Marie-Claire Daveu.

Or cette célérité, remarquable pour un projet de cette ampleur, introduit le risque d’un retour de flamme. Nombre de consommateurs, sous un feu nourri de labels "green" ou de polémiques comme celle ayant touché Better Cotton Initiative en 2017 en France, ont en effet développé une méfiance quasi instinctive pour les déclarations écologistes des enseignes de mode, quand bien même leur contrôle est parfois confié à des organismes indépendants. Or pour ce pacte n’imposant aucune contrainte ou contrôle, rien ne semble avoir été préparé en termes d’image pour contrecarrer les attendus soupçons de greenwashing.

L’enjeu est d’envergure car sur ce sujet un écart existe entre les consommateurs et les marques comme le soulignait fin 2018 l'Institut français de la mode. Après enquête, l'organisme indiquait que seules 8 % des enseignes plaçaient le développement durable au cœur de leur stratégie pour 2019. Là où, en face, pas moins de 20 % des consommateurs indiquaient avoir acheté un produit de mode responsable en 2018.
 
Le Fashion Pact pourrait donc être une réponse. Reste à savoir quels seront les engagements concrets. Dans cet esprit, François-Henri Pinault réunira en octobre prochain les signataires du document pour en définir le mode d’application.

 

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