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Fashion Revolution : les créateurs français sur tous les fronts

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today 25 avr. 2019
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La conférence « Who Made My Clothes » était le 24 avril l’un des principaux rendez-vous de la Fashion Revolution Week, qui se tient jusqu'au 28 avril. Une table ronde qui a réuni face à une foule dense un panel d’entrepreneurs et créateurs tentant d'ouvrir différentes voies vers une mode plus responsable.


Le succès de la conférence a très largement dépassé l'affluence prévue dans La Maison des Économies Sociales, Solidaires et Innovantes - MG/FNW


Dire que le rendez-vous a fait salle comble relève de l’euphémisme, nombre des quelque 200 auditeurs ayant religieusement écouté ces deux heures d’échanges debout, serrés dans les salles et couloirs attenants. Il faut dire que les intervenants allaient du Slip Français et de 1083 jusqu’aux vêtements made in France Ecclo et la marque en tissus recyclés Hopaal, en passant par les productions africaines d’Umoja, le design de tissus inutilisés de grandes maisons de Sakina M’sa, la marque féminine upcyclée Les Récupérables et les produits outdoor éco-friendly de Picture Organic Clothing.

Autant de profils et d’approches différents œuvrant dans une même ambition. « Tous ensemble, nous participons à la construction d’un nouveau paradigme », a résumé Sakina M’sa. « Tous les acteurs de l’industrie avancent aujourd’hui à leur rythme et avec bienveillance, y compris dans les grands groupes ». Une affirmation qui a récolté quelques protestations du panel. « Quand les Galeries Lafayette met en place Fashion for Good, cela booste le développement durable au sein de la société », juge néanmoins Anaïs Dautais Warmel (Les Récupérables), qui agrémente en revanche le « M » de H&M du mot de Cambronne. « Pour ces grandes marques, cela prend 10 centimes pour une chaussette, or cela revient beaucoup plus cher pour nos marques », relève la créative, pour qui la réflexion sur le sourcing doit s'accompagner d'un changement côté consommateur. Est d'ailleurs cité le fameux « Buy less. Choose well. Make it last » (Acheter moins, Choisir mieux. Faire durer) de Vivienne Westwood.


Campagne « I Made Your Clothes » - Fashion Revolution


« Au fur et à mesure que ces problématiques RSE deviennent grand public, le plus gros enjeu est la transparence. Pour éviter les futurs scandales, il faut tous ouvrir nos portes », insiste Florian Palluel (Picture), qui explique sa stratégie sourcing visant à maintenir des prix accessibles. « Car il faut trouver le moyen de démocratiser la vente de produits responsables », pour l'entrepreneur. Pour Thomas Huriez (1083), le mariage coupe/morphologie restera néanmoins le premier motif de fonctionnement (ou non) d’une mode durable. « La créativité est partout, il faut tenter un maximum de choses. Et surtout accepter de rater, pour retenter différemment », indique le fondateur, évoquant son projet de jeans consignés, destinés à enfermer l'offre dans un processus circulaire.

Made in et savoir-faire

Outre le recyclage des matières, la responsabilité sociale et la protection de l’environnement, le Made In France a naturellement été évoqué. « Etant basés à Biarritz, nous avons nuancé cette approche française lorsque nous avons trouvé des productions géographiquement plus proches de nous, en Espagne ou au Portugal », explique Clément Maulavé (Hopaal), qui évoque notamment comme moteur la sauvegarde des savoir-faire. « Proposer du local, c’est aussi rapprocher le consommateur de son choix d’achat », indique-t-il. De son côté, avec ses chaussures fabriquées par les porteurs de savoir-faire de coopératives africaines, Umoja a fait de cette origine une identité. « Il y a là-bas une absence totale de valorisation des productions textile. Mais on y trouve pourtant des textiles classés Patrimoine immatériel de l’Unesco. Si rien n’est mis en place, ce savoir aura disparu dans les cinq à six ans », s’inquiète le cofondateur, Lancine Koulibaly.


Campagne « I Made Your Clothes » - Fashion Revolution


Pour Rémy Renard, le premier frein au « Made in » reste pour l'heure les trous dans la filière d’approvisionnement. « Il faut composer avec les bouts de la filière qu’il nous reste », explique-t-il, mentionnant le cas du lin, dont la France est le premier producteur mondial, mais ne dispose plus des outils de transformation. « Pour recréer ces métiers chez nous, il faut réunir suffisamment de marques françaises pour s’engager sur des commandes. »

Pour Guillaume Gibault (Le Slip français), tout est question de choix de modèle. « Oui, fabriquer en France est deux-trois fois plus cher. Mais c’est une décision dont les implications dépassent le prix », explique le dirigeant, évoquant les emplois perdus dans l’industrie. « Les grosses marques ont perdu leur agilité face aux besoins d’évolution. Je pense au final que ce ne sont pas les gens qui viennent de la mode qui sont les plus à même de trouver des manières différentes de faire ». Une affirmation qui, lors de cette soirée riche en enseignements, aura récolté quelques applaudissements.

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