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Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
6 févr. 2022
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7 minutes
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Fashion Week de Copenhague : fiesta mode entre influenceurs

Traduit par
Marguerite Capelle
Publié le
6 févr. 2022

On peut dire que la Fashion Week de Copenhague, qui s’est achevée jeudi dernier, est aussi célèbre pour ses photos de street style que pour les défilés en tant que tels, et les marques exposées. Et à en juger par les événements de la semaine, sa mission principale, c’est surtout de régaler les influenceurs.




On ne peut pas reprocher aux créateurs de ne pas faire d’efforts ou de manquer d’enthousiasme, mais à en juger par ce qu’on a vu cette semaine sur les podiums, il y a une raison si les photos des invités devant les événements ont plus de succès que les tops qui défilent. La qualité des présentations comme des marques est vraiment variable.

Il y a eu une poignée de défilés vraiment marquants – notamment ceux de Soeren Le Schmidt, (di)vision, Wood Wood et Henrik Vibskov – mais dans l’ensemble, personne ne trouvera quoi que ce soit d’exceptionnel à cette saison danoise. L’essentiel du temps, elle semblait surtout là pour divertir quelques influenceurs obscurs, plutôt que les professionnel de la distribution, ou les rédacteurs de mode.  

Quelques idées fortes sont quand même sorties – abondance de gilets doudounes et d’accessoires, chaussures excentriques en deux parties, finitions industrielles, carreaux verts à n’en plus finir, superpositions survival choc et bottes vraiment monumentales. Mais la muse de la mode n’a pas vraiment donné de tempo identifiable au Danemark, cette semaine.


Photo: Division/ Instagram



Trop souvent, les vêtements ressemblaient à de mauvaises copies des créateurs influents de Londres, Milan ou Paris, le tout remixé ensemble. Du Rick Owens à foison, une bonne dose de Off/White, quelques touches de Y-3, une pointe de JW Anderson et un soupçon de Supreme.

La soirée d’ouverture du lundi offrait tout de même deux messages forts, ceux de Soeren Le Schmidt et (di)vision. Le premier était astucieusement présenté dans un carrousel, au cœur de la plus célèbre destination  touristique de la ville : les Jardins de Tivoli.

Soeren Le Schmidt



 



Les mannequins posaient dans divers tableaux de conte de fée, vêtus de smokings oversized à galons contrastants, de vestes sport en satin, de robes tombant sur l’épaule et de robes-blazer. Rien de follement neuf, mais au moins c’était un beau moment Instagram, ce qui n’est jamais négligeable dans la mode.

(di)vision



 



Et la meilleure note va à (di)vision, qui se décrit comme « une marque pluridisciplinaire » fondée par la sœur et le frère Nanna & Simon Wick. Ils ont fait coup double au Planétarium de la capitale. D’abord en présentant leur collab avec Adidas, un NFT baptisé The Ozzy Drop, sorte d’avatar de mec urbain avec des yeux exorbités. Puis, en scannant un QR code pour participer à une tombola, 10 heureuses fashionistas assistant au défilé pouvaient récupérer une tenue Ozzy gratuite. Outre une vidéo look-book plein d’insouciance, la marque a également proposé un défilé malin, et une collection très forte. Il y avait notamment des parkas de clubbing complètement dingues et maxi color block, des impers et d’excellents jeans roulés sur les hanches.

Samsøe Samsøe



 



Et pour un bon exemple du cool danois, allez voir chez Samsøe Samsøe. Rien de très révolutionnaire, mais des vêtements bien faits, frais et flatteurs. Et ils ont produit une super vidéo look-book, légèrement claustrophobe dans le genre Samuel Beckett : les mannequins défilaient le long d’un couloir sans fin, vêtues de gros tops en mohair à carreau chics, très classe, de robes découvrant une épaule et de nuisettes en soie dégradée. A l’after Samsøe Samsøe il y avait aussi un fantastique DJ et des toutes sortes de gens cool pour cette fête inclusive, organisée par une marque qui sait prendre la température de son époque.

Wood Wood


Photo: Wood Wood/ Instagram



Véritable Mecque pour teufeurs, Copenhague offre souvent de la musique live pendant les défilés, notamment chez Wood Wood, où deux super DJs animaient un espace sombre, surplombé par d’énormes zeppelins lumineux. Une collection comprenant des manteaux et blousons graphiques pleins d’audace, une collab’ avec des artistes locaux, mais aussi des sweats à capuche avec pantalon assorti, d’autres pantalons oversized à la coupe parfaite, et de super pulls à torsades et motif brisé – dont la moitié étaient bleu nuit. Et dans cette ville obsédée par les grosses boots, les meilleures idées étaient chez eux : des bottes en caoutchouc renforcé, le summum du chic et de la robustesse. 

Henrik Vibskov



 



Autre défilé mise en scène avec punch, celui d’Henrik Vibskov était un sommet d’excentricité. Premier créateur scandinave indépendant de l’histoire à avoir été intégré au programme officiel des défilés parisiens, Henrik Vibskov a toujours eu une esthétique bien particulière, un style arty qui en jette. Dans un ancien entrepôt tapissé de coussins lumineux à hauteur de genoux, nous avons vu des costumes à carreaux Nouvelle Angleterre savamment coupé avec des dhotis, des gilets et vestes de soirée rembourrées de samuraï, des tas de supers manteaux en laine noueuse en orange et carreaux, dont l’une portée par un mannequin senior, sosie de Jean-Luc Godard. Les mannequins défilaient aussi sur des compensées futuristes assemblées à la corde, dont le talon et les orteils étaient en deux parties.

Saks Potts



 



Quand on se plaint auprès des locaux du manque d’enthousiasme suscité par cette saison, ils demandent souvent si vous avez vu Saks Potts (mais avec leur accent danois, on dirait plutôt Sex Pot). En réalité, Saks Potts propose ce que la mode scandinave fait de mieux : des tenues d’extérieur élégantes et intelligemment coupées, pour des femmes pleines d’assurance. Du color block malin, une palette sûre et un sens du goût moderniste : une collection professionnelle et raffinée de la part des fondatrices Cathrine Potts et Barbara Saks.


Ganni




 



La maison la plus suivie de la mode scandinave, c’est sûrement Ganni, basée à Copenhague et gérée par un couple à la ville, la directrice artistique Ditte Reffstrup et le fondateur Nicolaj Reffstrup. Pas de défilé, mais la meilleure vidéo de la saison, avec une chanteuse du cru et des torrents de nostalgie des 1990’s… vestes en jean de rockstar, à découpes, et pantalons larges fourrés dans des bottines, robes du soir en soie ruchée bleu aqua, et blouses en étamine décolletées, très aguicheuses. Un chouïa plus coquin que le look habituel de Ganni, très victorien, mais ça ne gâte rien. « Il y a une vraie nostalgie des années 1990, et de toute la liberté qu’on associe à cette décennie. Et puis toute mon équipe de création a regardé Euphoria », riait Ditte, faisant allusion à la nouvelle série culte, qui fait la part belle à la musique.

Mais ailleurs, on pataugeait sacrément dans la facilité. 

Baum und Pferdgaten




 



Baum und Pferdgaten ont montré des jupes matelassées à volant, des manteaux volumineux et des shorts vraiment affreux … des corsages légèrement de guingois, des trenchs prévisibles et de gros pulls irlandais. Comment dit-on profondément banal, en danois ? Eh bien c’est fuldstaendig pinligt, assez moche quand on le prononce à voix haute. Exactement comme cette collection. 


Soulland




 



Soulland semblait s’annoncer sous les meilleurs auspices, avec un défilé présenté dans un dépôt de train géant, tandis qu’un excellent saxophoniste jouait du jazz à la Albert Ayler. Mais question âme, côté fringues c’était zéro. Des tenues de travail baggy pleines de morosité, des faux dhotis bizarroïdes, des blazers disproportionnés et de pathétiques tailleurs pyjamas.

Martin Asbjørn




 



Rien de complètement raté chez le local de l’étape, Martin Asbjørn, qui maîtrise le drapé et reste un couturier respectable, qui a su égayer sa collection avec quelques super looks en cuir métallisé. Mais comme pour la saison elle-même, on reste clairement sur sa faim.

En résumé, trois jours de ciel gris, de températures en dessous de zéro et même de brouillard si dense jeudi matin que les clients de l’hôtel Bella Ski – qui accueillait nombre de rédacteurs de mode et d’acheteurs – ne voyaient même pas l’autre tour de ce bâtiment double de la fenêtre de leur chambre. Qui n’était pourtant qu’à 40 mètres.

L’hiver interminable influence clairement le style local, et son besoin de couleurs. Ceux qui sont déjà allés à Galway ou Kerry, sous la pluie de l’est irlandais, ou qui ont eu l’occasion de passer l’hiver dans la neige de Saint Petersbourg, comprendront ce syndrome. Mais là où les Irlandais et les Russes peignent leurs cottages et leurs palais de splendides couleurs sorbet, les Danois édulcorent tout ce qu’ils portent.

En fin de compte, un sondage improvisé auprès d’une demi-douzaine de propriétaires de boutiques en Italie, aussi connaisseurs qu’expérimentés, livre un résultat plutôt sans appel.

« Le principal problème c’est qu’il n’y a pas de véritable ADN, ici, pas de vraie identité. On se contente de réinterpréter et d’imiter de meilleurs créateurs venus d’ailleurs », se lamentait l’un d’entre eux. « Oui, on prendra quelques marques, mais moins qu’avant, et on ne les stockera sûrement pas longtemps », ajoutait un autre. « Le gros problème de Copenhague, c’est qu’il n’y a rien de bien neuf », reniflait le troisième.

 
 

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