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Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
24 juin 2021
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6 minutes
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Fashion Week masculine à Paris: mélanges, couleurs et influences d’Instagram

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
24 juin 2021

La capitale de la mode émerge doucement du confinement et a même accueilli deux défilés physiques lors du deuxième jour de la Fashion Week masculine.
 
C’est un public en chair et en os qui a pu découvrir les collections printemps/été 2022 des nouveaux labels français Bluemarble et Cool TM. Et dans les deux cas, les designers ont allègrement mêlé les couleurs et les influences.
 
JW Anderson et Courrèges, quant à eux, signent des collections au style tendance et affirmé, présentées dans un format purement digital.
 

Bluemarble



Fondée il y a seulement deux ans par le designer franco-philippin Anthony Alvarez, la griffe Bluemarble a fait ses premiers pas dans la cour des Archives Nationales, un superbe palais au cœur du Marais.


Collection printemps/été 2022 de Bluemarble - Bluemarble


Même avant le début du défilé, l’ambiance était à son comble et la marque semblait impatiente de commencer le spectacle, alors qu’une brochette de rappeurs locaux prenait place au premier rang.
 
Fier de ses origines philippines, Anthony Alvarez vise aussi bien les surfeurs tropicaux que les playboys de St Tropez, si l’on en croit son défilé survitaminé. Il mêle les vêtements et les assemble d’une façon complètement inattendue, avec des duos de chemises enfilées sur des tee-shirts en soie et des pantalons de pyjama.

Le podium était éclatant de couleurs, avec des pantalons cargo en soie ornés de motifs comme des oiseaux tropicaux couleur corail, des noix de coco, des coquillages colorés et des bouées. Les pantalons de survêtement, eux, adoptaient un coloris orange amer, tandis que les jeans étaient emblasonnés d’étoiles de mer aux couleurs sorbet.
 
Sur une bande-son endiablée, avec le titre de Missy Elliott Scream A.K.A. Itchin’, Anthony Alvarez a traversé l’allée sous des applaudissements nourris pour aller faire sa révérence.
 
"Je voulais donner le sentiment que la jeunesse s’approprie un lieu historique au centre de Paris. Je m’inspire du sportswear américain et du surf aux Philippines, avec une touche frenchie", explique Anthony Alvarez. Ses imprimés portent le nom poétique de Marchand de Sable, puisqu’ils font référence à des petits trésors trouvés en bord de mer.

Cool TM



Cool TM, de son côté, a dévoilé sa collection devant moins de 100 invités dans un manoir haussmannien à proximité de la grande statue de George Washington à Paris.



Collection Cool TM printemps/été 2022 - Cool TM


Un décor idéal pour le mélange de style arty et chic américain mêlé de haute couture française de Cool TM. Le créateur Thomas Monet aime se jouer des codes et n’hésite pas à proposer des versions décalées de la veste Chanel, portée sur des jeans charpentier rapiécés. Des pantalons bleu sarcelle aux motifs de fleurs ultra-féminins étaient associés avec des gilets sans manches imitation crocodile.
 
Pour la journée ou pour le soir, il fait la part belle aux mélanges et aux coupes oversize. Un pantalon métallisé haute couture est porté sous un sweat vert citron complètement exagéré et une veste en jeans sans manches de camouflage jaune, délavée à l’acide et surmontée de perles.
 
Cela paraît beaucoup trop ? C’est parce que ça l’est; des compositions idéales pour la génération Instagram, qui cherche avant tout à attirer l’attention et à avoir l’air en permanence de revenir d’un festival de musique.
 

JW Anderson



Le designer basé à Londres a publié un lookbook et une collection de vidéos pour présenter sa ligne homme printemps/été 2022 et ses créations resort femme 2022.


Collection resort 2022 de JW Anderson - Juergen Teller


Depuis le début de la pandémie, le créateur envoie aux journalistes et aux VIPs des "défilés coffret" parfaitement préparés, et celui-ci ne fait pas exception. Son dernier lookbook regroupe 33 photographies imprimées de Juergen Teller, accompagnées d’un "message en vidéo" du fondateur de la marque et directeur créatif de la maison, Jonathan Anderson, posté sur les réseaux sociaux et sur la plateforme de la Fashion Week parisienne.
 
Les impressions du photographe allemand étaient toutes enveloppées dans un papier du XVIIIs siècle représentant un écureuil grignotant un gland à côté d’un bol de fraises. Une belle image. Dans sa vidéo d’explication, Jonathan Anderson montre des images dans les images, avec plusieurs looks présentés dans des cadres posés sur des chaises ou suspendus aux murs.
 
"Quand j’étais plus jeune, on faisait la photo de classe et on recevait des coffrets de photos et de cadres. J’aime le concept de chaque photo pouvant être présentée seule. On pouvait même les poser sur la cheminée", se remémore le designer nord-irlandais.
 
Photographiée dans une maison banale de la banlieue sud-est de Londres, la collection décline son logo sur des pulls épais, des tops oversize ajourés et des robes de cocktail évasées à rayures marinières pour les filles.
 
Pour les garçons, on trouve des survêtements imprimés de fraises géantes, des parkas à fleurs abstraites ou même des tops d’extérieur ornés de marguerite. Le logo JWA apparaît partout: sur les claquettes, les chaussettes blanches et les débardeurs chenille.
 
Offrant un moment de bien-être hédoniste, la collection était censée rappeler ce moment où chacun peut jouer à être qui il veut lorsqu’il est seul dans sa chambre. C’est en tout cas ce qu’affirme le programme.
 
Dans la pratique, cette collection manque un peu d’autocritique et les pulls verts à motifs de fraise ou les robes rideaux en perles peinent à convaincre. Même les oreillers se changent en robes ; une présentation déroutante mais pas très concluante.
 

Courrèges



Courrèges, en revanche, revient à toute allure sur le devant de la scène. Après avoir été confiée à de nombreux designers qui n’ont pas réussi à la ressusciter, on dirait bien que c’est aujourd’hui mission accomplie sous la direction créative de Nicolas di Felice.


Collection printemps/été 2022 de Courrèges - Courrèges


Nicolas respecte parfaitement l’ADN pop futuriste de la maison, célébrant les carreaux du début des années 1960 et les découpes. Les manteaux et robes trapèze plus blancs que blancs ont tous leur propre personnalité.
 
Chez les hommes, l’heure est aux super-héros ; chez les femmes, honneur à la conquête spatiale. Des thèmes vus et revus qui réussissent pourtant la prouesse d’être complètement contemporains. Aucune rock star ne manquerait une chance de porter la veste sans manches ornée du logo AC. Et que dire de sa version féminine en cuir verni à col cheminée ?
 
Le designer n’a pas l’air enfermé dans le carcan des archives ni d’exagérer. Rien ne semble forcé. Il se rappelle avoir réellement rencontré André Courrèges, déjà proche de la retraite, et s’être émerveillé de sa bonhommie et de sa fierté. Cette nouvelle direction prise par la maison aurait sans doute fait honneur à son fondateur.
 
Dévoilée sur le compte Instagram de la maison et portée par des mannequins impassibles, c’est pour le moment la présentation la plus remarquable de la saison. Bravo à Marie Chaix.
 
Et aux fins stratèges qui ont eu la bonne idée de recruter Nicolas di Felice.

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