Fendi et ses étoffes éblouissent le forum romain

Jeudi soir, Fendi a célébré ses origines romaines dans un temple en ruines, avec une collection inspirée par les pierres et les mosaïques foulées par les mannequins de la célèbre maison italienne. 


Fendi - Haute Couture - Automne-Hiver 2019-20 - Rome - Photo: FashionNetwork.com / Godfrey Deeny

Des manteaux en vison rasé tricoté, inspirés des marbres romains et des dalles de porphyre chargés d'ornements, jusqu'aux capes impressionnantes en cachemire imprimé façon marbre strié, la moitié des tenues faisaient écho aux matériaux de construction utilisés par les grands constructeurs de l'Antiquité.

Sauf que tous ces textiles avaient quelque chose d'avant-gardiste. Comme ce splendide manteau dont les motifs évoquaient les grilles en fer forgé des fenêtres de la Renaissance, réalisé à partir d'une trame de raphia recouverte de rayures étroites de vison rasé.

Les 600 invités étaient réunis au Temple de Vénus et de Rome, le plus grand temple de la Rome antique, dédié notamment à Vénus Félix, déesse de la chance. Fendi a construit un décor sophistiqué, rappelant le tuf des bâtiments de l'époque rationaliste de 1930 — à l'image du siège de la marque, le gigantesque Palazzo della Civiltà.


Fendi - Haute Couture - Automne-Hiver 2019-20 - Rome - Photo : FashionNetwork.com / Godfrey Deeny

Les mannequins déambulaient dans ce décor, avec le Colisée en toile de fond, devant un public qui comprenait notamment Catherine Zeta-Jones, Susan Sarandon, Zendaya et une série de beautés aristocratiques locales, qu'on désigne ici sous l'expression "noblesse noire". Pour en faire partie, il faut compter au moins un pape et un saint dans son arbre généalogique.
 
Ce défilé présentait la première collection couture de Fendi depuis le décès de Karl Lagerfeld en février dernier. Mais l'ombre du couturier allemand planait sur l'événement. On sentait sa présence dans plusieurs prouesses techniques, comme le deuxième look du défilé, composé de vison tricoté ultra-fluide, qui ressemblait à s'y méprendre à une fresque décrochée du plafond d'une église romaine.

Le PDG de Fendi, Serge Brunschwig, avait déjà visité le site, théâtre de ce défilé, en septembre — et n'avait donné son feu vert au projet qu'après l'approbation enthousiaste de Karl Lagerfeld.

Du casting des mannequins à la bande-son, l'ensemble de l'événement était en phase avec l'héritage de Karl Lagerfeld, tout en le faisant évoluer. C'est la chanteuse techno bolognaise Caterina Barbieri qui a réalisé la musique du défilé, sélectionnée par Michel Gaubert, l'architecte sonore habituel du couturier. Sa proposition mélangeait une techno futuriste, ses propres grognements et des chants presque grégoriens. 


Fendi - Haute Couture - Automne-Hiver 2019-20 - Rome - Photo : FashionNetwork.com / Godfrey Deeny
 
La collection respectait également l'autre grande contribution de Karl Lagerfeld à la maison Fendi : la légèreté. Comme ces robes légères en gaze de soie et une robe semi-transparente en couches superposées d'organza portée par un modèle noir qui arborait une perruque blonde, façon Mireille Darc : magnifique. 

« Il s'agit d'étonner et d'émerveiller à chaque fois le public des défilés Fendi... Dans cette collection, tout tourne autour du contraste entre le passé et l'avenir. On transforme le marbre en textile flexible », expliquait la directrice créative de la maison, Silvia Venturini Fendi, avant d'ajouter qu'à l'ère du développement durable, certains modèles étaient réalisés en fourrure recyclée. 

Après le défilé, les invités ont parcouru tranquillement les chemins tapissés de moquettes de la Rome antique, passé l'arc de Titus, contemplé la maison des Vestales et atteint la Vigna Barberini, une haute esplanade qui domine la Ville éternelle, créée pour accueillir de gigantesques festins et autres fêtes débridées sur le mont Palatin, demeure des empereurs pendant plusieurs siècles.

En d'autres mots, l'ADN de Fendi offert sur un plateau aux invités, qui ont dégusté en plein air des Peicatoris Mare Nostrum, en français "poissons frais de notre mer", c'est-à-dire de Méditerranée.

Car c'est bien là que Fendi se trouvait, dans le berceau de la civilisation occidentale, en train de revisiter ses racines pour créer un présent surprenant.

Traduit par Paul Kaplan

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