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22 févr. 2016
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François Girbaud : "Les marques ne savent pas ce qu'elles font !"

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22 févr. 2016

Figure bien connue du denim, François Girbaud a profité du salon Texworld pour annoncer sa collaboration avec le Pakistanais Naveena Denim Mills, comme l'annonçait FashionMag Premium. Présenté comme un « gourou du denim » par le PDG de l'industriel, François Girbaud en profite pour confier sa vision (toujours tranchée) du marché du denim, et son ambition nouvelle pour la matière.

François Girbaud - Matthieu Guinebault/FMag


FashionMag.com : Qu'est-ce qui vous a décidé à travailler avec Naveena ?

François Girbaud : On est face aux dernières nouvelles frontières. On a bougé les productions de l'Europe vers le bassin méditerranéen, vers la Turquie, puis encore plus loin vers la Chine et l'Inde. Et puis on aboutit aujourd'hui dans des pays comme le Pakistan. C'est là où cela se passe aujourd'hui. Ce sont ces pays qui ont investi les premiers dans les machines laser. Je n'aime pas le mot « sustainability », je ne sais pas très bien ce que ça veut dire, comme « organic ». Ces mots sont biens, mais il reste à les rendre réels. Il faut sauver de l'eau, de l'énergie. Ce que je répète depuis 1989. Il n'y aura pas assez de coton, on le sait, car il faudra choisir entre les productions qu'on pourra manger et les autres. 

FM : L'industrie occidentale a pris du retard sur ces innovations ?

FG : Sur le procédé Ozone, par exemple, quand on a séparé l'hydrogène et l'oxygène avec Jeanologia, et bien ce procédé existait déjà au Pakistan. Parce qu'ils n'ont pas d'eau. Mais on avait jamais remarqué que la molécule d'indigo avait « peur » de l'ozone. On ne l'avait pas remarqué, et on s'en servait juste pour assainir le tissu. Maintenant, on a la possibilité de faire des bleach sans utiliser de permanganate. C'est énorme ça ! Et d'un autre côté, on voit quand les marques arrivent qu'elles n'y connaissent rien. Avec tous ces jeunes idiots qui arrivent devant du bleach en disant « Ca, ça me plaît ! » sans savoir l'horreur qu'il y a derrière. Et nous avons une part de responsabilité, parce que si la méthode n'est pas de moi, c'est d'Adriano (Goldschmied, ndlr) ou Renzo (Rosso, ndlr). Toute la vieille garde. Mais ils sont morts, les Mugler, les Gaultier, les Montana et même les Girbaud. Il faut des gens pour réinventer autrement.

FM : Il y a une méconnaissance latente des marques face au denim ?

FG : Les marques ne savent pas ce qu'elles font. Qu'elles arrêtent ! C'est vachement dangereux. Quand vous avez des couvertures de magazines avec du bleach, il faut mettre en prison les responsables. Car c'est criminel. On l'a inventé, d'accord. Mais avant, on ne savait pas. Maintenant, on sait ! On ne peut pas continuer. C'est bien beau d'avoir la larme à l'oeil en apprenant les dégâts causés quand à côté on veut toujours du moins cher. Et personne ne veut avancer, investir et créer quelque chose de nouveau.  Il y a des tas de questions qui se posent sur le jeanswear casual activ. Il faut qu'il évolue. Il y a une évolution des corps, la femme change, les canons changent. Or il n'y a plus de construction du denim. Et passer mon temps à regarder des « camel toe », ça ne m'intéresse pas. Et les jeans déchirés, même si j'ai une part de responsabilité loin en arrière, je ne vois pas à quoi ça sert. 

FM : Quelles sont aujourd'hui vos ambitions ?

FG : Il y a beaucoup de marques qui achètent aujourd'hui du denim au laser sans le savoir. Le laser est partout maintenant. On me crédite l'invention du stonewash, ce qui est certainement un peu vrai. Mais j'aimerai bien qu'on me crédite aujourd'hui de l'invention du wattwash, qui en est carrément l'antithèse. Et je travaille à un projet de label européen. Car le consommateur doit pouvoir savoir que ça c'est dangereux, ça l'est moyennement... On a les désignations éco-friendly et tout ce tralala. Mais il n'y a pas aujourd'hui un label ou un gouvernement qui dit « Voilà ce que c'est ! ». Mais on avance sur cela. Depuis 1989, je me bagarre. Parce qu'il faut qu'il y ait ça. C'est la technologie qui va nous amener vers le futur. Vers quoi faire évoluer celle-ci, c'est LA question à laquelle nous cherchons des réponses avec Naveena. Car ils comprennent la vision : si c'est pour faire le même stretch que tout le monde, personne n'a besoin de moi. On sait faire autrement. Maintenant, il reste à le faire. 

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