Galeries Lafayette : un groupe retail désormais tourné vers la digitalisation et l’international

Le groupe Galeries Lafayette subit une nouvelle mutation. Celui qui va acquérir La Redoute se détache progressivement de son ancrage presque totalement physique en France pour chercher des relais de croissance à l’étranger et sur le Web. Dernier projet en date ? Céder la gestion d’une vingtaine de ses grands magasins de province à des franchisés. Retour sur l’évolution du périmètre de groupe français, toujours détenu par la famille fondatrice, à savoir la famille Moulin-Houzé.


Le magasin de Biarritz - Galeries Lafayette

Fondé en 1894, le premier point de vente « Les Galeries » a ouvert ses portes à Paris, rue La Fayette, sous l’impulsion de Théophile Bader et de son cousin Alphonse Kahn. Il faut attendre 1916 pour la première implantation en province, à Nice. Mais c’est quelques décennies plus tard que le groupe fait considérablement grandir le réseau Galeries Lafayette grâce à deux acquisitions : en 1985, il s’empare de l’enseigne Aux Dames de France (12 magasins), puis rachète surtout, en 1991, les Nouvelles Galeries, qui compte environ 90 points de vente dans toute la France. Certains fermeront, le basculement sous enseigne Galeries Lafayette sera progressif – jusqu’en 2007 – et concernera une cinquantaine d’adresses au final.

Cette même année, le BHV passe dans le giron du groupe, soit un parc de près de 30 adresses. Mais le groupe réduit peu à peu la voilure de l’enseigne, orientée à l’origine sur le bricolage et la maison, pour se recentrer aujourd’hui sur quatre points de vente en France, dont son navire amiral de l’Hôtel de Ville, renommé BHV Marais et faisant désormais large place à la mode.

Le groupe, qui revend ses parts dans Monoprix en 2012 à Casino, et entre minoritairement au capital de Carrefour en 2014 (par le biais de la holding familiale Motier), s’est un temps positionné pour reprendre son concurrent Le Printemps en 2013, ce dernier passant finalement dans le giron d’investisseurs qataris.

Alors qu’il a fermé il y a deux ans les magasins Galeries Lafayette non rentables de Lille et Thiais (Belle-Epine), le groupe envisage aujourd’hui de convertir à la franchise 22 de ses 53 points de vente de province abrités par la société MGL. Et donc basculer 900 emplois qui seront supportés par les affiliés. Cela concerne des magasins de petite surface, dont l’attractivité est mise à mal, situés dans de petites villes (Agen, Libourne, Caen, Beauvais…). Il s’agirait pour le groupe de permettre à ces points de vente de retrouver de l’agilité, mais aussi d’engager moins de frais en direct. Une manière de tenter d’éviter à ces unités de baisser le rideau ?

En comparaison, son concurrent le Printemps exploite lui un réseau beaucoup plus restreint en France. Il se compose de 19 magasins en propre et de trois affiliés (à Caen, Brest et Tours), visés par un plan de rénovation pour le futur, tandis qu'il n’est plus présent à l’international depuis la fermeture en début d’année de son magasin tokyoïte.

Le groupe Galeries Lafayette ne compte plus forcément sur son maillage en région pour doper ses ventes (ou seulement les grandes métropoles), mais investit surtout en Ile-de-France. Il a récemment ouvert un « concept store » Galeries Lafayette à Carré Sénart et totalement rénové le BHV de Parly 2, développe son emprise commerciale dans le Marais, où il est propriétaire de nombreuses cellules, et prépare un flagship sur les Champs-Elysées ainsi qu’une phase de travaux dans son berceau d’Haussmann (2018-2020).


Le magasin d'Haussmann et sa célèbre coupole vont subir des travaux entre 2018 et 2020. - Galeries Lafayette

Outre cette focalisation sur la région parisienne, les ambitions du groupe se situent assurément à l’international. Après notamment Dubaï en 2009 et Casablanca en 2011, les Galeries s’installeront via la franchise à Doha, au Qatar, en 2018, puis ouvriront en 2019 un second magasin à Istanbul et une première adresse au Koweït. Avec l’objectif annoncé par Nicolas Houzé de totaliser une vingtaine de magasins à l’étranger à horizon cinq ans.

Dans le même temps, la famille fondatrice entend accélérer la digitalisation de l’entreprise. Que ce soit en acquérant des sites spécialisés, comme Instantluxe (seconde main) et BazarChic en 2016, ou en apportant des solutions connectées en magasin. L’enjeu ? Trouver un équilibre entre physique et digital, à l’heure où le groupe est en passe d’acquérir 51 % du capital de La Redoute, un vépéciste qui a su prendre le virage du e-commerce pour se relancer, sous la houlette de Nathalie Balla et Eric Courteille.

La Redoute réalise ainsi 91 % de ses ventes sur le Web. De son côté, le groupe Galeries Lafayette réalisait en 2016 seulement 2 % de son chiffre d’affaires via l'e-commerce et nourrissait à l’époque l’objectif d’atteindre la barre des 10 % en 2020. Un cap qui va exploser puisqu’il a été réajusté à 30 % (toujours à horizon 2020), au moment de l’annonce de l’acquisition du e-commerçant nordiste. Les deux acteurs se concentreront sur des synergies « phygitales » (comme des showrooms connectés mêlant mode et maison pour La Redoute).

A l’heure actuelle, le groupe Galeries Lafayette (qui s’appuie sur 280 magasins avec également Louis Royal Quartz ou encore Guérin Joaillerie) revendique quelque 3,8 milliards d’euros de ventes au détail. Avec La Redoute, il pèsera 4,5 milliards d’euros et espère bondir encore, pour générer 5,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020.

Le groupe ambitionne donc de s’imposer comme LE mastodonte de la distribution de mode dans l’Hexagone et à l’export, tout en étudiant un possible désengagement d’une partie de son réseau français vieillissant. 

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