Grazia s’inquiète pour son avenir dans une lettre ouverte à Reworld Media

Depuis le 27 septembre, le groupe italien Mondadori est en négociations exclusives avec Reworld Media en vue de céder sa filiale française. Alarmés par la réputation de Reworld Media, propriétaire de Be ou encore Marie France, les 700 salariés en CDI et 300 prestataires et pigistes de Mondadori France se mobilisent par tous les moyens. Un rassemblement est prévu ce jeudi 18 octobre à 9h30 à Palais-Royal pour un départ en direction du ministère de la Culture, nouvellement tombé dans l’escarcelle de Franck Riester.
 
La couverture du Grazia daté du 5 octobre 2018 - Grazia

Le but : alerter les pouvoirs publics sur Reworld Media, ce groupe qui, le rappellent les représentants syndicaux de Mondadori a privé « la quasi-totalité de (ses) magazines de rédaction, puisque ce sont des agences de production de contenus qui les conçoivent et les réalisent ». Une assertion étayée par un simple constat : depuis que Reworld Media a racheté des titres à Lagardère en 2014, les salariés transférés ont presque tous été poussés dehors. Et pas remplacés, selon les syndicats.

Pour se faire entendre, les 50 membres de la rédaction du magazine hebdomadaire féminin Grazia ont décidé d’écrire une lettre à l’attention de Pascal Chevalier, PDG de Reworld Media.

Elle figure en intégralité ci-dessous et interpelle le dirigeant sur l’avenir du titre et de ses journalistes :
 
« Nous vous écrivons pour dire nos interrogations et nos attentes alors que vous négociez pour le rachat de Mondadori, ce groupe de presse dont nous faisons partie.
 
Nous, c’est-à-dire tous ceux qui font Grazia et qui ont fait de Grazia ce qu’il est devenu aujourd’hui, 10 ans après sa naissance en France. Un hebdomadaire ambitieux et influent, devenu une référence générationnelle et éditoriale. Un magazine "puissant" comme l’écrit Libération dans l’article consacré vendredi 12 octobre à votre entreprise. Un "féminin chic et cultivé" comme on a pu l’entendre sur France Inter.
 
Journalistes, stylistes, graphistes, secrétaires de rédaction, directeurs artistiques, assistantes, rédacteurs en chef, etc., Grazia, ce sont d’abord des gens et des talents qui éditent chaque semaine un magazine haut de gamme dont les valeurs sont celles du journalisme, de l’information, de l’écriture de qualité, de l’impartialité, des productions soignées, des images photographiées avec minutie par les meilleurs photographes de notre génération, sans jamais céder au people, au paparazzi ou au racoleur.
 
Grazia, c’est aussi et surtout un journal qui dialogue avec ses lecteurs et discute avec ses annonceurs, mais sans jamais oublier cette vérité fondatrice de la presse : un journal est fait par ses journalistes (et l’ensemble de sa rédaction) pour ses lecteurs. D’abord et avant tout. Sinon ce n’est plus un journal.
 
Ces vérités fondent ce que nous sommes, ce qui nous anime et guident l’esprit de notre magazine. Elles font sa force et lui donnent sa dimension.
 
Vous souhaitez nous acheter, en même temps que les autres titres de Mondadori. Pourtant vos méthodes et la raison d’être de votre entreprise, décrites dans tous les articles qui vous sont consacrés depuis peu, sont aux antipodes des nôtres et de ce que nous sommes. Les simples mots "presse" et "journalisme" semblent absents de vos sites comme de vos déclarations.
 
Aujourd’hui, nous avons des questions à vous poser.
 
Avez-vous un projet éditorial, quel est-il précisément et comment comptez-vous le mettre en œuvre ?

Comment comptez-vous garantir la pérennité et la continuité de notre travail rédactionnel ?

Quelles garanties donnez-vous pour que nous puissions continuer à faire notre magazine en toute sérénité ?

De quel droit d’inventaire pensez-vous disposer concernant l’histoire de notre journal et ceux qui le font ?

Comment comptez-vous assurer sur un temps long le travail de ceux qui font le journal ?

Une fois que vous aurez acheté Mondadori, mettrez-vous en place une entreprise de presse ou une agence de publicité et de "brand content" ? 

Souhaitez-vous avoir des journalistes et leurs cartes de presse ou des scribes qui créeront du contenu pour des publicités dissimulées ?

Quels moyens allez-vous investir dans cette nouvelle société ?
 
Ces questions ne sont que le sommet d’un iceberg qui ne fait que s’enrichir continuellement de nos interrogations. Jour après jour, celles-ci deviennent aussi des revendications et peut-être demain des actions. Parce qu’un journal est fait par ses forces vives qui veulent aujourd’hui, quel que soit le propriétaire, des garanties quant aux bonnes conditions de leur travail.
 
Nous avons, Monsieur Chevalier, envie de vous rencontrer, d’écouter votre projet éditorial et plus encore de vous entendre répondre à nos questions. Car nous savons que la valeur finale de l’entreprise que vous souhaitez créer passera par nous et que vous ne pourrez pas faire de Grazia ce que vous avez fait des titres que vous possédez déjà. Sauf à le transformer en coquille vide.
 
Nous vous attendons. Rendez-vous pris ?
 
La rédaction de Grazia
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