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Habillement : les recommandations sanitaires sont enfin précisées

Publié le
9 mai 2020
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8 minutes
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Désinfection des mains, port de masques, trafic limité, essayage en quarantaine… Après une longue attente, les autorités sanitaires ont finalement validé les recommandations sanitaires avancées par les branches du commerce d'habillement. 


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L'État avait publié le 30 avril un "protocole de déconfinement" fixant les grandes lignes sanitaires à suivre dans le retail. Mais c'était bien les préconisations par métiers qu'attendaient de pied ferme les commerces d'habillement. Certaines structures, comme Gemo ou Vivarte, n'avaient d'ailleurs pas attendu pour formuler leurs propres recommandations, afin de laisser à leurs réseaux le temps nécessaire pour se préparer. L'Alliance du commerce (grands magasins, enseignes mode/chaussure) et la Fédération nationale de l'habillement (commerces indépendants), indiquent à FashionNetwork.com avoir eu un retour des autorités le 6 mai. Pour des recommandations amenées à circuler dans la semaine qui vient.

Quelles sont ces recommandations ? Du côté des grands magasins et enseignes d'habillement et de chaussures, l'Alliance du Commerce a publié le 7 mai un document dédié de quatre pages consultable sur son portail. Il invite à rappeler de façon visuelle et sonore les gestes barrière à l'entrée et à l'intérieur du point de vente. Un nombre maximal de clients doit être fixé sur la base du protocole national, soit une personne pour 4 mètres carrés. L'Alliance rappelle que la mesure ne doit pas donné lieu à interdire l'accès à des parents accompagnés d'enfant, du personnel accompagnant des personnes en situation de handicap ou encore des personnes venant avec leur chien guide.

Pour respecter les distances, sont suggérées la matérialisation au sol des distances minimales, la réorganisation des meubles, la mise en place d'un sens de circulation, voire la privatisation du lieu de vente (corner de grands magasins). La mise en place du Click&Collect est par ailleurs encouragée.

L'instance rappelle qu'un magasin peut imposer le port du masque, mais propose surtout "d'encourager" son port par le client. L'Alliance propose également de disposer des distributeurs de gel hydroalcoolique. Des protections du visage doivent être mises à disposition du personnel. Mobiliers et poignées de portes doivent être régulièrement nettoyés. Côté essayage, l'Alliance propose entre-autres de réduire le nombre de cabines, elles-mêmes régulièrement désinfectées. Les recommandations concernant le destin des produits essayés mais non-vendus seront prochainement précisées par l'Alliance, après retour des autorités sanitaires.

Côté paiement, le sans-contact est notamment encouragé, de même que l'installation d'une barrière physique (plexiglas, film plastique) entre clients et personnel caisse. Quant au retour d'articles vendus, et donc potentiellement infectés, les commerces sont invités à ne les accepter qu'en dehors des heures de pointe.


Recommandations chez les indépendants



Du côté des indépendants, la Fédération nationale de l'habillement prépare une diffusion de ses recommandations en début de semaine. Là encore, il est recommandé d'accueillir les clients en leur demandant de porter un masque et de se désinfecter les mains avant de toucher les vêtements. A la porte devrait être indiqué le nombre de personnes autorisées dans la boutique (une personne pour 10 mètres carrés, personnel compris). Est également recommandé aux vendeurs de maintenir une distance minimale d'un mètre avec les clients, et de ne pas échanger ou toucher mutuellement des articles.


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Des protocoles spécifiques seront par ailleurs formulés concernant l'essayage et la retouche de vêtements. En l'occurrence ceux-ci sont déjà assez précis. Dans le premier cas, les vêtements essayés et non-achetés devront recevoir une étiquette indiquant la date et l'heure de l'essayage, avant d'être entreposés durant quatre heures dans un local ventilé sur un portant isolé et identifié. Les produits retouchés devront eux-même suivre ce processus de quatre heures avant d'être remis aux clients.

"Certains disent qu'il faut utiliser les défroisseurs à vapeur, et même y mettre du désinfectant", évoque Eric Mertz, président de la FNH, pour FashionNetwork.com. "Mais produit chimique plus chaleur, c'est un cocktail détonnant très déconseillé pour le personnel. C'est la première chose que nous a dit le ministère de la Santé en avril. Et utiliser la vapeur toute seule, même à 100 degrés, ne suffit pas à prouver que vous avez réduit la charge virale. Car vous n'allez passer l'appareil que quelques secondes. Le conseil scientifique a été clair sur le sujet. Pour lui, le seul moyen d'effacer toutes traces (actives ou inactives, ndlr), c'est un lavage à 60°C pendant au moins 30 minutes. Or, personne ne va prendre le risque de faire passer les vêtements à cette épreuve, sachant que certaines pièces ne s'en remettront pas, deviendront invendables".

Pourquoi des recommandations si tardives ?



Pour les responsables de fédérations, la question de ces recommandations, étatiques ou de branche, est un enjeu de taille. Car sur celles-ci repose la responsabilité légale des chefs d'entreprises vis-à-vis de leurs salariés et clients. Ce qui explique le temps nécessaire pour en établir des versions avalisées aussi bien par le ministère de la Santé que par le ministère du Travail.

"Le ministère de la Santé a fait un très gros travail, ils ont tout relu et revu, jusqu'à la moindre virgule" raconte Eric Mertz. "On ne pensait pas qu'ils seraient aussi pointilleux que cela. Autant la Direction générale des entreprises (DGE) est plutôt 'cool', comme l'a montré l'accueil des recommandations formulées par le Conseil du commerce de France (CdCF), qui n'ont pas reçu de remarques particulières. Avec les autorités sanitaires, par contre, les fichiers montrent en revanche toutes les modifications apportées, en précisant qui en est l'auteur. Tout est traçable, de la version initiale à la version finale. C'est donc un peu long, très méthodique, mais c'est une bonne chose. Car ces documents entrent dans un contexte de responsabilité vis-à-vis de nos salariés et aussi de nos clients." 

Retrouver le "contact" avec la clientèle



Quels seront la réaction et le comportement des clients ? C'est aussi la question que se posent les milliers de commerçants, alors qu'ils fourbissent leurs armes pour le déconfinement du 11 mai.

"On a hâte mais également un peu d'appréhension, car tout est nouveau, sans le côté 'détendu' de d'habitude et avec peut-être une queue dehors qui va engendrer de la frustration chez nos clientes", explique à l'AFP Caroline Baldy, de l'enseigne parisienne de prêt-à-porter féminin Mademoiselle Jeanne. Celle-ci a prévenu ses clientes via Instagram des mesures sanitaires mises en place pour la réouverture : port du masque, accès limité aux deux boutiques du Marais et de Bastille. "On a pioché ces préconisations un peu partout", détaille la responsable. L'une d'entre elles notamment, provenant de la FNH, 'a été une surprise': ainsi, 'il vaut mieux encourager la cliente à essayer le produit en magasin plutôt qu'elle ne l'emmène chez elle et ne revienne en boutique car il ne lui convient pas, avec le risque qu'il soit infecté'".


Les magasins de vêtements se préparent à rouvrir leurs portes en France. - AFP / Tobias SCHWARZ


Autre mesure, trouvée auprès d'un pneumologue: "si les clientes se désinfectent les mains à l'entrée avec du gel hydroalcoolique, elles pourront toucher les produits car à 95 %, ils ne seront pas souillés ensuite", souligne Caroline Baldy. Ce qu'expliquait effectivement le pneumologue Bertrand Dautzenberg le mois dernier à FashionNetwork.com (relire notre interview). Sur la dizaine d'employés, un seul a émis des réserves pour revenir travailler lundi, ajoute la responsable, se disant "très contente" de retrouver le "contact" avec sa clientèle. "Même si l'e-shop a permis d'écouler quelques pièces, ça ne remplace par la vente en boutique."

Comme mentionné, certaines enseignes avaient donc pris les devants concernant les mesures sanitaires. "Parfois en allant plus loin que les mesures de branche" notent d'ailleurs les dirigeants de fédérations. Le groupe IdKis (Okaïdi, Jacadi…) a par exemple mis en place des tutoriels vidéos destinés à guider ses équipes, que ce soit pour la mise en place de "routine du matin" ou de drives piéton pour limiter les contacts. Le groupe Vivarte annonce de son côté avoir provisionné 600 000 masques pour la reprise, tous les vêtements essayés seront nettoyés et isolés, et La Halle supprimera provisoirement ses cabines. Chez Minelli, l'essayage se fera uniquement avec un mi-bas jetable.

"Nous sommes partis sur un ratio de 7 à 8 mètres carrés par client. Ce qui correspond à une jauge maximum de 200 personnes pour un espace de vente de 1 500 mètres carrés ", nous indique de son côté le directeur général de Gémo, Philippe Thirache (lire notre interview). Qui prévient cependant : "On ne s'attend pas non plus à un pic de visites au redémarrage. Il faut que les clients soient à l'aise. Dès l'entrée, des affiches précisent la conduite à tenir en magasin, avec un balisage défini. Le masque pour le client n'est pas obligatoire, nous préférons insister sur le respect de la distanciation et des gestes barrière. L'idée n'est pas de mettre nos équipes en position de gendarme, mais plutôt d'accompagnateur".

Équation à inconnus multiples



Avec des stocks estimés à 2,5 milliards d'euros par la FNH, le secteur, qui compte plus de 30 000 entreprises, 100 000 emplois directs et dégage 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, a un besoin urgent de se refaire une trésorerie et de vendre robes, maillots et sandales, qui n'ont pas trouvé preneurs à cause du confinement. Or, "si l'on se fonde sur les études comportementales des consommateurs, le redémarrage se fera de manière faible (...) et graduelle", s'alarme Eric Mertz. La FNH estime avoir déjà perdu 40 % de son chiffre d'affaires annuel de 2020 : "la bataille des promotions va inexorablement nous traîner vers l'abîme et la faillite", estime son président, pour qui le report des soldes d'été est plus que nécessaire.

Si "tout le monde" se prépare théoriquement à rouvrir le 11 mai, un autre sujet se pose en termes d'organisation selon les "profils" des commerçants, explique à l'AFP Emmanuel Le Roch, délégué général de la Fédération du commerce spécialisée Procos, qui représente plus de 300 enseignes. Il y a ceux "qui ont anticipé en envoyant sur place des équipes pour réapprovisionner le magasin, et ceux qui sont dans une optique plus prudente et qui vont réaménager le magasin plutôt à partir du 11 mai, et donc n'ouvrir véritablement que dans les jours qui suivent". D'autant qu'un "problème majeur" n'a pas encore été réglé : la réouverture des centres commerciaux de plus de 40 000 mètres carrés, en théorie autorisée "sauf arrêté d'interdiction du préfet".

A cela s'ajoute enfin une autre inconnue qui a persisté très tard : "la disponibilité des salariés", explique le représentant de Procos. Qui pointe le fait qu'il aura fallu attendre le jeudi 7 mai pour connaitre la liste des départements rouges et verts, et donc savoir si les écoles seraient rouvertes ou non. Avec à la clef la probable nécessité pendant les deux à trois premières semaines de "réduire les plages horaires d'ouverture", avec des "accidents de parcours" possibles, comme des fermetures plus tôt "car il n'y aura pas les effectifs pour tenir toute la journée".

(avec AFP)

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