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14 déc. 2021
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Industrie: Bercy s'attaque aux pénuries, mais le textile l'attend sur le prix de l'énergie

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14 déc. 2021

A l'occasion d'une rencontre avec les représentants de l'industrie, le Gouvernement a annoncé plusieurs mesures destinées à soutenir les filières face aux pénuries touchant certains secteurs. Parmi celles-ci, un "prêt pour l'industrie" d'une enveloppe totale de 700 millions d'euros. Si la filière textile française indique échapper à de rares exceptions près aux pénuries, elle pointe cependant attendre que le gouvernement apporte une réponse à la flambée des prix de l'énergie qui frappe actuellement l'industrie.


Bruno Le Maire visitant l'entreprise Orca Accessoires à Fougères le 19 novembre dernier - Bercy


Le prêt pour l'industrie est un dispositif opéré par BpiFrance, et destiné à financer les besoins en fonds de roulement, ainsi qu'à renforcer les structures financières des industriels. Son montant peut aller de 50.000 à 5 millions d'euros selon les cas, aller jusqu'à deux ans de différé d'amortissement du capital permettant à l'entreprise de lisser la charge de remboursement de sa dette.

Ce nouvel outil vient s'ajouter au PGE (prêt garanti par l'État), mis en place au début de la crise sanitaire, et dont l'accès vient d'être repoussé de décembre 2021 à juin 2022. Est également prolongé jusqu'à juin prochain le dispositif d'avances remboursables et de prêt à taux bonifiés, outil destiné aux entreprises n'ayant pu bénéficier des solutions de financement auprès de banques ou financeurs.

Bercy annonce également que sont assouplies les conditions d'octroi des étalements de charges sociales et fiscales pour les industriels. Cette mesure a, depuis le début de la crise, bénéficié aux entreprises françaises à hauteur de 50 millions d'euros. Quant à l'activité partielle (dit "chômage partiel"), elle restera disponible aux entreprises frappées de tensions d'approvisionnement. Les degrés d'applications peuvent être négociés au niveau des entreprises comme des branches, a rappelé Bercy, qui pointe également que le taux maximal et exceptionnel prévu, soit 50% d'activité partielle, pourra être accordé.

"Nous apportons à ces entreprises une réponse de court terme, notamment avec le lancement du prêt pour l’industrie, qui sera un prêt de long terme pouvant être remboursé jusqu’à 10 ans", indique le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. "Mais nous nous attachons également, avec le président de la République, à apporter une réponse de long terme. Cette réponse c’est la construction de notre indépendance, c’est l’investissement massif dans les technologies d’avenir, c’est la localisation de nouvelles chaînes de valeur en France et en Europe, c’est enfin la consolidation de nos filières industrielles traditionnelles comme le bois".

Prix des matières, coûts de l'énergie



Si Bercy insiste sur le fait que ces dispositifs se destinent à l'ensemble des industries françaises, il en ressort cependant que les outils s'adressent principalement aux domaines du BTP, du bois, de l'électronique et des métaux, avec des domaines comme l'automobile étant actuellement particulièrement touché par la difficulté d'accéder à de l'acier ou à des matériaux conducteurs.


L'Atelier Résilience de Roubaix - MG/FNW


Un cas de figure auquel échapperait cependant largement l'industrie textile, explique à FashionNetwork.com le président de l'Union des Industries Textile, Yves Dubief. "Il n'y a pas dans notre filière de problèmes de pénurie ayant engendré arrêt ou distorsion de fabrication, à l'exception de quelques fabricants labellisés 'Securofeu' et qui ont besoin de polyester Trevira (retardateur de feu, ndlr), qui ont des retards ou annulations des livraisons, causant des arrêts ou ralentissements de productions", indique le président de l'entreprise Tenthorey. "Il y a eu quelques cas de matières que l'on ne trouve pas comme on veut, mais au final nos entreprises tournent et les opérateurs sont à leur machine". Le dirigeant de l'UIT évoque cependant l'impact de la crise de production automobile sur les entreprises textiles fournissant celle-ci.

Mais si elle échappe largement au phénomène de pénurie, la filière textile continue cependant de faire face à la hausse du coût des matières, naturelles ou synthétiques. Crise causée par des facteurs multiples, allant de la reprise soudaine des commandes au sortir des confinements internationaux, jusqu'à la flambée des coûts de transport. Après être grimpé à 120 dollars la livre au plus fort de la crise, le coton est aujourd'hui retombé à hauteur de 100 dollars, contre 50-80 en temps normal. Le coton bio voit lui ses hauts prix se maintenir, du fait d'une forte demande liée aux matériaux responsables. "C'est une inadéquation de l'offre et de la demande qui va se tasser, car certains vont donc préférer attendre pour passer au bio", observe Yves Dubief.

Des commandes publiques et le prix de l'énergie



La hausse des prix des matières premières a par ailleurs mis sous pression des commandes publiques précédemment négociées, les fabricants contractuels voyant s'éroder, voire disparaitre, les bénéfices à tirer de ces commandes d'État. "Il y a des closes de révisions lorsque cela dépasse 10%, qui sont en place pour les entreprises textiles qui travaillent avec les domaines hospitalier, public, armée, police, protection civile…", indique Yves Dubief. "Car ces donneurs sont confrontés à une hausse généralisée du prix des produits. Le prix peut être révisé. On sait que des négociations ont été effectuées. Et, sous toutes réserves, cela a l'air de plutôt se passer correctement".


Yves Dubief - UIT



Le représentant de l'industrie textile française relève par ailleurs un point sur lequel l'exécutif est fortement attendu: l'énergie. Yves Dubief évoque ainsi des factures multipliées par deux pour le gaz, et par trois pour l'électricité. "C'est absolument phénoménal, sachant que l'on signe des contrats sur un an, que le marché se retourne ou non" déplore l'industriel. "Et vu les prévisions d'électrifications, au détriment du gaz et fuel, le prix de l'électricité va être durablement élevé. Nous sommes aujourd'hui à 150-160 euros le mégawatt/heure".

Une inquiétude derrière laquelle réside un sentiment d'injustice, avec l'ensemble des filières industrielles appelant à une régulation des prix de l'électricité pour l'industrie au niveau national, et non européen. "En France, grâce au nucléaire, on produit à hauteur de 42 euros le megawatt/heure", explique le président de l'UIT. "Mais l'Europe impose des prix communautaires, et donc plus élevés. On a donc en France les risques environnementaux liés au nucléaire, mais pas les avantages pour l'industrie". Un point sur lequel les industriels n'auraient eu de l'exécutif qu'une réponse polie. "Tardive et polie", précise Yves Dubief.

Pour le représentant du textile français, jusqu'à aujourd'hui, il y a bel et bien une dynamique de reprise qui se confirme. Mais l'heure est à la prudence, à l'approche de 2022. "Si la crise se retend et qu'il y a fermetures, reconfinements partiels, interdictions pour les non-vaccinés… Tout cela peut peser sur l'activité", prévient le responsable. "Comme on le voit d'ailleurs dans l'événementiel, qui est l'un des débouchés du textile".

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