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Japon : comment la première école de couture a changé la vie des femmes

Par
AFP
Publié le
today 20 mars 2016
Temps de lecture
access_time 3 minutes
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Né il y a près d'un siècle pour rendre le vêtement occidental accessible, l'établissement d'enseignement supérieur Bunka Fashion College de Tokyo, alma mater de grands couturiers japonais, est à l'origine d'une révolution vestimentaire et sociale chez les femmes japonaises.


Yohji Yamamoto - Fall-Winter2016 - Womenswear - Paris - © PixelFormula


Si le gigantesque immeuble moderne de béton d'une vingtaine d'étages situé au coeur d'un quartier d'affaires n'évoque en rien le monde de la haute couture, il est un passage obligé pour qui a l'ambition de compter dans le secteur de la mode au Japon.

Vêtus de tenues à faire tourner les têtes, les étudiants, en majorité de jeunes étudiantes à l'air énergique et sûr de soi, ne font rien pour se fondre dans la masse de salarymen à l'inévitable costume noir et chemise blanche qui emplissent les trottoirs aux heures de pointe.

« Nous avons l'habitude de détonner », dit Erika Yoshino, 21 ans, perchée au dessus de la horde sombre sur des chaussures à semelles compensées de 15 cm de haut. « Si vous apercevez ici quelqu'un habillé à la mode vous pouvez être sûr qu'il est de Bunka », assure-t-elle à la fin d'une longue nuit de travail sur sa collection de fin d'études.

La mode japonaise est à présent associée à de grands noms (et diplômés de Bunka) tels que Yohji Yamamoto ou Kenzo Takada mais, lorsque Isaburo Namiki a créé en 1923 cette première école de confection, le kimono dominait la garde-robe des femmes de l'archipel.

« Les vêtements de style occidental n'étaient pas très faciles à trouver et, même lorsque vous parveniez à dénicher une robe, elle ne convenait pas toujours à la physionomie des femmes japonaises », explique Samuel Thomas, maître de conférences à l'université Bunka Gakuen associée au Bunka College.

« Cette nouvelle façon de présenter le corps, qui n'était plus serré dans les lourds textiles des kimonos mais devenait mobile, a permis aux femmes de se redéfinir » et celles-ci ont cherché au départ avant tout à apprendre à coudre leurs propres vêtements, dit Samuel Thomas.

D'autres écoles ont alors fleuri à travers le Japon. « Après la fin de la guerre, le nombre d'étudiantes a fortement augmenté. Des femmes qui avaient perdu leur époux pendant le conflit se disaient qu'apprendre à fabriquer elles-mêmes leurs habits les aiderait à subvenir à leurs besoins », explique Izumi Miyachi, directrice ajointe de la rédaction de du Yomiuri Shimbun.

Parmi les étudiantes se trouvait Fumi Yamamoto, jeune veuve de guerre, qui a ouvert un magasin de confection à Tokyo après être sortie diplômée de Bunka.

Trois soeurs à la conquête du monde

En 1955, le pays comptait 2.700 écoles de couture contre seulement 400 huit ans plus tôt, selon Izumi Miyachi.

Le vêtement occidental entré dans les moeurs, une nouvelle génération, de stylistes cette fois, est apparue. Beaucoup étaient des enfants de couturières comme le fils de Fumi Yamamoto, Yohji Yamamoto ou les soeurs Koshino, Hiroko, Junko et Michiko, dont la mère Ayako tenait une boutique de couture dans la banlieue d'Osaka.

« Pour 100 étudiantes, il y avait environ cinq étudiants. Les garçons étaient tranquilles tandis que le filles jouaient un rôle actif », a raconté Hiroko Koshino en marge de la semaine de la mode de Tokyo. « Le monde de la mode était pour moi un monde de femmes et (nous considérions) que les femmes peuvent créer des habits pour les femmes. »

Après les débuts de Kenzo Takada à New York, Hiroko Koshino a suivi elle aussi la voie de la célébrité, devenant la première styliste japonaise présente à l'Alta Moda de Rome en 1978.

Sa soeur Junko démarrait la même année une collection à Paris tandis que la marque de la cadette Michiko London allait faire fureur dans les boîtes de nuit londoniennes des années 1980.

Des décennies plus tard, les trois soeurs et la fille de Hiroko ont leur propres marques et sont responsables d'entreprises présentes dans le monde entier : phénomène rare dans la société japonaise phallocratique.

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