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12 mars 2020
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Jean-Marc Gaucher (Repetto) : "Etre transparent avec les équipes sur la période que nous traversons"

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12 mars 2020

Le coup porté à l'économie par l'épidémie de coronavirus est d'ores et déjà très dur en ce qui concerne l'activité industrielle, commerciale, mais aussi boursière, mais les chefs d'entreprise sont plongés aujourd'hui dans l'incertitude quant à la tournure prochaine des événements. En France, alors que la propagation du Covid-19 s'accélère, et que l'on craint désormais un scénario "à l'italienne", les entreprises tentent de s'organiser, chacune avec leurs spécificités, à l'image de Repetto, la marque made in France à la distribution très internationale (100 points de vente à l'enseigne à travers le monde, dont les trois quarts hors de France). Quelles conséquences sur la vie de l'entreprise, son siège parisien et son usine périgourdine, quelles stratégies adopter ? Jean-Marc Gaucher, le PDG de la maison depuis qu'il l'a rachetée en 1999, témoigne à FashionNetwork.com de sa situation à l'instant T, un instant peut-être charnière pour nombre d'entreprises françaises comme la sienne.


Collection printemps 2020 - Repetto


FashionNetwork.com : Ce 11 mars (jour de l'interview ndlr), quelle est aujourd'hui la situation de Repetto dans cette crise sanitaire et économique désormais clairement ouverte ?

Jean-Marc Gaucher : Notre situation elle est celle que tout le monde dans notre secteur connaît je crois... Depuis plusieurs semaines, nous avons des remontées d'informations de nos points de vente asiatiques qui sont catastrophiques, des malls vides en Chine, à Hong Kong, Singapour... Notre activité est très très réduite au global, évidemment pour l'instant le plus fortement en Asie, qui représente environ 30 % de notre chiffre d'affaires, mais aussi plus récemment également dans le reste du monde...

FNW : Qu'en est-il des autres pays en effet ?

JMG : L'Italie est également un marché wholesale très important pour nous, et il est quasi totalement à l'arrêt maintenant. Nous avons reçu aujourd'hui même l'information selon laquelle nos revendeurs vont fermer, notamment La Rinascente (information confirmée sur ordre du gouvernement italien de fermer tous les magasins du pays hors alimentaire et pharmacie dans les heures qui ont suivies, ndlr)...

"Je pense que globalement plus personne n'a envie de faire de shopping"



Dans l'Hexagone, la baisse des ventes est très nette également. Outre le fait que nous avons beaucoup de clients touristes dans nos points de vente français, je pense que globalement plus personne n'a envie de faire de shopping... Notre seule chance c'est que via le segment danse, nous avons encore une activité pratique et utilitaire pour des professionnels et des amateurs - une chance inouïe dans ce contexte - donc cela a permis un petit maintien des ventes. Mais là je pense que l'angoisse gagne tout le monde, depuis quelques jours, on sent que petit à petit cela monte...

FNW : Outre la baisse des ventes, quelles sont les conséquences concrètes du Covid-19 sur votre entreprise ?

JMG : Pour les salariés franciliens, nous comptons, dans le département de l'Oise notamment, des personnes en quarantaine ou devant rester à domicile pour garder les enfants, du fait de la fermeture des écoles. C'est un premier facteur avec lequel composer. Avec la perspective que cela s'étende éventuellement... Notamment avec la prise de parole du président de la République ce jeudi soir. Cette intervention, c'est encore un grade de plus dans ce climat d'inquiétude.

FNW : Et sur la fabrication à Saint-Médard-d'Excideuil, en Dordogne ?

JMG : C'était une chance particulière ces dernières semaines de produire en France. Incontestablement. Toute la saison qui commence est donc déjà produite, livrée et facturée. Nous sommes au travail et absolument pas à l'arrêt pour l'instant. Mais il est possible qu'un impact se fasse sentir dans les prochains mois, alors que nous serons en cours de production de l'automne-hiver. Pour nous l'obstacle à venir est en effet l'approvisionnement auprès de nos fournisseurs italiens de peaux. Seront-ils en mesure de nous fournir dans un avenir proche, et même à moyen terme ?

FNW : Vous craignez des retards éventuels dans la production de la saison suivante ?

JMG : Je ne crains rien. Il ne sert plus à rien de s'inquiéter, il est trop tard pour s'inquiéter, nous sommes aujourd'hui face à des faits réels et bien tangibles. Aujourd'hui, l'heure est à la recherche et surtout la mise en œuvre de solution. Il fallait s'inquiéter ces dernières semaines. Et préparer ce qui se passe actuellement. Ce que nous avons essayé de faire : notamment avec les producteurs de matières premières italiens, avec qui nous avons anticipé au maximum nos besoins et nos livraisons de peaux, avant d'en arriver à la situation actuelle de blocage que leur pays connait...


Jean-Marc Gaucher - (c) Elsa Martin


FNW : Comment pilotez-vous alors la situation actuelle ? 

JMG :
Là nous sommes dans la réalité à court terme. Nous ne sommes pas moins ou pas plus touchés que les autres marques premium internationales... A l'heure qu'il est, la baisse d'activité n'est pas un péril car les banques sont à notre écoute. Elles nous suivent. Mais naturellement, si la crise dure six mois, je ne peux pas prédire l'avenir.

Les tempêtes cela fait partie de la vie d'une entreprise. Il faut prévoir les différents cas de figure pour les traverser".



FNW : Dans les mesures à prendre, envisagez-vous de réduire votre production par exemple ?

JMG : Pour l'instant non, comme je vous disais, car il est impossible de dire quand un retour à la normale interviendra et nous n'allons pas prendre de décision aujourd'hui même sur l'automne-hiver prochain. Mais il faut tout envisager. Si plus rien ne se vend sur la planète pendant un certain temps, c'est sûr qu'il faut parer à toutes les options. Quand on est un chef d'entreprise, c'est comme une transatlantique : il est évident qu'il y aura des tempêtes. Là il y en a eu plusieurs, gilets jaunes et grèves en France, et maintenant cette crise d'une envergure internationale... Mais en fait, les tempêtes cela fait partie de la vie d'une entreprise. Il faut prévoir les différents cas de figure pour les traverser.

FNW : 2019 avait en effet déjà été une année délicate ?

JMG : En effet... Ce que je peux dire c'est que nous n'avons pas fait notre meilleure année, avec un marché français qui nous a pénalisés... Nous avons connu un épisode terrible avec notre boutique des Champs-Elysées, qui, au-delà de la casse, a été le lieu dans lequel on a craint pour la sécurité de nos salariés. Pour tourner cette page, nous l'avons fermée. Mais, grâce à la diversité d'offre que nous avons développée, de la danse à l'athleisure en passant par la chaussure, la maroquinerie..., et aussi notre répartition géographique équilibrée, cette variété nous a permis de traverser 2019.

FNW : Pour vous quelle est la clé ?

JMG : D'abord la transparence. Dans cette grande période d'inquiétude, je pense qu'il ne faut pas avoir peur de dire que personne, absolument personne, n'a de visibilité ne serait-ce qu'à huit jours... J'ai souhaité expliquer cela à l'ensemble des salariés, il était important pour moi d'échanger avec eux à Saint-Médard-d'Excideuil, pour leur donner les éléments que nous avons sur la situation actuelle, mais strictement ce que nous savons, et le fait qu'il y aura peut-être des mesures à prendre si la situation perdure. Et aussi que face à cette absence de visibilité, et dans la tempête, évidemment il n'y a pas de projets de développement ou de mouvements à entrevoir. Ce n'est pas dans la tempête qu'il faut hisser la grande voile.

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